Quand on fait le pèlerinage en Terre Sainte, on visite des lieux qui ont l’ambition d’être l’endroit même où l’événement s’est produit. Cette ambition est souvent fondée sur des arguments très sérieux, qui tiennent pour la plupart à la continuité des marques de dévotion à travers les siècles, depuis les timides débuts (quelques traces des premières communautés judéo-chrétiennes) jusqu’à nous. On a pris l’habitude, à Nazareth et dans d’autres lieux, de préciser cette localisation avec une inscription où il est dit : « ici le Verbe s’est fait chair » ou « ici il a été flagellé ». ICI ! cela fait rêver ! Ce petit espace a enserré la merveille des merveilles !
On pourrait dire pareil avec le Saint-Sépulcre, nom donné au Moyen Âge au lieu où l’on a déposé le Corps très saint qui venait de souffrir le supplice de la Passion. Les recoupements de l’histoire, et notamment les dernières fouilles menées en ce lieu en 2024, accréditent sérieusement la conviction que nous sommes là devant les restes authentiques du tombeau où Joseph d’Arimathie a déposé le corps de Jésus. Eh bien, dans ce lieu où l’on touche au plus près un moment de l’histoire sainte, on dit justement : « Il n’est pas ici ! »
« Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est plus ici ! »
On dit « Il n’est pas ici ! » parce que les anges ont commencé par le dire : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est plus ici ! » Il n’est plus ici, mais ce lieu garde sa trace, Pierre et Jean voient les linges pliés d’une certaine façon. Et surtout, la mémoire est toute vibrante de son souvenir : « Rappelez-vous comment il vous a parlé, lorsqu’il était en Galilée ! »
Jésus est plus présent que jamais au moment où on ne peut plus le localiser. Il n’est pas « collé » à un passé qui va s’éteindre un jour ou l’autre : il est vivant, il est devant, pas dans les pages d’un livre. Il est prêt à renouveler le miracle de sa présence, dans l’hostie et le calice.
Il n’est plus ici avec nos rêves et nos regrets, il nous entraîne, il nous a donné rendez-vous en Galilée… mais la Galilée s’étend aux dimensions de toute la terre. Le christianisme n’est pas resté fixé à Jérusalem, son centre est présentement à Rome, mais nul ne sait la suite.
Il n’est plus ici, mais il n’est pas loin. Il a tant de choses encore à vous dire ! Il les dira sans doute en toute hâte, comme il a fait avec les onze qui restaient : « C’est à eux aussi qu’après sa Passion il se montra vivant, avec beaucoup de preuves, leur apparaissant pendant quarante jours et parlant des choses du royaume de Dieu » (Actes 1, 3).
Il insiste pour que les disciples ne se dispersent pas tout de suite. Pour qu’ils continuent à trouver dans le contact avec les frères ce qu’ils avaient connu à certains moments, dans les folles aventures où il les avait entraînés. Pierre est là de toute façon et il saura garder le cap.
Il n’est plus ici, mais il reviendra et leur tristesse se changera en joie.
Et « votre joie, personne ne vous l’enlèvera ».

Père Michel Gitton
Le père Michel Gitton est prêtre du diocèse de Paris. Il est également le fondateur de la communauté Aïn Karem qui réunit des clercs, laïcs consacrés et des laïcs pour l'évangélisation.
(Publié dans France Catholique N°3823 1er septembre 2023)











