Homélie du 33ème dimanche de l'année liturgique A

Père Anselme Atsou

Les références bibliques :

  • 1ere Lect : Proverbe 31,10-13.19-20.30-31
  • Ps 127 Heureux qui craint le Seigneur
  • 2e Lect : 1Thessaloniciens5, 1-6
  • Evangile : Mathieu25, 25-30

Frères et sœurs,

Comment ne pas être surpris voir même  choqué par  l’attitude quelque peu étrange du maitre à l’égard de ses débiteurs dans l’évangile du jour ?
Sur quel critère s’est-il basé pour faire la répartition des talents ?
Ceux qui ont le plus reçu ont-ils plus de mérite que les autres ?
Pourquoi  aller jusqu’à condamner et arracher au dernier le peu qu’il a reçu ?
Mais c’est justement cet aspect insolite et paradoxal des paraboles de Jésus qui incite à les scruter de plus près pour y déceler le sens profond.

La chose la plus surprenante, ce n’est pas d’abord tout ce que nous venons d’évoquer dans les interrogations précédentes mais plutôt la confiance du Maitre en ses débiteurs.
Un talent vaut 24kg d’or et  6000 journées (25ans)  de travail.
Comment peut-on confier des sommes aussi impressionnantes  aux pauvres ouvriers sans aucune garantie  et partir en voyage ?
Qu’ ont-ils fait pour mériter une telle confiance ?
Ce maitre c’est  Dieu lui  même qui  après avoir crée l’univers  (y compris l’Homme)  a pris le risque de lui confier la gestion et s’est retiré.
Comment cette lourde responsabilité serait-elle bien assumée s’il ne met pas à notre disposition les moyens nécessaires pour produire les rendements qu’il attend de nous en retour?  
Dieu ne prive personne de ses dons spirituels, humains, intellectuels et matériels. Oui chers amis, notre vie même (et tout ce que nous venons trouver sur la terre)  est un don gratuit de Dieu; ce n’est d’abord pas un mérite de notre part.
Dieu nous donne  à la mesure sans mesure de sa générosité ; chacun  selon sa  capacité et n’exige pas en retour plus que ce dont nous sommes capables, sinon qui peut payer  à  Dieu (et même à ses parents) le prix de sa vie ? Si les talents sont repartis inégalement, cette inégalité est également prise en considération lors du jugement dernier. Le maitre à son retour ne réclamera pas cinq talents à celui qui n’a reçu qu’un.

Grande ou petite, la responsabilité de l’homme s’évalue en proportion des dons reçus de Dieu.

Au troisième serviteur de notre parabole, on reproche non seulement la paresse et le manque  de bonne volonté mais aussi et surtout sa méfiance comme réponse  à la trop grande confiance de son maitre. Ce faisant il perd non seulement la confiance du maitre mais aussi les bénéfices de sa générosité comme les autres en ont eu.
Nous sommes les premiers bénéficiaires de notre obéissance et de notre reconnaissance  à Dieu.
Le psalmiste nous dit « heureux qui craint le seigneur et marche selon ses voies, tu te nourriras du travail de tes mains, heureux es-tu, à toi le bonheur » (Ps 127) .

Aussi dans la première lecture la confiance, la crainte du Seigneur, la générosité, le travail bien fait…sont les caractéristiques de la femme idéale. Devons nous rester aigris, passifs et tristes parce que nous n’aurions pas reçu les mêmes dons que les autres ? « Nul n’est assez pauvre pour n’avoir rien à offrir au monde » dit-on. Un simple mot, juste un sourire, un  geste d’amour …suffisent parfois à redonner l’espoir à tous ceux qui sont déçus et déboussolés.

Il n’y a pas de condition ni d’heure pour faire fructifier son talent ; chaque minute qui passe est une opportunité ; faisons ce dont nous sommes responsables et encore capables tant qu’il est temps car Dieu seul est le maitre du temps.
Voilà ce à quoi saint Paul nous invite dans la 2e lecture de ce jour : « Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand les gens diront quelle paix ! Quelle tranquillité ! C’est alors que, tout à coup, les catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront y échapper »(1Th)

Chers amis, il y a des tranquillités, des semblants de paix qui sont plutôt trompeuses.
En ce temps de confinement, essayons de nous mettre au service des uns et des autres à travers un appel téléphonique, un mail, un SMS…
C’est bien le bon  moment d’utiliser nos talents, nos charismes, les dons que Dieu nous donne pour faire sourire la vie de nos frères et  sœurs, surtout ceux et celles qui se sont plongés dans la solitude en ce moment si difficile.
C’est nous qui constituons le trésor, le talent, la chance à ceux qui croient ou semblent n’avoir rien reçu, Dieu nous a donnés à eux pour contribuer à réaliser leur bonheur; en tant que chrétiens nous ne devons pas nous désintéresser de leur sort.
 » Que fais tu Seigneur pour ce monde qui souffre tant ? », demanda un jour un homme de foi dans sa prière.
 » Pour lui apporter la paix et le bonheur, je t’ai créé », lui répondit Dieu.
(Cf   A l’écoute de la Parole, Mgr Nicodème BARRIGAH, Archevêque de Lomé/TOGO)