Débora : le courage au féminin (Juges Ch. 4 et 5)

Le 15 août 2020, lors du pardon de Notre-Dame de Rostrenen, Mgr Roland, dans son homélie, nous a invités à méditer sur la prière de Marie, le Magnificat, faisant remarquer que celle-ci s’inspirait du cantique de Débora et de celui d’Anne, la mère de Samuel : l’occasion de reprendre ces deux récits souvent méconnus.

Il est rare de voir figurer dans la Bible des personnages féminins à la fois prophètes et libératrices d’Israël. C’est le cas de Débora.

Débora, en hébreu, désigne l’abeille, animal perspicace qui bâtit la maison nourricière. La métaphore s’applique à cette femme courageuse et tenace qui comptera parmi les juges d’Israël, pendant 40 ans, époque tendue opposant son peuple à l’oppression des Cananéens au 12ème siècle avant J.C.

« Femme de Lapidoth, elle siégeait sous un palmier où elle rendait la justice en Israël. Les fils d’Israël venaient vers elle pour faire arbitrer leurs litiges ». A cette époque, les juges étant des hommes, Débora fait figure d’exception.

Après la mort de Josué, Israël, installé dans le pays promis, connaît bien des troubles. Voilà 20 ans que le roi cananéen Yabin et son général Sisséra oppriment le peuple.

Dotée de dons de prophétie, Débora se lève, va trouver Barac, général des Israélites, et lui demande de recruter 10 000 hommes pour attaquer l’ennemi. Mais, même avec cette troupe, Barac n’ose pas y aller sans Débora.

« Si tu viens avec moi, j’irai mais si tu ne viens pas, je refuse de m’y rendre. »

« Je t’accompagnerai donc, déclara-t-elle, cependant tu ne tireras aucune gloire de cette expédition car c’est à une femme que le Seigneur livrera Sisséra. »

Une bataille effrénée oppose les forces d’Israël à l’ennemi cananéen avec ses 900 chars de fer. Véritable scène de péplum, la lutte est féroce. L’armée de Sisséra est supérieure en force mais une manœuvre tactique des Hébreux, aidée d’une pluie diluvienne, ramollit la terre sous les roues des chars ennemis qui s’embourbent. L’armée de Sisséra est défaite : pas un soldat n’en réchappe mais le chef cananéen trouve refuge dans la tente de Yaël, femme de son allié. Celle-ci viole les lois de l’hospitalité et n’hésite pas, durant le sommeil du chef vaincu, à prendre un pieu pour le planter dans sa tempe. La victoire reviendra donc bien à une femme comme l’avait prédit Débora. A l’issue de la victoire, Débora entame l’un des cantiques les plus anciens et les plus connus pour sa beauté et sa poésie.

« Je vais célébrer le Seigneur, Dieu d’Israël, je vais chanter pour le Seigneur. Quand tu es descendu des monts de Séir, la terre s’est mise à trembler, les nuages ont déversé leur eau, le ciel a ruisselé une pluie abondante, les montagnes ont vacillé devant toi le Seigneur du Sinaï, le Dieu d’Israël ».

Ce récit puissant, à l’initiative d’une femme, marque la paix du peuple d’Israël pendant 40 ans et imprègnera longtemps la littérature biblique notamment les psaumes. Il demeure surtout une magnifique leçon de courage et de ministère d’une femme exceptionnelle.