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Avec l’autorisation de frère Jean-Philippe Duval

“Je prie avant chaque conseil municipal” : Père Jean-Philippe Duval, moine et élu à Solesmes

À Solesmes (Sarthe), la présence d’un moine au conseil municipal n’a rien d’inhabituel. Moine bénédictin de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, le père Jean-Philippe Duval s’apprête à briguer un troisième mandat d’élu local. Pour Aleteia, il explique comment il conjugue vie monastique et engagement public, et pourquoi les chrétiens ont toute leur place dans la vie de la cité.

Moine bénédictin de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes dans la Sarthe, le père Jean-Philippe Duval s’apprête à briguer un troisième mandat au conseil municipal de Solesmes. Une présence qui peut surprendre, mais qui s’inscrit en réalité dans une longue tradition locale. Pour Aleteia, il revient sur cet engagement, la place des chrétiens dans la vie publique et les défis du village. “La première chose que je fais avant chaque conseil municipal, c’est de prier. Cela me permet d’être disponible, à l’écoute des autres et d’exprimer mon point de vue de manière juste, en cohérence avec l’idéal chrétien”, confie le moine. Entretien. 

Aleteia : Qu’est-ce qui vous a poussé, en tant que moine, à vous engager dans la vie municipale ?
Père Jean-Philippe Duval 
: C’est une tradition à Solesmes. Depuis 1855, il y a régulièrement des moines au conseil municipal. Nous faisons partie de la population et du paysage local. Dans cette fonction, je représente à la fois les bénédictins de l’abbaye Saint-Pierre et les bénédictines de l’abbaye Sainte-Cécile. À la fin de chaque mandat, le maire invite les conseillers à réfléchir à la suite. Je transmets alors cette demande au père abbé et nous en discutons ensemble. Cette fois encore, je lui ai dit que j’étais prêt à continuer à servir. Il m’a donné son accord. Ce sera donc mon troisième mandat.

Comment conciliez-vous votre vocation monastique et vos responsabilités d’élu local ?
La première chose que je fais avant chaque conseil municipal, c’est de prier. Cela me permet d’être disponible, à l’écoute des autres et d’exprimer mon point de vue de manière juste, en cohérence avec l’idéal chrétien. Concrètement, le conseil municipal prend surtout du temps au maire et aux adjoints. Pour les autres conseillers, l’engagement reste compatible avec une autre activité. Nous nous réunissons environ une fois par mois, et il y a parfois des commissions. Je participe notamment à la commission des travaux et à celle de la communication, qui s’occupe du bulletin municipal.

Pour quelqu’un qui en a les capacités et qui se sent appelé à cela, s’engager dans la vie publique est même un devoir.

La vie au monastère, elle, est déjà très occupée : je m’occupe aussi des travaux internes. En ce moment, nous rénovons une grande salle et nous séparons les réseaux d’eaux usées et d’eaux pluviales. Je ne chôme pas ! D’ailleurs, je serai le doyen du prochain conseil municipal. Et chez nous, il n’y a pas vraiment de retraite…

Que répondez-vous à ceux qui s’étonnent de voir un religieux candidat au nom de la laïcité ?
C’est, selon moi, une erreur assez répandue dans la conception de la laïcité. La laïcité concerne le fonctionnement de l’État, qui doit rester neutre. Elle ne concerne pas les élus eux-mêmes. Les élus viennent avec ce qu’ils sont : leur identité, leur histoire, leurs convictions, y compris religieuses. Nous avons récemment reçu le préfet, qui l’a rappelé clairement : chacun a le droit — et même le devoir — de représenter le groupe humain auquel il appartient dans les instances locales. L’État est laïc, donc neutre. Mais une laïcité militante qui voudrait empêcher les religions d’exister serait contraire à la liberté.

Quelle peut être la contribution spécifique des chrétiens à la vie publique aujourd’hui ?
Il faut agir avec prudence et humilité, mais en gardant le Christ au cœur. Il nous invite à servir notre prochain. Concrètement, cela signifie essayer de vivre et de rappeler, par notre comportement, l’esprit des dix commandements — à commencer par l’amour du prochain, même lorsqu’il est très différent de nous. Je pense que les chrétiens peuvent contribuer à apaiser le climat public par une présence charitable.

Notre mission première reste spirituelle : être des témoins de la prière et des prophètes du Royaume de Dieu.

Pour quelqu’un qui en a les capacités et qui se sent appelé à cela, s’engager dans la vie publique est même un devoir. Si l’on demande à quelqu’un en qui l’on a confiance de servir la communauté, il ne doit pas fuir cet engagement.

 

Votre habit religieux suscite-t-il des réactions particulières ?
À Solesmes, il n’y a aucun problème. Le défi vient plutôt des jeunes générations, qui ont souvent peu de culture religieuse. Mais elles sont surtout curieuses. Il y a trente ans, on rencontrait parfois une certaine hostilité lorsque nous nous déplacions en ville, par exemple au Mans ou dans le train. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse : les gens sont généralement ouverts, respectueux, attentifs. Je crois qu’ils apprécient aussi que nous n’ayons pas peur d’être ce que nous sommes.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour Solesmes ?
Comme beaucoup de communes, nous sommes confrontés à un manque de natalité et au vieillissement de la population. Pendant un certain temps, il y a eu très peu de permis de construire, ce qui a limité l’arrivée de jeunes couples. La municipalité a donc décidé de moderniser le réseau d’assainissement pour permettre la reprise des constructions et relancer le dynamisme du village.

L’abbaye joue-t-elle un rôle particulier dans la vie locale ?
Notre mission première reste spirituelle : être des témoins de la prière et des prophètes du Royaume de Dieu. L’abbaye marque profondément la vie du village. Beaucoup de personnes viennent à Solesmes pour le cadre spirituel et la présence monastique. Depuis cinquante ans que je suis ici, j’ai vu de nombreuses familles choisir de s’installer à proximité de l’abbaye. Le monde devient de plus en plus sécularisé, et certains y étouffent. Ils sont heureux de vivre dans un lieu rythmé par la prière. Ici, les cloches sonnent de 5 heures à 21 heures, tous les jours de l’année. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter ! 

Publié par Aleteia le 12/03/2026

Cécile Séveirac

Journaliste chez Aleteia, Cécile Séveirac écrit pour les rubriques actualités, belles histoires, perles du web et décryptages. Issue d’une formation en géopolitique et relations internationales, elle est passionnée de photographie et de lecture.

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