Plus de 13.000 adultes seront baptisés en France cette année à Pâques, a annoncé ce 25 mars la Conférence des évêques de France (CEF). Le nombre d’adolescents baptisés bat lui aussi un record, avec plus de 8.000 baptêmes à venir..
« Comment cela se fait-il ? Qu’est-ce qui se passe ? » À Lourdes, Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon et référent catéchuménat pour la Conférence des évêques de France (CEF), ne cherche pas à minimiser les inconnues qui entourent encore aujourd’hui le phénomène des demandes de baptêmes d’adolescents et d’adultes. Une nouvelle fois, la France connaît une augmentation substantielle du nombre de catéchumènes, puisque 21.386 baptêmes d’adultes et d’adolescents seront célébrés dans la nuit de Pâques, le 4 avril prochain, selon les chiffres communiqués ce mercredi par la CEF. L’an passé, ils étaient 17.788 à recevoir le premier sacrement de la vie chrétienne. Et seulement 4.895 en 2021, il y a cinq ans.
Si l’on se concentre uniquement sur le nombre de baptêmes d’adultes, celui-ci a plus que triplé en l’espace de dix ans, passant de 4.124 en 2016 à 13.234 cette année. Côté adolescents, ils étaient 1.385 à réclamer le baptême en 2017 contre 8.152 cette année. L’enquête de la CEF précise toutefois que l’augmentation du nombre d’adolescents baptisés ralentit, avec une hausse de 10% en 2026 – elle était de plus de 40% sur la période 2024-2025. Ce pourrait être dû au fait que l’accompagnement du catéchuménat des adolescents se structure en France et que, progressivement, davantage de diocèses font remonter les informations les concernant.
"La maladie (personnelle ou pour un proche), le décès (d’un ami, d’un parent, des grands-parents…) sont des épreuves qui amènent aux questions existentielles de la vie ;
Les proportions de catéchumènes adolescents filles ou garçons sont comparables à ce que l’on observe chez les adultes : environ deux tiers de filles et un tiers de garçons. Seuls 1% des baptêmes d’adultes concernent des plus de 65 ans. L’écrasante majorité (82%) des adultes qui reçoivent le baptême ont entre 18 et 40 ans.
Pour mieux cerner les motivations des adolescents et adultes qui se tournent vers l’Église, la CEF a réalisé en début d’année un sondage auprès de 1.450 catéchumènes provenant de 60 diocèses. Il en ressort que 40% d’entre eux « se sont mis en chemin vers le baptême à la suite d’une épreuve » qui a déclenché chez eux une quête de sens. « La maladie (personnelle ou pour un proche), le décès (d’un ami, d’un parent, des grands-parents…) sont des épreuves qui amènent aux questions existentielles de la vie », analyse la CEF. Mgr de Germay, qui a lu les 500 lettres des personnes demandant le baptême dans son diocèse cette année, abonde en ce sens. Pour l’archevêque de Lyon, elles témoignent de « l’expérience d’un manque » et d’un « vide intérieur ».
Une expérience spirituelle forte
Virginie, 34 ans, a grandi dans une famille catholique d’origine espagnole. Celle-ci s’éloigne pourtant de l’Église au fil des années : « J’ai toujours été élevée avec la Bible, avec Dieu, mais Jésus, je n’en entendais pas vraiment parler. » C’est en 2025 que tout bascule. « D’un coup, je n’ai entendu parler que de Jésus, sur YouTube, à la télévision, partout. » La série « The Chosen » agit comme un déclic. Elle décide alors de pousser la porte de l’église de sa ville natale : « Je suis allée à la messe pour la première fois, inspirée par toutes ces rencontres, réelles ou virtuelles, avec le Christ. » A Pâques, c’est à Salon-de-Provence qu’elle recevra le baptême
Près d’un tiers des sondés affirme également avoir vécu une expérience spirituelle forte (32%) qui a déclenché une demande de baptême. C’est le cas de Johann Cabeceira, jeune adulte présent à Lourdes lors de la présentation des chiffres de la CEF. Vivant à Tarbes, il a grandi dans une famille musulmane non pratiquante, l’homme qui raconte avoir eu un « parcours cabossé » se revendiquait athée à l’adolescence. « J’ai vécu une expérience très forte qui m’a fait prendre conscience de l’existence de Dieu dans ma vie », explique sobrement le jeune homme qui sera baptisé dans la cathédrale de Tarbes dans dix jours.
La force du témoignage
L’étude de la CEF révèle en outre que près d’un catéchumène sur cinq a été touché par le témoignage de vie chrétienne d’une personne de son entourage. Quant à l’influence des réseaux sociaux, elle « reste assez modeste », explique-t-on, puisque seulement 11% des personnes sondées affirment avoir demandé le baptême après avoir suivi des influenceurs. « L’adhésion à la foi n’est pas d’abord pour eux une adhésion aux valeurs », avance encore Mgr de Germay, qui insiste sur « l’expérience spirituelle forte qui va les mettre en route ».
Cette nouvelle hausse du nombre de catéchumènes fait l’objet d’une grande attention de la part de l’Église EN France. En début d’année, les huit diocèses d’Île-de-France et le diocèse aux Armées ont ouvert la phase de consultation d’un concile provincial sur ce sujet. Mais d’autres Églises dans le monde regardent aussi de près ce qui se joue en France. Catherine Lemoine, déléguée nationale pour la pastorale des adolescents, confie d’ailleurs que l’archevêque de Melbourne, en Australie, est venu « jusqu’à nous » pour comprendre le phénomène français et s’informer sur les réponses à apporter. « La conférence épiscopale d’Allemagne nous rendra visite prochainement » dans cette optique, ajoute-t-elle. Les chiffres sur les catéchumènes sont à mettre en perspective avec l’évolution du nombre de baptêmes d’enfants en France, qui a considérablement diminué ces dernières années, baissant de plus de moitié en vingt ans. En l’an 2000, le nombre de baptêmes d’enfants de moins de 7 ans était de 380 093, contre 170 290 en 2023, selon l’Église de France.
Parmi les raisons qui pourraient expliquer le phénomène, celle d’un rattrapage des baptêmes non célébrés aux âges de l’enfance est parfois avancée.
Publié le 25/03/26 par Aleteia

Hugues Lefèvre
Journaliste pour l'agence de presse vaticane I.Media











