Les liens de la science et du christianisme ne sont pas ceux qu’on croit.

Depuis le XVIIIe siècle, l’idée s’est répandue que le christianisme et la science sont ennemis. Toute progression de l’une est censée correspondre à un recul de l’autre. On citera alors, rituellement, les coups de boutoir que Galilée, Darwin et Freud sont censés avoir assénés à la «  forteresse de la superstition  ». On ira jusqu’à dire que l’Église a toujours persécuté les grands innovateurs scientifiques.

La science ne contredit pas la foi

La première chose à répondre est que les travaux de Galilée, Darwin et Freud n’ont pas de rapport intrinsèque avec les articles de la foi catholique. L’héliocentrisme de Galilée contredit la cosmologie de Ptolémée, le darwinisme contredit le fixisme aristotélicien, et le freudisme l’illusion de maîtrise totale née du cartésianisme. Rien de tout cela ne contredit le Symbole de Nicée ni le catéchisme.

Il est bien vrai que la théorie de l’évolution des espèces remet en cause les visions littéralistes du péché originel, et les représentations artistiques d’Adam et Ève – mais le dogme lui-même n’en demeure pas moins crédible. Que l’homme ait contracté dès son apparition effective sur Terre un penchant au mal n’est pas contredit par l’évolution.

Rappelons ici que s’agissant de l’interprétation des Écritures en général, la règle a été fixée au Ve siècle par saint Augustin : toute interprétation contraire à ce qui est établi par les sciences naturelles est déplorable et porte les infidèles à rire des chrétiens (De Genesi ad litteram, I, xix, 39).

Quant à la persécution des scientifiques par l’Église, il faut tordre le cou à cette légende. On remarquera d’abord que le martyrologe des victimes de l’Église ne comporte désespérément qu’un seul nom : Galilée.

Or, qui examine avec attention l’histoire de son procès comprendra qu’il s’agit plus d’un conflit entre le Saint-Office, la congrégation de l’Index et le pape Urbain VIII (ami de Galilée) que d’une manifestation d’on ne sait quelle hostilité millénaire de l’Église à l’égard de la science. Dès que les preuves optiques de la rotation de la Terre furent publiées par Bradley – on oublie que Galilée n’en avait pas ! – Benoît XIV donna son imprimatur, en 1748, à une édition complète de Galilée.

 

 

Des noms !

Puisqu’on en est à lancer des noms, rappelons tout de même que Copernic était chanoine et qu’il dédia son livre au pape Paul III ; que les lois de la génétique ont été découvertes par un moine augustin, Gregor Mendel, et que la théorie du Big Bang a été élaborée par le physicien Georges Lemaître, prêtre belge de son état. Mais il faut aller plus au fond.

Non seulement la foi catholique n’a rien de contraire à la raison – c’est l’objet de cette chronique ! – mais il faut relever un fait historique : la science moderne est née dans le monde chrétien, et nulle part ailleurs.

Les civilisations raffinées n’ont pourtant pas manqué dans l’histoire : la Grèce antique, Rome, la Chine, l’Inde, les Incas, la Perse islamique – mais aucune n’inventa la science expérimentale. Or, il y a là plus qu’une simple coïncidence. Le christianisme est en effet le seul à affirmer trois choses capitales, qui constituent un cadre particulièrement propice à l’entreprise scientifique : 1) l’univers physique tout entier a été créé librement par un Dieu doté de raison ; 2) l’homme a été créé à l’image de Dieu, doté d’une intelligence capable de retrouver dans le réel les traces de l’intelligence divine ; 3) le temporel jouit d’une certaine autonomie à l’égard du spirituel.

Glorifier la sagesse du Créateur

Dans un tel cadre, il y a un sens à rechercher les lois universelles de fonctionnement de la nature, et l’entreprise consistant à le faire n’est pas empêchée par le pouvoir spirituel, puisqu’elle aboutit à glorifier la sagesse du Créateur. Il en allait bien différemment dans les autres systèmes. Pour les hindous et les bouddhistes, le monde n’est qu’une vaste illusion sans consistance, ce qui décourage toute entreprise scientifique ; pour les animistes, il est «  plein de dieux  » qui expliquent les événements, ce qui empêche toute recherche de lois régulières ; pour les Grecs, il y a une séparation radicale entre les monde sub-lunaire et supra-lunaire, ce qui cantonne la science à la réalisation de relevés astronomiques, le monde terrestre étant d’emblée pensé comme trop désordonné pour que les mathématiques puissent s’y appliquer. Enfin, pour l’islam, le monde physique n’est pas conçu comme réglé par des lois intelligibles, mais comme soumis à chaque instant à la volonté arbitraire d’Allah.

Dit autrement, sans le savoir, les scientifiques les plus anticléricaux ont bénéficié du terreau chrétien !

par Charles Becquérieux
France Catholique – 5 février 2020