Le dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) a publié le 25 novembre 2025 « Una Caro », un document qui célèbre la monogamie comme fondement du couple, prônant une relation intime, exclusive et respectueuse de la dignité de chacun. Approuvé par Léon XIV, ce texte répond notamment aux défis culturels liés à la polygamie et au polyamour, en soulignant l’importance d’une union unique et égalitaire entre homme et femme.
Le dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) a publié ce 25 novembre 2025 Una Caro (‘Une seule chair’, en latin), un document de 40 pages qui célèbre la « monogamie » comme principe fondateur d’un couple. Cette note doctrinale, approuvée par Léon XIV le 21 novembre, prône une relation « intime et totalisante » entre homme et femme dans le mariage, où l’exclusivité et l’appartenance réciproque sont essentielles. Le texte met notamment en garde contre toute instrumentalisation de l’autre, affirmant que la dignité unique de chacun ne doit jamais être utilisée comme simple moyen pour satisfaire des besoins personnels.
Durant la présentation à la presse ce mardi, le préfet du DDF, le cardinal Víctor Manuel Fernández, a expliqué que cet « éloge de la monogamie » est né initialement pour répondre aux difficultés de certains évêques africains à « motiver » les jeunes de leurs pays – où la polygamie est une réalité culturelle – à vivre l’union exclusive proposée par l’Église catholique. Un constat qui peut se faire aussi ailleurs, a glissé le cardinal, élargissant le propos à l’adultère et autres formes de « polyamour ».
La date de publication n’a pas été choisie au hasard, a expliqué le prélat argentin : le 25 novembre marque l’anniversaire de mariage des époux Quattrocchi, le premier couple béatifié par l’Église (2001), ainsi que la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Le texte dresse en filigrane un plaidoyer en défense de celles-ci : plusieurs mentions soulignent que la monogamie assure » une égalité » entre les partenaires qui ont « exactement la même dignité et les mêmes droits », à l’instar de Léon XIII pour qui la promotion de la monogamie était « une défense de la dignité des femmes ».
Alors que la valeur de la monogamie est relativisée à l’époque actuelle « où l’être humain est tenté de penser à lui-même comme à une créature sans limite », le dicastère veut donner les « motifs » en faveur d’une union « unique et exclusive », qu’il décrit comme « totalisante ». Le texte, à caractère apologétique, approfondit le bien-fondé de la monogamie, même si ce message sonne « pour beaucoup étrange ou à contre-courant ». Il se concentre sur sa valeur unifiante pour le couple – laissant de côté la question de « l’indissolubilité », sur laquelle le magistère des papes a souvent insisté par le passé.
Una Caro détaille la façon dont la monogamie est inscrite dans la Bible, dès la Genèse – le premier livre des origines de l’homme – jusqu’à Jésus qui s’est « exprimé sans équivoque » à ce sujet. De nombreux théologiens sont cités, comme Augustin, Bonaventure, Alphonse-Marie de Liguori, Dietrich von Hildebrand, Karl Rahner, ou encore Thomas d’Aquin qui soutient » que la monogamie dérive essentiellement de l’instinct naturel, étant inscrite dans la nature de tout être humain ».
Le « gardien du dogme » se réfère à de nombreux philosophes français comme Antonin-Dalmace Sertillanges, Emmanuel Mounier, Jean Lacroix, ou encore Emmanuel Lévinas. Le texte offre également un long passage sur le couple français Jacques et Raïssa Maritain, un « cas spécial de communion intellectuelle, culturelle et spirituelle, qui ne peut pas être présenté comme l’unique modèle » mais qui a le mérite d’illustrer une « union radicale » et idéale de « générosité désintéressée ». Les deux philosophes du XXe siècle avaient choisi de vivre leur mariage dans l’abstinence sexuelle.
Une monogamie célébrée dans la culture collective
Au fil de ses 156 paragraphes, Una Caro cite par ailleurs des poètes qui sans être « saints ni parfaits », ont su célébrer « la valeur d’une union exclusive », a souligné le cardinal Fernández. Rome note à ce propos que malgré les « dérives » actuelles – comme la multiplication des divorces, la banalisation de l’adultère, la promotion du polyamour –, les « grands récits collectifs (romans, films, chansons) continuent à exalter le mythe du ‘grand amour’ unique et exclusif ». Pour l’Église, cela indique que « le désir d’un amour monogame reste inscrit au plus profond de l’être humain, même quand les comportements semblent le nier ».
Cet amour « fidèle et monogame » nécessite une éducation, avance encore le DDF qui souhaite voir l’élaboration d’une « nouvelle pédagogie » face à l’univers des réseaux sociaux « où la pudeur s’efface et où prolifèrent les violences symboliques et sexuelles ». L’Église rappelle aussi que l’amour pour les chrétiens prend les traits de la charité, capable de rester fidèle malgré « les moments difficiles et les tentations ».
Les limites d’une appartenance déséquilibrée
Una Caro présente « une saine appartenance réciproque » comme composante du couple monogame. Cette appartenance ne doit pas être confondue avec la « possession indue », a averti le préfet. Le document dresse en ce sens l’inventaire des « maladies » d’une relation déséquilibrée, notamment « manipulations, jalousies, vexations, infidélité […] violence explicite ou subtile, […] pression psychologique ».
Rome critique aussi les modèles de complémentarité selon lesquels seul l’un des deux parvient à se développer. Dans ce qui semble une remise en question à mots couverts des rôles sociaux institués du schéma patriarcal, elle plaide pour « des rôles et des devoirs flexibles » qui s’adaptent aux circonstances.
Le DDF insiste sur l’espace sacré inviolable de chaque personne, le « sanctuaire » de sa conscience, « où seul Dieu peut entrer ». Le mariage « n’est pas une possession », exclut « tout contrôle » et ne satisfait pas « tous les besoins », martèle le texte, rappelant que dans une relation équilibrée « la personne ne se disperse pas dans la relation, elle ne se fond pas avec l’être aimé » et l’amour ne doit pas « absorber l’autre ».
Le risque d’un couple de se refermer sur soi est également pointé du doigt comme une autre forme d’égoïsme. L’amour « exclusif » ne doit pas être « excluant », a averti pour sa part la théologienne italienne Giuseppina De Simone, au côté du préfet du DDF.
Insistance sur la dimension unitive de la sexualité
Au fil du texte, le dicastère fait une synthèse des interventions des papes des XXe et XXIe siècles. Il s’arrête notamment sur Paul VI, évoquant sa fameuse encyclique Humanae Vitae, qui proscrivit l’usage de la contraception. Una Caro ne traite pas directement ce sujet, mais déclare que « l’union sexuelle […] doit naturellement rester ouverte à la transmission de la vie ». Avant de nuancer : « Cela ne signifie pas que cela doive être un objectif explicite de chaque acte sexuel ».
Se référant à Jean-Paul II, le texte énumère « trois situations légitimes » où l’acte sexuel n’est pas nécessairement voué à la procréation : lorsqu’un couple ne peut pas avoir d’enfants ; lorsqu’un couple le vit simplement comme un acte d’amour sans volonté de procréation ; lorsqu’un couple respecte les moments d’infertilité de la femme (selon les « méthodes naturelles » prônées par l’Église).
Déplorant aujourd’hui « une recherche de sexe excessive et sans contrôle », Una caro invite à vivre la sexualité comme « action de tout l’être humain, dans sa corporéité et son intériorité », assurant que cette attitude augmente le plaisir, tandis que l’utilisation d’autrui pour assouvir ses désirs laisse une « insatisfaction ».
Mgr Armando Matteo, secrétaire du DDF, a annoncé que son dicastère travaillait actuellement à un prochain texte sur la « transmission de la foi », selon un mandat confié par le pape François il y a deux ans. Il a confié que les membres devraient rencontrer officiellement le pape Léon XIV en janvier prochain, pour recevoir de lui ses orientations pour la suite.

Aleteia
Publié par Aleteia le 25 novembre 2025





