Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2026, un incendie dévastateur a fait plus d’une quarantaine de morts et 119 blessés dans un bar de la station de ski suisse de Crans-Montana.
Parmi les héros intervenus cette nuit-là pour tenter d’aider les victimes, Gianni, 19 ans, a fait preuve d’un courage inouï. Portant secours aux autres, cet étudiant en génie mécanique à Genève a été témoin de scènes d’une grande violence.
« On est entré et on a commencé à sauver »
Moins de dix minutes après le début de l’incendie, vers 1h40 du matin, une amie de Gianni se rend au bar Le Constellation. Elle entend une forte détonation et assiste, impuissante, aux ravages causés par les flammes. Gianni, qui n’est pas loin, s’y dirige tout de suite avec son père.
Peu à peu, les premiers pompiers et ambulanciers arrivent. Gianni n’hésite pas une seconde. Avec un membre de sa famille, il décide d’entrer dans le bar pour tenter de porter secours aux victimes piégées dans l’établissement. « J’ai eu cet instinct, comme mon père, de me dire qu’à l’intérieur de la boîte, on savait qu’il y avait des personnes très jeunes. Et je trouve ça horrible de rester spectateurs face à une situation où l’on voit des enfants de 14-15 ans en train de brûler. On est entré et on a commencé à sauver. »
Pour évacuer les blessés, il improvise, aidé d’autres personnes, des civières avec les structures métalliques des canapés. « J’ai vu beaucoup de gens mourir devant mes yeux. » Dans une panique totale, il court chercher des couvertures dans les bars annexes, sous -11 degrés.
Jusqu’à 5h du matin, Gianni fait tout son possible pour aider les victimes. Au lendemain du drame, le jeune homme a du mal à réaliser ce qu’il a vécu.
« Je priais le Seigneur de ne pas mourir ! »
Venue avec plusieurs amis pour fêter le Nouvel An dans ce bar prisé, Laeticia a raconté son calvaire au micro du média d’actualité suisse RTS, le 2 janvier : « La porte de sortie était tellement petite que tout le monde se ruait dessus (…). Je me suis retrouvée enfouie sous des gens en feu ou morts ». La jeune femme a témoigné de la manière dont sa foi avait été un précieux secours au milieu de l’horreur : « J’avais peur de mourir. (…) Je repensais à la dernière fois où j’avais parlé à mes parents et à tout ce que j’aurais regretté de ne pas leur avoir dit. Tout du long, je touchais la croix que j’avais au cou et je priais le Seigneur de ne pas mourir ». Elle a ensuite été secourue par un jeune homme qu’elle ne connaissait pas et qui l’a sortie du bar.
La jeune survivante a expliqué vouloir remercier Dieu de l’avoir secourue. « C’est pour ça que je suis là (à la messe célébrée à l’intention des victimes). C’est parce que je veux remercier le Seigneur de m’avoir sauvée et je [veux] juste [lui demander] de sauver mes amis qui sont portés disparus, parce que c’est horrible. Ils me manquent, je n’ai pas envie de perdre d’autres gens.
Messe à l'intention des victimes
La messe à l’intention des victimes a été célébrée dans la chapelle Saint-Christophe de Crans, en présence de délégués œcuméniques. Présidée par Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion, retransmise en direct par des médias suisses, elle a rassemblé plusieurs centaines de personnes dont certaines se sont tenues sur le parvis, faute de place à l’intérieur. La liturgie était celle de l’Épiphanie, avec les textes y afférant, comme dans toute l’Église universelle. « Il y a quelque chose de providentiel car l’Épiphanie est une lumière qui vient dissiper les ténèbres et Dieu sait qu’elle est nécessaire à ce moment précis et pour toutes les personnes frappées par ce drame », a souligné la veille l’évêque auprès du média cath.ch, confiant vouloir « mettre en parallèle le drame de Montana et le drame de l’humanité de toujours : le peuple qui marche dans les ténèbres et qui voit se lever une lumière ».
"Montana est devenu comme la Jérusalem dont nous parle Isaïe"
Visiblement ému, Mgr Jean-Marie Lovey a commencé son homélie ce dimanche matin en comparant Montana avec la Jérusalem dont parle Isaïe (cf Is 60, 1-6) : « Montana est devenu comme la Jérusalem dont nous parle Isaïe ce matin », tout en soulignant que « le prophète de l’Ancien Testament voit surgir une lumière » :
« Voici que les ténèbres couvrent la terre,
et la nuée obscure couvre les peuples.
Mais sur toi se lève le Seigneur,
sur toi sa gloire apparaît. »
Avec le prophète, « nous renforçons notre foi qui proclame contre toute attente que l’homme n’est pas fait pour la nuit, pour la mort, pour les ténèbres, c’est la lumière que son cœur cherche, comme au temps du prophète Isaïe, pour avancer vers la clarté d’une nouvelle aube », a proclamé l’évêque.
La grâce de guetter la lumière
Commentant l’Évangile de l’arrivée des mages devant l’Enfant Jésus qui vient de naître, l’évêque a exhorté les fidèles à se laisser transformer et guider par la lumière du Christ. « Il nous faut ensemble aujourd’hui demander la grâce d’être à notre tour des guetteurs de lumière », a-t-il engagé. « Face à l’éclipse qui assombrit le ciel dans notre canton, dans notre pays, et partout, il est insupportable pour tant de familles, tant de personnes, de demeurer dans l’obscurité de la souffrance, de la mort, dans le noir du non-sens. La question d’une lumière qui attire et qui éclaire devient capitale, elle est au centre de notre quête, de notre interrogation : qui nous fera voir la lumière ? », a-t-il invité à s’interroger.
Exhortation à la compassion et à la vie avec Dieu
L’évêque de Sion, à travers des mots simples et réconfortants, a exhorté les fidèles à imiter les mages et à aller à la rencontre de Dieu. « En prenant la route, les rois mages ont constaté que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient les précédait. Cette lumière leur venait d’ailleurs, cette lumière, c’est Dieu sur leur chemin, cette lumière ouvrait leur avenir, ainsi ils reprenaient avec confiance et espérance leur chemin jusqu’à la découverte de l’Enfant Dieu. »
Car c’est en rencontrant le Christ que l’homme peut apporter au monde ce qu’il a de meilleur : « C’est seulement après avoir rencontré de façon simple et réaliste l’Enfant que les rois mages allèrent chercher dans leur trésor intérieur ce qu’ils avaient de meilleur », a commenté l’évêque. « Devant l’Enfant reconnu comme Dieu et prosternés à ses pieds, les mages laissent jaillir tout ce qu’ils ont en eux, la richesse de leur être, franc comme de l’or, la bonne odeur d’une vie qui se répand comme un encens à la gloire de Dieu et la douceur de leur miséricorde déposée comme un onguent de myrrhe sur les blessures rencontrées en chemin. Chacun de nous possède ses propres réserves d’or, d’encens et de myrrhe. Cherchons à savoir en quoi elles consistent puis regardons où nous les tenons en réserve et nous les déverserons devant Dieu sachant que Dieu n’est pas ailleurs que là où un enfant de cette terre souffre. »
Nous ne pourrons pas retourner à notre vie quotidienne sans prendre dans notre compassion toutes les personnes concernées par le drame de Montana.
Mgr Jean-Marie Lovey a ainsi exhorté les fidèles, à l’instar des mages, à prendre « un autre chemin », celui de la compassion et de la vie avec Dieu. De la même manière que les mages ont pris un autre chemin pour retourner chez eux après avoir rencontré l’Enfant Jésus, l’évêque engage à prendre le chemin de la compassion : « Nous ne pourrons pas retourner à notre vie quotidienne sans prendre dans notre compassion toutes les personnes concernées par le drame de Montana. Que la lumière d’en haut nous précède et nous devance toujours et partout. »









