Alexandru Buzalic, prêtre de l’église gréco-catholique, céléèbre les messes à la basilique de Guingamp (OUEST-FRANCE)

Dans les Côtes-d’Armor, un prêtre qui célèbre des messes est... marié et papa

Dimanche dernier, la messe en la basilique de Guingamp a été célébrée de la même manière que dans des dizaines d’églises du département. Pourtant, le prêtre qui officiait, Alexandru Buzalic, est… marié et père d’un enfant.

Né en Roumanie, sur les bords de la mer Noire, l’homme de 50 ans a été ordonné prêtre, trois ans après son mariage, en 2001, dans la religion gréco-catholique. Une Église de tradition orientale, de rite byzantin, qui reconnaît l’autorité du Pape, mais dans laquelle le célibat des prêtres n’est pas obligatoire.

Une Église persécutée

« Je suis entré en religion après la chute du régime de Ceaucescu, en 1989 », précise Alexandru Buzalic, dans un excellent français, de sa voix voilée et musicale. « Mais cela m’est venu dès le lycée, notamment en lisant Mircea Eliade » (philosophe, parmi les fondateurs de l’Histoire moderne des religions, N.D.L.R.).

Depuis 1948, l’Église gréco-catholique est hors-la-loi, sous le régime communiste : les évêques, prêtres, fidèles, sont emprisonnés, exécutés pour certains. Les offices ont lieu dans des catacombes, en secret… Jusqu’au renversement de la dictature, en 1989.

Docteur en théologie

Alexandru Buzalic fait ses études, passe six ans dans un monastère… puis devient docteur en théologie. Il enseigne toujours aujourd’hui à l’université d’État d’Oradea, dans le nord-ouest de la Roumanie, six mois par an. Le reste de l’année, il vit en France.

« En 2007, ma femme, psychiatre, est venue travailler et s’installer à Bégard. Je les rejoignais, elle et mon fils, d’abord en vacances, puis de plus en plus régulièrement… Jusqu’à m’installer près de Belle-Isle-en-Terre, avec eux : d’ici, je m’occupe des activités scientifiques, des publications de recherches, et au deuxième semestre, je retourne enseigner en Roumanie. »

Permis de messe

Dans les Côtes-d’Armor, il officie pour les messes, baptêmes, enterrements, à Bégard, Callac, Pontrieux, Guingamp… Des offices dans la tradition latine, pour lesquels il a dû obtenir un « permis de célébrer », l’accord de son évêque à Oradea et de celui de Saint-Brieuc et Tréguier. « Je fais cela pour aider, tant que l’on a besoin de moi. Enfant, j’ai été élevé dans le rite latin, que je connais bien. »

Pour lui, le fait d’être père, dans les deux sens du terme, n’est pas un problème : « Dans la tradition orientale, les prêtres peuvent être ordonnés après le mariage… Mais pas se marier après l’ordination. En Occident, le célibat est normal, le fruit d’un héritage, d’une Histoire. Les deux Églises sont basées sur un tronc commun, jusqu’au XIe siècle. Beaucoup de mes étudiants, qui ont le choix, optent pour le célibat, comme une vocation. Autoriser le mariage des prêtres en Occident n’apporterait pas grand-chose : mener de front une vie de famille et une vie de missionnaire est difficile. »

Naturalisé français, tout comme sa femme et son fils, le polyglotte – il parle six langues – regrette de ne pas parler breton, mais il s’y attelle, car il est tombé amoureux de la Bretagne : « Ici, j’ai laissé l’ancre. Je suis prêt à aider les paroisses, tant que je serai utile. »


Publication : OUEST-FRANCE Fabrice Bernay – le 26/01/2019