Le Sacré-Coeur de Montmartre : Un vœu national

La mosaïque du chœur de la basilique
La mosaïque du chœur de la basilique

Un vœu national

Deux pères de famille ont été les acteurs  de la construction  de la basilique du Sacré-Cœur, dans  un contexte très difficile pour l'Église et pour la France.

Le désastre imprévu de Sedan, le 2 septembre 1870, puis le siège de Paris par les Prussiens et l’annexion de Rome au royaume d’Italie, sont ressentis par beaucoup de catholiques comme autant de châtiments divins, sanctionnant la déchéance morale consécutive à la Révolution française. Dès le 8 octobre, les Lyonnais promettent de rebâtir NotreDame de Fourvière si leur ville est épargnée par l’invasion. Des vœux similaires sont émis à Nantes, Langres, Nevers, Lille et Angers. C’est dans ce contexte d’expiation et d’espérance que, le 18 octobre, le jésuite Marin de Boylesve, au Mans, publie un libelle intitulé Le triomphe de la France par le Cœur de Jésus, imprimé à plus de 300 000 exemplaires.

Adolphe Baudon, président général des Conférences Saint-Vincent-de-Paul, société charitable fondée par Frédéric Ozanam, est le premier à songer à l’érection d’un sanctuaire votif à Paris. Au début de décembre, il fait part de son idée à son adjoint, Alexandre Félix Legentil, fils de négociant retiré des affaires, homme de culture et réfugié à Poitiers à cause du siège de la capitale. C’est ce dernier qui, après avoir lu l’opuscule du Père de Boylesve, suggère que ce sanctuaire soit bâti, non sous le vocable de « Notre-Dame de la Délivrance », mais du Sacré-Cœur. Il promet ensuite de se dévouer à cette cause, devant son confesseur, le Père Gustave Argand, recteur du collège Saint-Joseph de Poitiers. Après quoi il rédige, avec la permission de l’évêque de Poitiers, Mgr Louis-Édouard Pie, une première formule de son vœu qu’il diffuse à travers la France. Pendant ce temps, une troisième personne, Madame Royer, œuvre dans l'ombre par la prière.

L'idée est partie des Conférences Saint-Vincent-de-Paul

De son côté, le Père Henri Ramière, directeur de l’Apostolat de la Prière, suivant une intuition parallèle, compose le 13 décembre, à Toulouse, une seconde version d’un « Vœu national », dans le but de « nous dégager par notre protestation des iniquités qui
nous ont rendus dignes des fléaux du ciel », mais également pour obtenir que « Rome recouvre son indépendance et [que] la France [soit] délivrée de ses ennemis. »

Courant janvier 1871, Alexandre Legentil et le Père Ramière entrent en contact, par le truchement du Père de Boylesve. Ils s’accordent facilement sur le texte d’un « Vœu national au Sacré-Cœur de Jésus pour obtenir la délivrance du Souverain pontife et le salut de la France », résumant leur objectif commun, et qui est publié le 29 janvier. Avec l’aide de son beau-frère, Hubert Rohault de Fleury, Alexandre Legentil s’assure le soutien actif des confréries dominicaines du Rosaire. Le 26 février 1871, le pape Pie IX approuve et bénit le Vœu national que lui a présenté le Père Vincent Jandel, maître général de l’ordre des Frères Prêcheurs. On prétend souvent que la construction de la basilique du Sacré-Cœur aurait été décidée pour « expier les crimes de la Commune ».

Or, le mouvement du Vœu national est bien antérieur à l’insurrection parisienne, qui débutera seulement le 18 mars 1871. Néanmoins, les exactions des Communards – en particulier l’exécution de l’archevêque de Paris, Mgr Georges Darboy – renforceront les promoteurs de cette pieuse résolution.

 

Prévue de longue date mais reportée à cause de la guerre, la consécration de la basilique a commencé le 16 octobre 1919. Dès 7 h 30, le cardinal Amette, archevêque de Paris, a procédé à la purification de l'église, intérieur et extérieur. Avant la procession des reliques  (saint Denis, sainte Marguerite-Marie) et la consécration des vingt autels de la basilique.

Déclarée d'utilité publique

Le 18 janvier 1872, le nouvel archevêque, Mgr Joseph-Hippolyte Guibert, apporte à son tour son soutien officiel au Vœu, à condition que celui-ci conserve un caractère purement religieux. Il confirme aussi le choix de Montmartre pour y bâtir la future basilique. L’Assemblée nationale, élue dans le sillage de la défaite, est alors très majoritairement royaliste. C’est donc avec 382 voix contre 139 et 160 abstentions, que le projet est reconnu d’utilité publique, le 24 juillet 1873.

Grâce à cette disposition législative, Mgr Guibert est autorisé à acquérir les terrains nécessaires, même au moyen d’expropriations. Cependant, l’église – « à perpétuité affectée à l’exercice public du culte catholique » – sera « construite exclusivement avec des fonds provenant de souscriptions ». Ainsi, durant ce chantier titanesque du Sacré-Cœur de Montmartre, près de 10 millions de fidèles, souvent très modestes, verseront leur obole. Au total 46 millions de francs. L’imposante basilique romano-byzantine, dont la silhouette blanche continue de dominer et de protéger la capitale de la France, n’existe bel et bien que grâce à la ferveur généreuse du peuple chrétien.

Philippe Delorme
FC N°3652

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