Simone Le Moigne, une artiste naïve et authentique

Simone Le MoigneSimone Le Moigne, peintre naïf, après avoir commencé à peindre à 58 ans sur le thème de la vie rurale du début du 20ème siècle, a souhaité, à l’aube de ses 80 ans, réaliser des œuvres d’inspiration religieuse. Pour ce faire elle a relu l’Evangile et peint les scènes qui l’inspiraient.

Ses enfants, Anne Vinesse et Simon Le Bris ont décidé de faire don, au diocèse et à la paroisse de Rostrenen, des œuvres encore disponibles.

Animée d’une foi profonde, elle serait, selon sa fille, « très heureuse qu’à travers ses peintures, elle continue à témoigner de l’Evangile. »

Elle a peint des scènes de l’Ancien Testament : Adam et Eve, Moïse perçant le rocher, l’Arche de Noé inspirée par la sècheresse historique de 1976. Puis, à partir de 1989, elle va peindre les épisodes importants de la vie du Christ : Noël, la Cène, les Rameaux, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte, avec également une prédilection pour la représentation des miracles, comme la résurrection de Lazare, du fils de la veuve de Naïn, la guérison du paralysé, la pêche miraculeuse, les noces de Cana ainsi que la peinture des paraboles comme le semeur, l’agneau retrouvé.

A l’église de Trégornan, nous pouvons admirer trois œuvres : une Pietà réalisée d’après une sculpture en bois polychrome, ainsi que deux tableaux représentant saint Corentin : l’un en moine, l’autre en évêque. Une plaque indique qu’elle a été baptisée et s’est mariée dans cette église.

En 1988, l’abbé Radenac, alors maire de Rostrenen organise une exposition de ses œuvres à la chapelle de Campostal. C’est l’occasion pour la commune de se voir offrir par l’artiste une toile représentant Campostal.

A Rostrenen, au 6 rue Gambetta, le passage (Tremen) Simone Le Moigne mène au square de la Fontaine.

En août dernier, ses enfants ont offert à la mairie de Glomel un tryptique représentant Trégornan.

Sa fille lui a consacré en 2009 un ouvrage « Simone Le Moigne : peindre et revivre » (Ed. Siloë).

C’est donc au village de Magoar en Trégornan qu’elle nait, en 1911, dans une famille de paysans pauvres. Pensionnaire pendant 8 ans, elle obtient le certificat d’études mais n’ira pas au-delà car au lendemain de la guerre 14, la main-d’œuvre est nécessaire pour la vie de la ferme. Elle épouse un sabotier qui part l’été faire la saison en Beauce. Elle-même suit son mari en région parisienne puis revient tenir un commerce à Trégornan. Après la seconde guerre, elle connaît la précarité puis le divorce. Elle travaille ensuite comme employée de maison à Paris. Une boîte de peinture récupérée dans une poubelle de la maison lui donne envie de peindre. Sans pinceau, avec ses doigts, une aiguille, une épingle, elle ébauche ses premières peintures sur des supports de fortune. En 1971, c’est la retraite ; elle va désormais consacrer tout son temps à ce qui est devenu sa passion : la peinture.Simone Le Moigne-Crèche

Simone faisait remarquer : « Je ferme les yeux et le tableau est dans ma tête. » Plutôt que le terme de peinture naïve on pourrait parler de peinture spontanée, jaillissant d’une idée sans modèle formel sous les yeux. Elle peint les vergers en fleurs, la maisonnée autour du chaudron à bouillie, l’accueil des pauvres à la ferme, sans oublier les processions ou les pardons. Ce temps révolu que Pierre Jakez Hélias décrit en 600 pages dans le Cheval d’orgueil, elle les décline paisiblement d’un tableau à l’autre. 

En 1975, elle va vivre à Saint-Herblain (44) où elle réalisera la majeure partie de son œuvre. Elle y vécut jusqu’à sa mort, en 2001.

Elle disait : « Si je vous peins avec tant de joie  C’est que je vous aime comme autrefois.  Malgré les changements que vous avez subis  Vos collines rient encore aujourd’hui. »

De nombreuses expositions tant en France qu’à l’étranger auront lieu. Lors des vernissages elle revêtait volontiers le costume breton.

Inaugurant une exposition de ses œuvres à Nantes pour le dixième anniversaire de sa mort, Jean-Marc Ayrault, alors député-maire de la ville faisait remarquer : « Elle raconte une Bretagne colorée et radieuse, des traditions et des pratiques oubliées. Elle restitue des sensations inexplicables, des atmosphères, des parfums, tout un monde de rêve. »

Sophie Mabillon, critique d’art, auteure de la préface du catalogue de cette exposition notait : « C’est une artiste autodidacte, ingénieuse et moderne. Par sa pratique importante (plus de 1 500 toiles), elle acquiert une dextérité et des procédés qu’elle améliorait sans cesse. Son goût pour la matière et les volutes évoque les toiles de Van Gogh. Mais aux refuges sombres de l’artiste hollandais où les âmes se perdent, elle oppose un havre de paix où se diffuse la chaleur humaine. Assurée dans ses choix, elle se permettra de refuser les influences de Picasso, préférant ses portraits à ceux du maître ! L’œuvre de Simone Le Moigne se présente comme une pratique, une catharsis où sont gommés les épisodes douloureux. 

Simone se souvient des moments heureux de son existence, racontant ce passé sans nostalgie, sans regret. Sa peinture a pour fin de ne garder au présent que ce qui est source de joie et de plaisir.

En conclusion, ses œuvres ne sont-elles pas des exercices spirituels ? A travers les scènes représentées, l’artiste nous invite à prier pour le bonheur des hommes, elle rêve d’un monde de paix, réconcilié, sans violence. Est-ce là sa naïveté ? »

Joël Le Biavant