Pardon de ND de Rostrenen

Père Philippe Jeannin

Le Pardon de ND du Roncier à Rostrenen

était présidé cette année

par le Frère Philippe Jeannin, dominicain.

Voici les textes des différentes homélies prononcées

au cours de ce Pardon les 14 et 15 août 2015.

Les images du Pardon sont ici.

 

 Marie, lumière pour nos familles

Vendredi 14 août : messe du soir : Homélie

 Heureuse la mère qui t’a porté dans ses entrailles et qui t’a nourri de son lait !
 Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent !  (Lc 11, 27-28)

Quel étrange dialogue entre le cri de louange de cette femme du milieu de la foule et la réponse de Jésus, entre cette exaltation joyeuse en l’honneur de Marie et ce qui pourrait sonner comme un rappel à l’ordre de Jésus.

C’est vrai que Jésus n’a pas toujours ménagé sa mère ! Souvenez-vous… à Cana, tout au début de sa mission quand elle lui signale qu’ils n’ont plus de vin et qu’il lui répond un peu sèchement  « Femme, que me veux-tu ? » (Jn 2, 4) ou quand il répond : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? C’est quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 12, 46-50). Déjà enfant, à ses parents inquiets de l’avoir perdu à Jérusalem, il répond : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » (Lc 2, 49). Dans ses réponses, Jésus ne correspond pas vraiment au portrait du bon fils que nous nous en ferions.

Mais ne nous y trompons pas, Jésus était attentionné pour sa mère, jusqu’à la fin : ne nous l’a-t-il pas confiée, du haut de sa croix, pour être désormais « notre Mère », pour que nous soyons ses enfants, non pour la consoler de sa mort prochaine, mais pour que nous devenions pleinement ses frères.

Les propos de Jésus ne sont donc pas là pour rabrouer ou dénigrer sa mère mais pour orienter notre regard ailleurs, vers l’essentiel… sans se focaliser sur elle. Ils nous renvoient à son Père, à sa Parole, à sa mission…  et à nous-mêmes… Décryptons, si vous voulez bien, ce dialogue énigmatique de l’évangile proposé ce soir.

D’abord, ce passage d’évangile dominé par « Heureuse, heureux… » résonne comme une bonne nouvelle, comme une béatitude…

Souvenez-vous de la première prédication de Jésus, revenu du désert après son baptême : « Voyant les foules, il gravit la montagne et, prenant la parole, il les enseignait en disant : « Heureux ceux qui… » (Mt 5, 1-12). Jésus inaugurait là sa mission en dévoilant son projet : nous rendre heureux ! et nous en montrait le chemin en énumérant les conditions par lesquelles nous trouverons le chemin du bonheur qu’il nous promet, de la vraie béatitude, tellement différente de nos recherches éperdues et souvent déçues de bonheur humain.

Ce soir, Jésus nous offre une nouvelle béatitude, à notre portée, en relation avec sa mère. Il ne nous éloigne pas d’elle, il nous en rapproche. Car c’est bien parce qu’elle a été elle-même bienheureuse, que Jésus répond ainsi. Souvenez-vous encore : lorsque « l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu à une vierge, Marie, fiancée à un homme, Joseph », il la salue en ces termes : « Réjouis-toi, comblée de grâce… » (Lc 1, 28) que l’on peut traduire aussi par « Heureuse es-tu, comblée de grâce… » Et c’est d’ailleurs ainsi que la saluera sa cousine Élisabeth : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de la parole qui lui fut dite de la part du Seigneur ! » (Lc 1, 45).

Tout est dit ! Tout est là ! Marie est bienheureuse, non parce qu’elle aurait porté et allaité Jésus mais parce qu’elle a cru en l’accomplissement de la Parole qui vient du Seigneur ! Et c’est ce que Jésus nous rappelle, à quoi il nous renvoie, puisque nous sommes destinés, nous aussi, à partager ce même bonheur, à la mesure où nous accueillons la Parole de Dieu et la gardons.

Certes, nous ne porterons pas Jésus dans nos entrailles à la manière de Marie même si nous sommes tous invités à donner, nous aussi, chair à sa Parole, à la « mettre au monde », c’est à dire à en témoigner par nos pensées, nos actes et nos paroles, dans le prolongement de chaque Eucharistie, de chaque communion reçue puisque le Corps du Christ vit en nous…

Nous n’allaiterons pas Jésus comme Marie puisque c’est lui qui nous donne le lait de sa Parole, qui nous abreuve du vin de Cana, le vin de la nouvelle alliance qu’il a scellée en son sang…

Mais nous sommes invités, comme Marie, à croire en l’accomplissement de la Parole qui nous est dite de la part du Seigneur.

Quelle est donc cette Parole ? Quelle est sa force ? Sa capacité ?

Ce soir, comme à chaque eucharistie, à chaque fois que nous l’entendons ou que nous la lisons, pour nous-même ou pour la partager dans un groupe biblique… cette parole nous est adressée pour nous faire vivre, pour nous rendre heureux, pour être Bonne Nouvelle, pour nous et pour le monde. Mais comment ?

La Parole de Dieu, venue jusqu’à nous en Jésus, fils de Marie, est d’abord une parole d’Amour : l’Amour du Père pour le monde : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils, son unique, pour le sauver ». Une parole d’amour qui s’adresse à tous les hommes, de toutes races, langues, peuples et nations, comme le rappellera le récit de Pentecôte que nous lirons devant le feu, au Miniou, dans un instant.  Une parole d’amour qui devient la loi unique dans le Christ, la norme de toutes relations non seulement entre disciples de Jésus: « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 15, 12) mais aussi envers tous les hommes : « Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux. » (Mt 5, 44-45). Accueillons-là comme telle, cette Parole de Dieu, avant tout comme une parole d’Amour !

Et nous savons bien, d’expérience, que toute parole d’amour, tout geste d’amour, toute preuve d’amour fait vivre, rend heureux et donne la vie, alors que toute parole de jugement, moralisatrice, blesse et peut meurtrir à jamais, enfermant dans le malheur.

La Parole de Dieu qui guérit et relève, qui dit et fait le bien, qui pardonne jusqu’à 77 fois 7 fois, qui nous révèle les profondeurs de l’amour de Dieu, qui remet les choses à leur place, nous est donnée pour que notre joie soit complète (Jn 15, 11), pour que nous donnions du fruit (Jn 15, 16), pour aller et témoigner à notre tour de cette parole : elle n’est pas là pour nous condamner mais pour nous libérer, pas pour nous rappeler sans cesse la loi du péché mais pour nous en libérer par la grâce de Dieu.

Marie a cru en l’accomplissement de la Parole qui vient du Seigneur ! Elle a accueilli les paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur (Lc 1, 45), conservant avec soin toutes choses et les méditait, les gardait dans son cœur, nous dit encore saint Luc (Lc 2, 19 + 51b) : elle en fut proclamée la première « Bienheureuse » par Elisabeth : mais nous, que ferons-nous pour avancer vers cette béatitude, pour être bienheureux à notre tour ? Que faisons-nous de cette Parole qui nous est adressée de la part du Seigneur ? Osons nous ressaisir et, après avoir confessé l’écart dans nos vies entre ce que le Seigneur attend de nous et ce que nous en faisons, repartons joyeux sur le chemin, confiant en la miséricorde du Seigneur chantée par Marie, puisque « sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. » (Lc 1, 50).

En ces deux jours où nous chantons et prions Marie, N-D de Rostenen. Demandons, pour nous, pour nos familles, pour ceux que nous aimons, par son intercession, de pouvoir, comme elle, entendre la parole de Dieu et la garder, goûter nous aussi dès maintenant au bonheur que Dieu nous accorde et être comptés au nombre des bienheureux ! Amen !

Mot près du feu : Du feu de Dieu…

Dans le récit de Pentecôte que nous venons de rappeler, le feu qui se partage en langues sur les disciples de Jésus réunis au Cénacle avec Marie n’est pas un feu qui détruit, qui réduit en cendres, mais un feu qui réchauffe le cœur, qui ranime la vigueur, qui rend courage, et qui fait vivre l’Église du Feu de Dieu.

Le feu, c’est aussi la nuée lumineuse qui, de nuit, guidait le peuple dans sa marche au désert, jusqu’à la Terre promise, comme vient de le rappeler l’oraison de bénédiction du feu.

Mais ce feu nous rappelle aussi le buisson ardent qui brûlait sans se consumer, où Dieu se révéla à Moïse et lui dit : « J’ai vu la misère de mon peuple… j’ai entendu son cri… je connais ses angoisses… Je suis descendu pour le délivrer… Va, je t’envoie pour faire sortir mon peuple… Je serai avec toi et voici le signe qui te montrera que c’est moi qui t’ai envoyé… » (Ex 3, 7-12).

La tradition cistercienne chante : « Dans ce buisson ardent et jamais consumé qui surprit Moïse, nous voyons ton admirable virginité, Ô Mère du Sauveur ! »

  1. Bernard, en effet, a repris l’image du buisson ardent pour parler de Marie : elle aussi a porté en son sein « Celui qui est » sans en avoir été anéantie et, depuis que l’Esprit l’a couverte de son ombre, elle est devenue la Mère du Sauveur puis, au pied de la croix, Mère des Hommes. Désormais élevée dans la gloire de son Fils, elle est le témoin des cris des hommes, de leur misère, de leurs angoisses. Nous confiant à son intercession, nous nous adressons à elle, Arche d’alliance, Porte du ciel, Étoile du matin, Santé des malades, Refuge des pécheurs, Consolatrice des affligés, Secours des Chrétiens.

Ce buisson ardent évoque aussi, d’une certaine manière, ce buisson de ronce qui fleurissait même en hiver, et au pied duquel fut retrouvé, il y a plus de 500 ans, le buste de Notre-Dame du Roncier, ici à Rostrenen, et que nous avons porté ici en procession.

Aujourd’hui, dans nos maisons, la chaudière, le chauffage central ou électrique ont remplacé la cheminée et le feu n’y brûle désormais qu’occasionnellement. En mettant Marie en valeur et en bonne place dans nos maisons, qu’elle y soit lumière pour nos foyers, modèle de l’accueil comme à la Visitation, confidente toujours disponible et protectrice de nos familles.

Unissons maintenant nos voix à la sienne pour reprendre son cantique d’Action de grâces.

Samedi 15 août : messe de l’Assomption : Homélie

L’Assomption est la célébration du mystère de la fin de la vie de Marie qui, préservée dès sa naissance du péché pour devenir la Mère du Seigneur, ne pouvait pas connaître la mort ni la corruption du tombeau.

De tous temps, les chrétiens ont « mis à part » Marie, reconnaissant à la fois en elle une fille de notre terre et de notre race, que Dieu s’est choisie pour révéler au monde son amour, et qui, librement, par son Oui à l’Annonciation, participe à l’œuvre de Dieu, tout en reconnaissant en même temps en Marie son destin exceptionnel de Vierge perpétuelle, préservée de toute souillure et de toute corruption, dès avant sa naissance et pour l’éternité, pour devenir la Demeure de Dieu parmi les hommes.

De ce destin unique, au terme de sa vie, pour éviter de parler de la « mort » de la Vierge, les chrétiens d’Orient ont préféré parler de sa Dormition tandis que la tradition latine parle de son Assomption : le dogme catholique, proclamé tardivement, le 1er novembre 1950 seulement, précise que « Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste. », où elle nous précède puisque nous aussi sommes appelés à partager la gloire des élus sauvés dans le Christ. C’est ce que nous célébrons aujourd’hui. L’Assomption est donc ce mouvement par lequel Marie est élevée pour échapper à la mort.

Échapper à la mort, vivre sans fin, éternellement, n’est-ce pas ce à quoi nous aspirons, nous aussi, à quoi nous croyons tant bien que mal, que nous espérons en tous cas. Mais comment ? En consentant et en assumant. Comme Marie… assumée à son tour dans la gloire. Car le mot Assomption, en français, s’il désigne communément le mouvement d’élévation de la Vierge Marie, est aussi le substantif du verbe assumer… Qu’est-ce que ça vient faire ici, me direz-vous ? Patience…

Échapper à la mort, avoir la vie éternelle, c’est bien ce que nous espérons, disais-je. Mais comment ?

Les lectures de ce jour nous aider à y voir clair : la première, tirée de l’Apocalypse, nous raconte la vision effrayante du dragon a sept têtes qui balaie tout de sa queue sur son passage, et menace la femme sur le point d’accoucher, mais relate surtout l’issue victorieuse de la vie sur la mort. La deuxième lecture, tirée de la lettre de Paul aux Corinthiens, nous enseigne que si la mort est venue dans le monde par un homme, c’est par un homme que vient la Résurrection : le nouvel Adam répare ce que le premier avait abîmé. Grâce à lui, la promesse de vie se réalise pour tous les hommes quand il aura détruit toutes les puissances du mal et la mort elle-même. L’un et l’autre texte nous assurent de la victoire finale de la Vie sur la Mort qui ne concerne pas que Marie, mais nous concerne tous dans le Christ. Mais à quelles conditions ? Contemplons Marie…

Bien sûr, on peut dire qu’elle a eu de la chance d’être choisie et qu’elle n’a pas eu grand mérite puisqu’elle a été préservée du péché et, par conséquence de la mort, et que ce n’est pas notre cas. Et bien détrompez-vous… Si Marie a été préservée du péché, elle a eu toute liberté de poursuivre ou non dans la voie qui lui était tracée, car Dieu ne l’a pas privée de sa liberté. Au contraire, il lui a permis de l’exprimer. C’était lors de l’Annonciation. Lorsqu’elle reçoit la visite troublante de l’ange Gabriel qui lui annonce qu’elle est choisie pour concevoir en son sein le fils du Très-Haut, elle aurait encore pu refuser. Mais elle a dit « Oui ! », elle a consenti à ce que la Parole de Dieu s’accomplisse en elle, même quand elle ne comprenait pas tout. Comme lorsque Siméon lui prédit qu’un glaive lui transpercera l’âme, ou quand Jésus est resté au Temple à s’entretenir avec les docteurs de la Loi. Elle faisait entière confiance à la Parole qui lui fut dite de la part du Seigneur. (Lc 1, 45)

Le consentement, frères et sœurs, c’est souvent ce qui nous manque : à vouloir rester maître de nos existences de nos choix, nous croyons trop souvent que c’est en apprenant à dire « Non » que nous nous affirmons, que nous nous posons, que nous existons… les enfants, les adolescents, et même les ‘adulescents’ en crise le savent bien… alors qu’au contraire, c’est en apprenant à dire « Oui », en consentant à ce que la Parole de Dieu nous offre et nous propose pour construire et éclairer nos vies que nous apprenons à devenir libre, à nous épanouir, à correspondre pleinement au projet de vie que Dieu nous offre, à passer enfin de la mort à la vie : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » Jean 8, 51. Marie gardait fidèlement toutes ses choses en son cœur et les méditait, nous dit saint Luc (Lc 1, 51).

Consentir, c’est dire « Oui ! ». Les époux le savent bien qui se sont dit « Oui », au jour de leur mariage. Consentir, c’est faire confiance à la parole de l’autre. Non pas « dire ‘Amen’ » à tout, mais dire oui à la parole d’amour qui nous est offerte, par l’autre, par la Parole de Dieu… parce que c’est une parole, un geste d’amour pour avancer, grandir, se réaliser… Alors que « dire ‘Non’ », c’est perdre beaucoup d’énergie et retarder d’autant notre épanouissement, notre bonheur.

Marie a dit « Oui ! », a consenti à la Parole du Seigneur, mais en plus elle a assumé son nouveau statut qu’elle définit elle-même comme « Servante du Seigneur ! ». Au service du Seigneur et de son prochain, comme on l’a vu dans l’évangile de la Visitation… On nous dit souvent qu’il nous faut « assumer » nos responsabilités, nos choix, ce que nous faisons, qui nous sommes, et que c’est la clef de notre épanouissement comme de notre liberté personnelle et intérieure. Eh bien oui, c’est en assumant qui nous sommes et ce que nous faisons en conséquence que nous nous accomplissons pleinement. Je parle ici de notre condition d’enfant de Dieu. En l’assumant pleinement, en nous conduisant comme tel, nous parviendrons nous aussi à partager la destinée de Marie, nous ne goûterons jamais la mort.

C’est en assumant la Parole de Dieu pour qu’elle prenne chair en nous, comme en Marie – car le Verbe s’est fait chair dans le sein de Marie où il a pris Corps – mais aussi et surtout en nous laissant assumer par le Corps du Christ, que nous échapperons, comme Marie, à la Mort pour goûter la vie éternelle. « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » (Jn 6, 53-57)

La Parole, l’Eucharistie, voici bien les deux nourritures essentielles pour échapper à la mort, pour vivre éternellement. Dieu nous les offre abondamment, constamment, sans restriction, sans réserve, sans condition… sachons en user, et même en abuser…

Que désirer de mieux, de plus, frères et sœurs, en cette solennité de l’Assomption, sinon partager le sort de Marie et la rejoindre dans sa gloire ? Cette fille de notre terre, de notre race, a certes été choisie pour un destin unique, mais elle montre comment le partager car elle nous est donnée pour mère, pour sœur, pour confidente, pour amie, pour compagne de route… En accueillant comme elle la Parole, en la gardant, en la méditant, en nous laissant transformer par elle. En recevant le Corps du Christ, en nous laissant nourrir, transformer, assumer par lui, nous partageons le sort de Marie, nous la rejoindrons dans sa gloire. Car non seulement nous ne goûterons pas la mort, comme l’a promis le Seigneur, mais nous serons nous aussi assumés dans et par le Seigneur, il nous élèvera dans sa gloire pour nous prendre avec lui, comme il l’a promis. « Que votre cœur cesse de se troubler… je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi vous soyez. (Jn 14, 1-3). « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis et vous aussi vous vivrez. » (Jn 18-18) et il supplie son Père : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent ma gloire que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé. » (Jn 17, 24)

Frères et sœurs, c’est forts de cette promesse qui se réalise déjà pour Marie, son humble servante, devenue la Mère du Christ et notre Mère, que nous pouvons nous réjouir aujourd’hui, croire et espérer, pour nous et pour tous ceux que le Christ à rachetés.

 

Vêpres : mot après le capitule

 C’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; en ensuite ceux qui seront au Christ.  (1 Co 15, 22-23)

Voilà une idée qui nous dépasse et qui est bien de l’ordre de la foi. Nous y croyons – fermement ou mollement – parce que c’est la foi de l’Église. Mais comment croire ce que nous rappelait la lecture, à la messe hier soir, à savoir que ce qui est périssable deviendra impérissable ; que la mort a été engloutie dans la victoire du Christ (1 Co 15, 54) comme le rappelle aussi le tableau de la résurrection du Christ qui nous accueille dans cette collégiale, au-dessus du maître autel ? Comment croire que Marie, après la résurrection de son fils, a été épargnée de la mort et que nous sommes promis à la vie éternelle ?

Et pourquoi pas ? Pourquoi ne pas y croire ? Si Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts, pourquoi ne nous ressusciterait-il pas aussi ? Car le Christ est ressuscité. Ses disciples en ont fait l’expérience. Ceux qui ont mangé et bu avec lui l’ont vu ressuscité en ont témoigné (Ac 10, 40-41) et c’est leur témoignage qui fonde la foi de l’Église.

Car si le Christ n’est pas ressuscité, comme dit Paul aux Corinthiens, notre foi est vaine et nous sommes les plus malheureux des hommes. (1 Co 15, 16-18) Malheureux, nous ? Non, puisque nous sommes heureux, bienheureux… Bienheureux, comme Marie, de croire à la Parole qui nous est dite de la part du Seigneur et heureux d’être invités au festin des noces de l’Agneau

Oui, nous sommes heureux, parce que nous avons la Parole de Dieu, l’Eucharistie, mais aussi les sacrements : le baptême qui nous fait enfant de Dieu, l’Onction pour les malades, la Réconciliation… ces gestes et ces paroles d’Amour qui font vivre en nous le Christ. Parce que son Amour peut tout, croit tout, espère tout et ne passera jamais… (1 Co 13, 7)

Alors, ce soir, au terme de ces deux journées de Pardon de N-D du Roncier, prenons la résolution, ici et maintenant, avec Marie, de poser nous aussi des gestes d’amour, de foi, d’espérance et de vie.

Alors nous-même, notre vie, notre entourage, notre famille, la commune, la paroisse, l’Église, la société, le monde… s’en trouveront changés, meilleurs… N’est-ce pas notre vocation ? Celle que Jésus nous rappelle lorsqu’il nous dit : « Vous êtes le sel de la terre… la lumière du monde… » ? (Mt 5, 13. 14).

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