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Avoir un corps de femme : cadeau ou fardeau ?

Que savent les hommes du corps de la femme sinon qu’il est désirable ? Le corps des femmes souffre d’un malentendu, explique la philosophe Jeanne Larghero : célébré pour ses charmes, il n’est pour les femmes ni facile ni confortable. Courageux, douloureux, fait pour donner la vie, c’est un corps qui sait ne pas être un objet.

Un énième fait divers : celui d’un acteur-réalisateur placé en garde à vue, la semaine dernière, pour agression sexuelle sur une jeune femme en boîte de nuit. Ce garçon rejoint la cohorte de tous ceux qui, frotteurs dans le métro, tripoteurs en ascenseurs, agresseurs de rue ou de salon, portent à l’exaspération les femmes qui sont juste là pour mener leur vie : travailler, ou danser, ou prendre le soleil, vivre leur vie tout simplement. Et on ne parle pas ici du sifflement, du « Eh ! Madmoaaazelle » (dans le meilleur des cas) qui insécurise plus qu’il ne flatte, on parle de la main qui s’avance, du corps qui est touché, de l’intimité physique prise brutalement comme terrain de jeu, comme un objet.

Le corps des femmes souffre d’un malentendu

Et pourtant, on peut parier que ces hommes, ces types que l’on retrouve régulièrement sur le banc des accusés, savent qu’une femme n’est pas un objet. Ils savent qu’un corps de femme n’est pas un objet. Ils ont forcément une mère, ils ont des sœurs, des amies : allons, est-ce comme cela qu’ils les voient? Considèrent-ils toutes ces femmes comme si la destination même du corps féminin était l’assouvissement de la pulsion sexuelle ? Un corps de femme, ça sert à ça ? Une femme est un moyen ? Et pourtant tous ces gestes diffusent ce message, et on comprend pourquoi les filles s’insurgent. Elles ne sont pas chochottes, dépourvues d’humour, ou coincées : la chosification du corps est une insulte à la dignité de personne. On est quelqu’un, pas quelque chose. 

Il y a un abîme entre la façon dont les hommes voient le corps féminin, et la façon dont les femmes vivent leur propre corps. La réciproque est sûrement vraie : immergés dans notre propre corps, par lequel passe la totalité de notre rapport au monde, nous ne pouvons savoir, à peine imaginer, ce que c’est que d’être un homme quand on est une femme, et ce que c’est que d’être une femme quand on est un homme. Le corps féminin souffre d’un malentendu. Célébré pour sa douceur, ses courbes et ses rondeurs qui sont, si on en croit Ronsard, Valery, Maupassant, Baudelaire et tant d’autres, un appel à la caresse, ce corps n’est pas ce qu’on croit. Corps de femme désirable et confortable, peut-être, mais pas pour elle-même. C’est un corps qui est douceur et consolation pour l’enfant qui pose sa tête sur un sein rond, pour l’homme qui y trouve un accueil, peut-être. Mais toute femme sait qu’il n’est ni facile ni confortable que d’avoir un corps de femme : la faute aux hormones, Simone, comme dit la chanson.

C’est un corps que la puberté malmène, parce que les seins qui poussent sont douloureux, parce que les premières règles sont lancinantes, et peuvent faire mal encore longtemps dans la vie. Parce que le cycle fait gonfler les jambes, le ventre, les seins tout en mettant le moral à plat. Parce que les grossesses amènent toutes sortes de désagréments physiques dont on vous épargnera le détail ici, mais dont toute femme peut vous produire la liste. Parce que les fluctuations hormonales font varier la température du corps et rendent alors sensible aux changements d’air ambiant. Disons-le, le corps d’une femme est peut-être confortable pour les autres mais pas pour elle, et de plus, elle est censée faire en sorte que ça ne se sache pas, que ça ne se voit pas, parce qu’on ne parle pas de ces choses, on ne veut pas passer pour une indécrottable geignarde. 

C’est un corps courageux

Alors, corps de femme, corps qui souffre ? Non, corps qui vit, qui est au plus près de la vie, corps traversé par cette possibilité de donner la vie, de porter la vie : l’immense machinerie des hormones ne sert pas à la pousse des ongles ou à la digestion du déjeuner, mais à rendre possible l’aventure immense du don de la vie. Cette possibilité de donner la vie traverse le corps en entier, cette puissance habite la totalité du corps, se rappelle à lui quoiqu’on fasse : c’est un corps qui est fort, généreux, tourné vers l’avenir et porteur d’espoir, c’est un corps courageux. C’est un corps qui peut mettre à l’abri quelqu’un d’autre pendant des mois, un corps que la séparation de la naissance déchire mais qui y consent, justement parce l’enfant n’est pas sa chose et qu’il aura sa vie à mener. C’est donc un corps qui sait, sans besoin d’explications, qu’un corps n’est pas un objet, qu’une personne n’est pas une chose. C’est un corps qui fait réfléchir, qui éduque, qui rend plus intelligent ceux qui consentent à regarder avec le cœur et pas seulement avec les mains. Et grâce ultime, c’est un corps qui ne donne pas à voir ce qui est vécu à l’intime de lui-même, qui ne vous jette pas ses intimes désagréments à la figure, qui a l’élégance inconsciente de donner à voir la douceur, la désirabilité, la vitalité, qui invite à aimer et à croire dans la vie. Voilà ce que nos garçons doivent savoir, comprendre, reconnaître, respecter et admirer : oui c’est un corps admirable, parce qu’il est admirable d’être une femme. Qu’ils n’attendent pas la garde à vue pour méditer là-dessus.

Jeanne Larghero

Philosophe, mère de famille, auteur de Quand la philosophie se mêle de sexe (Desclée de Brouwer, 2014). Vient de faire paraître Comment réussir ta vie ? À une jeunesse qui cherche le chemin du bonheur (Artège, 2018).

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C’est guidé par l’Esprit que Syméon reconnait Jésus !
Seigneur, nous te rendons grâce pour les hommes et les femmes qui te consacrent leur vie.
Seigneur, que l’Esprit ouvre les cœurs et aide à discerner la vocation à laquelle tu appelles chacun de tes enfants.

Nous te confions plus particulièrement aujourd’hui ceux que tu appelles à une vie consacrée.

AMEN

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