La Bible et notre culture populaire

En novembre dernier, évoquant Simone Le Moigne, nous avions indiqué que l’artiste naïve avait relu l’Evangile pour peindre des scènes religieuses.

Pourquoi n’en ferions-nous pas autant pour mieux découvrir ces expressions, proverbes, métaphores ou comparaisons puisées dans la Bible ?

En effet comme Monsieur Jourdain chez Molière fait de la prose sans le savoir, on cite quelquefois les Ecritures à notre insu. C’est aussi l’occasion de redécouvrir ce gros ouvrage, hélas parfois devenu poussiéreux, qui orne notre bibliothèque.

Vous ne pourrez donc plus dire que vous ne connaissez ce sujet ni d’Eve, ni d’Adam.

La bibleNous vous proposons une approche chronologique en commençant naturellement par l’Ancien Testament et le premier livre : le Pentateuque. Ce terme que les Juifs désignent sous le nom de Torah comprend les cinq premiers livres de la Bible, le premier étant la Genèse (récit des origines).

De l’image de la Création, retenons particulièrement :

Tohu bohu : composé de 2 mots hébreux (inhabité et vide) désigne aujourd’hui un grand désordre, une agitation confuse. « La terre était déserte et vide » (Chap 1, 2).

La tenue d’Eve ou d’Adam : évoque la nudité dans son innocente simplicité. Dans la Bible, après avoir goûté au « fruit de la connaissance », Adam et Eve surent qu’ils étaient nus (Chap. III, 7).

Un jardin d’Eden : ce terme, venant de l’hébreu délices, désigne un lieu plein de charme qui évoque le paradis terrestre. « Le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden et il y plaça l’homme qu’il avait formé » (Chap. II, 8).

Le fruit défendu : tout ce qui attire du fait d’être interdit, ce que l’on rêve de transgresser. Ce fruit représenté par une pomme cueillie par Eve dans le jardin et dans laquelle Adam a croqué malgré l’interdiction divine.

La pomme d’Adam désignant la saillie dans la face antérieure du cou chez l’homme, trouve son origine dans ce « fruit de la connaissance ».

Vieux comme Mathusalem marque donc un symbole d’ancienneté. En hébreu son nom signifie « celui qui a congédié la mort ».

D’après la Genèse (5.27), « Toute la durée de vie de Mathusalem fut de 969 ans puis il mourut. »

Par ailleurs le « Mathusalem » fait partie des grandes bouteilles de champagne (6 litres), ainsi nommé parce qu’il peut vieillir.

L’épisode du déluge

Cet épisode consacré à Noé est resté célèbre : lorsque Dieu décide d’anéantir l’humanité étant donné ses erreurs, seul le patriarche trouva grâce aux yeux du Seigneur.

Mentionnons l’arche de Noé : c’est le vaisseau que construisit le patriarche par ordre de Dieu pour sauver du déluge sa famille et les espèces animales.

Après nous le déluge : cette phrase, attribuée à Madame de Pompadour, signifie « profitons du présent sans souci des catastrophes à venir. »

Une époque antédiluvienne : extrêmement ancienne.

S’endormir dans les vignes du Seigneur : signifie s’enivrer fortement.

Au chapitre 9, Noé considéré comme le premier agriculteur, plante une vigne et ignorant les pièges du vin, il se saoulera. Il ne connaissait pas encore la formule «  à consommer avec modération ». Dieu ne le condamna pas.

La Tour de Babel (Chap. 11-1, 9) : peu après le déluge, alors qu’ils parlent tous la même langue, les hommes atteignent une plaine et s’y installent.

Là ils entreprennent par eux-mêmes de bâtir une ville et une tour dont le sommet touche le ciel. Dieu brouille alors leur langue afin qu’ils ne se comprennent plus et les disperse sur toute la surface de la terre. La construction cesse. La ville est alors appelée Babel (mot hébreu traduit par brouillés). Exemple de conte moral puisqu’il met en garde contre l’excès d’orgueil et désigne aujourd’hui un lieu, une réunion où règne la confusion, où les gens ont des difficultés pour s’entendre, se faire comprendre.

La terre promise qui désigne un lieu riche idéal ou idyllique, symbolisant un rêve soit inaccessible, soit enfin réalisé (Chapitre 12) : le pays de Canaan ou Terre d’Israël que Dieu a promise à Abraham et à sa descendance et « où coulent le lait et le miel. »

Etre changé en statue de sel, c’est rester immobile, figé.

La femme de Loth est transformée en statue de sel pour avoir désobéi aux ordres du seigneur qui allait détruire la ville de Sodome en regardant derrière elle.

Grand chasseur devant l’Eternel désigne deux grands chasseurs : Nimrod et Esaü. C’est aussi d’Esaü que viendrait l’expression « Qui va à la chasse perd sa place » car la Bible raconte que son frère Jacob reçut la bénédiction de leur père Isaac avec l’aide de leur mère, Rebecca, pendant qu’Esaü était parti chasser pour préparer le repas. Isaac, aveugle, crut qu’il donnait sa bénédiction à Esaü, alors qu’il s’agissait de Jacob ; la bénédiction d’Isaac aurait dû revenir à Esaü car il possédait le droit d’aînesse, Jacob ayant acheté ce droit au prix d’un plat de lentilles à Esaü affamé.

L’échelle de Jacob (Genèse 28, 10-27) a une portée symbolique : l’échelle représente un développement et une montée par degrés. Ainsi la prière s’élève de la terre vers le ciel, mais le but à atteindre est Dieu qui se tient au-dessus de l’échelle.

Le bâton de Jacob (Genèse 32 -11) fait allusion au discours de Jacob. Il est aussi appelé arbalète : ancien instrument utilisé pour la mesure des angles en astronomie, puis pour la navigation.

C’est aussi une plante vivace, d’origine méditerranéenne, aux fleurs jaunes, et une variété d’éclair au caramel.

Le benjamin c’est le dernier des enfants d’une famille, c’est le nom donné par Jacob à son dernier fils
(chapitre 35).

Une période de vaches maigres : depuis plusieurs années, la France vit une période de crise économique et sociale que certains observateurs n’hésitent pas à qualifier « d’années de vaches maigres ». C’est une pénurie ou un ralentissement de l’économie qui entraîne des restrictions soutenues.

Cette expression trouve son origine dans l’interprétation d’un rêve du pharaon, par Joseph, fils de Jacob, prisonnier en Egypte. En effet Pharaon fait le rêve lui annonçant sept années de prospérité et de richesse symbolisées par sept vaches grasses et sept années de restriction figurées par sept vaches maigres (Chapitre 41).

Joël Le Biavant