Et si la beauté était la clé ?

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L’écologie version saint François d'Assise n'est pas l'écologie officielle…

Et si la beauté était la clé ...

À quoi bon remplacer les pylônes hideux par des éoliennes atroces, les 4x4 à essence par des 4x4 électriques, les Big Mac au bœuf par des Big Mac au soja ? C’est ce qu’on appelle prolonger le supplice. Il serait terrible que saint François soit annexé, tel une mascotte à destination des « cathos », par les tenants actuels de ce capitalisme écoresponsable, qui pensent pouvoir sauver l’humanité sans remettre en cause l’anthropologie libérale. C’est le contraire qu’il faut faire : repenser toute l’écologie à la lumière de saint François. Pour commencer, le poverello nous ferait sûrement changer de vocabulaire : « planète », « biodiversité », « soutenabilité des écosystèmes », « biosphère », « croissance verte » – tout ce langage porte sur lui sa provenance : l’abstraction technoscientifique et l’impérialisme économique, qui sont justement responsables du massacre de la Terre. Ne parlons pas la langue de la Bête. Désignons les êtres et les choses par leurs noms : personne n’a jamais écrit de poèmes en pensant à la « biodiversité » ! Ni de cantiques aux « populations aviaires » !

Guidé par la beauté

Mais allons plus en profondeur. L’intuition fondamentale de saint François, c’est la gratuité et la beauté de la Création. Au lieu donc de traiter la Nature comme un stock de matériaux, comme une ressource à brûler pour faire tourner la Grande Machine à produire des marchandises ; au lieu de tout artificialiser à outrance, nous serions bien inspirés de contempler toute cette beauté, d’en rendre grâce et de nous demander comment l’homme pourrait dignement s’y installer, sans la défigurer, sans la balafrer, sans la martyriser. Non pas qu’il faille enfouir l’humanité, la rendre invisible !

Personne n'a écrit  de poème en pensant à la biodiversité !

L’homme n’est pas une espèce nuisible, comme le pensent certains adeptes de l’écologie profonde. Mais nous devons retrouver la conscience de notre enracinement dans la nature, et remettre les sciences et les techniques à l’école de la beauté de la Création.

Fermons les yeux…

Si la beauté nous guidait, comment vivrions-nous ? Fermons les yeux. Il n’y aurait plus de plastique, plus de publicité, plus d’éclairage nocturne, plus de villes tentaculaires, plus d’autoroutes, plus de tourisme de masse, plus de vacarme abrutissant, plus d’architecture « Algeco », plus d’hypermarchés, plus de rocades, d’échangeurs, de ZAC, de ZUP de ZI, plus de containers sur les mers ni de HLM flottant à Venise, sûrement moins de mouvement en général – la maladie moderne par excellence ! – et beaucoup plus de contemplation, de chants, de cieux étoilés, de promenades, de prières, de silence.

Comme vous voyez, la beauté est un bon guide, car elle nous conduit aux mêmes conclusions qu’une batterie d’études plus abstraites sur les causes de la dévastation, à savoir : la divinisation du marché, le culte du progrès quantitatif, la promotion de l’illimité, la marchandisation universelle, le bougisme frénétique.

Le pape François, à l’école de son saint patron, ne dit pas autre chose dans Laudato si' : « Il ne faut pas négliger la relation qui existe entre une formation esthétique appropriée et la préservation de la nature. Prêter attention à la beauté et l’aimer nous aide à sortir du paradigme utilitariste » (§215).

Moyen Âge barbare ?

« Mais ce serait le Moyen Âge ! » diront certains. Eh bien oui, et pourquoi pas ? Le Moyen Âge, vous savez, cette époque barbare où nos aïeux bâtirent Notre-Dame, où la France était gouvernée par saint Louis, et la scène intellectuelle tenue par saint Bonaventure et saint Thomas d’Aquin ! Soyons sérieux : la relation des hommes avec la création était certainement meilleure au Moyen Âge que maintenant. Et y revenir ne nous empêcherait pas de conserver tout ce que la science moderne a pu apporter de bon. L’essentiel serait de rompre avec la vision moderne de l’homme, qui le conçoit comme une pure liberté sans limite, transcendant toute nature, désormais conçue comme un matériau combustible. L’homme n’a pas été mis dans le jardin d’Éden pour tout brûler. Mais pour en prendre soin. Là aussi, le mieux est d’écouter le Pape : « Vivre la vocation de protecteur de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse » (§217).

Charles Becquérieux

FC N° 3650