Plounévez-Quintin : Le Chemin de Croix

La restauration réussie d’un Chemin de croix unique.

Le Chemin de croix a été reposé le jeudi 20 juin, en présence de Madame Guénaëlle Trubuilt, maire, de deux adjointes, ainsi que de l’abbé Yves Poilvet, curé de la paroisse, des membres de l’Association Diocésaine, de Jacqueline Berthelot, responsable du relais plounévézien.

Géraldine Fray, restauratrice de peinture à la Croix Helléan, près de Josselin (56) a expliqué la nature des travaux de repose du Chemin de croix : « Le nouveau système d’accrochage des panneaux les maintient à distance de la paroi, permettant ainsi de ventiler le revers pour limiter les phénomènes de condensation et les échanges hydriques avec les enduits de la paroi. »

Il est à noter que Madame Fray a réalisé simplement un nettoyage des stations, en raison du coût élevé d’une restauration complète.

Les travaux qu’elle a réalisés, d’un montant de 12 700 € ont bénéficié de subventions de la Direction régionale des affaires culturelles, à hauteur de 50%, de la Région, pour 20 % et une aide du Département est attendue. La somme qui restera à charge sera supportée par l’Association Diocésaine de Saint-Brieuc, propriétaire.

La commune avait fait réaliser au préalable un enduit au mortier de chaux et de sable préconisé par l’architecte des Bâtiments de France.

Revenons sur le Chemin de croix unique et original, peint en 1932 par Xavier de Langlais. Cet artiste (1906 – 1975) est bien connu dans le diocèse puisque deux de ses peintures ornent la maison Saint Yves de Saint-Brieuc.

Faisant partie du courant artistique breton « Ar seiz breur » (Les sept frères), il a entretenu un lien privilégié avec la Bretagne chrétienne pour y avoir décoré 18 églises et réalisé 9 Chemins de croix. Il disait d’ailleurs : « Je voudrais que l’œuvre de ma vie soit un hommage à Dieu. »

Le Chemin de croix de Plounévez-Quintin offre un double intérêt : c’est le premier réalisé par l’auteur et il est peint sur des plaques de fibrociment de 110 cm x 190 cm, matériau moderne de l’époque paraissant mieux adapté que la toile pour résister à l’humidité. Malheureusement l’auteur lui-même constate rapidement des altérations et, dès 1933, les stations sont fixées sur un cadre de bois qui les isole du mur humide.

En 1929 Xavier de Langlais fonde, avec son ami James Bouillé, l’Atelier Breton d’Art Chrétien (ABAC). Cette création a été déterminante dans sa carrière. Grâce à cet atelier il trouve l’appui indispensable pour la réception des commandes. Le soutien de l’évêque de Saint-Brieuc, Mgr Serrand, vaut recommandation pour les curés souhaitant embellir leur église.

C’est ainsi qu’en 1931 l’abbé Auger, recteur de la paroisse de Plounévez-Quintin, passe commande auprès de l’artiste et l’œuvre sera bénie en 1932 sous la présidence du chanoine Jean Le Diouron, natif de Kergrist-Moëlou et membre actif du Bleun Brug (Fleur de bruyère), association créée par l’abbé Perrot qui défendait la langue et les traditions bretonnes.

Si Xavier de Langlais juge sévèrement son œuvre « Métier inexistant, abandon total à l’inspiration du moment », ce n’est pas l’avis de Denise Delouche, auteur de Xavier de Langlais et la Bretagne : « Il réalise une œuvre forte et puissante. Aucun autre Chemin de croix ne trouvera par la suite une telle puissance expressionniste », un autre critique fait remarquer : « Note inédite, style tout nouveau, simplicité et piété pures ; art disparu depuis neuf siècles. Et la merveille, le miracle, c’est que s’il choque les gens "comme il faut", il est pratiquement compris, apprécié et goûté par nombre de paroissiens. »

 De fait, l’œuvre témoigne d’une réelle puissance expressionniste : la composition de chaque scène est ramenée à l’essentiel : les personnages vus en pied, l’expression dramatique des visages. Le décor est quasi absent, l’auteur privilégiant les acteurs principaux du drame.

Quant à la croix apparaissant en gros plan, elle est volontairement énorme et pesante. On le voit dans la troisième station où Jésus tombe sous le poids (ou le bois) de la croix. On trouve une certaine similitude entre cette station et la peinture se trouvant dans la crypte de la Maison Saint Yves où l’on revoit le Christ qui monte au calvaire en portant sa croix.

Le tableau de la crucifixion est particulièrement remarquable : l’artiste n’évoque les deux larrons que par les mains de chaque côté de Jésus, l’une ouverte, le bon larron, l’autre fermée, le mauvais larron. Les couleurs dominantes sont le gris, l’ocre et le rouge pâle. On peut noter qu’au fur et à mesure de la Passion, les couleurs s’assombrissent.

Dans son ouvrage Chemin de croix, chemins de vie, la photographe Carole Barriquand fait remarquer : « La Passion du Christ est pour moi proche de la condition humaine et de celle de l’artiste dont la création est aussi souffrance, lassitude et enfin lumière. »

 

Joël Le Biavant

 

Les 14 stations du Chemin de Croix

Cliquer sur les photos pour les agrandir