Pour la première fois de son histoire, le Bureau des Constatations Médicales de Lourdes confie à une femme, le Dr Giada Monami, la mission d’examiner officiellement les guérisons inexpliquées attribuées à l’intercession de la Vierge Marie. Une nomination annoncée le 11 février qui marque une nouvelle étape dans le dialogue entre science et foi au cœur du célèbre sanctuaire marial.
Le sanctuaire de Lourdes ouvre une nouvelle page de son histoire. Pour la première fois, une femme, le Dr Giada Monami, prend la tête des enquêtes médicales sur les guérisons dites inexpliquées, à la frontière délicate entre rigueur scientifique et espérance spirituelle.
Le 16 avril 2025, Antonietta Raco était officiellement reconnue comme miraculée de Lourdes. Guérie d’une sclérose latérale primitive après un pèlerinage effectué en 2009, l’Italienne de 67 ans rejoignait la short liste des guérisons inexpliquées attribuées à l’intercession de Notre-Dame de Lourdes.
À ce jour, des milliers de témoignages ont été enregistrés par le Bureau des Constatations Médicales du sanctuaire depuis sa création en 1883, mais seuls soixante-douze ont été officiellement reconnus comme miracles. Cette instance est chargée d’examiner scientifiquement les guérisons jugées inexplicables. Un travail rigoureux auquel s’attelle désormais le Dr Giada Monami. Une nomination annoncée le 11 février dernier, fête de Notre-Dame de Lourdes, par l’évêque de Tarbes-Lourdes, Mgr Jean-Marc Micas.
Une grande habituée de Lourdes
La nomination du Dr Giada Monami s’inscrit dans un moment charnière de l’histoire du sanctuaire, marqué ces dernières années par un intérêt croissant pour le dialogue entre foi et science. Il s’agit de la première femme et du deuxième médecin étranger à assumer cette responsabilité. Originaire de Frioul, en Italie, elle succède à Alessandro de Franciscis, en poste depuis quinze ans.
Le patriarche de Venise, Francesco Moraglia, a adressé un message de félicitations au docteur, soulignant « le service délicat et précieux » que lui confie le sanctuaire français. Le Dr Giada Monami est une grande habituée de Lourdes puisqu’elle s’y rend depuis plus de dix ans. Beaucoup de ceux qui l’accompagnent lors de ces pèlerinages au service des malades témoignent de son approche « humaine, respectueuse et bienveillante ».
Suite à sa nomination, la docteur a également exprimé sa gratitude et enjoint les fidèles à prier pour elle : « Priez pour moi, pour ce nouvel engagement. »
Reconnaître une guérison miraculeuse
Le Bureau des Constatations Médicales de Lourdes naît en 1883. Il est approuvé en 1905 par le pape Pie X. Chargé d’examiner scientifiquement les guérisons jugées inexplicables, son but est clair : faire dialoguer le témoignage des pèlerins avec la foi et la science, sans tirer de conclusions hâtives, mais en attendant l’épreuve des faits et du temps. Ces dernières décennies, Lourdes a affiné le vocabulaire et les étapes de l’investigation, tout en conservant sa rigueur clinique initiale.
Le processus de reconnaissance d’un éventuel miracle implique une enquête longue et rigoureuse. Le médecin résident recueille tout d’abord le témoignage de guérison et entreprend une première évaluation clinique : reconstitution en détail de l’historique de la maladie, état de santé actuel, éviction de toute fraude ou influence extérieure, vérification de l’évolution de la maladie. La question que se pose le médecin est la suivante : ce changement est-il survenu dans des circonstances extraordinaires que rien ne peut expliquer ? Une première étape qui peut durer des mois, voire des années. L’enjeu est en effet de voir si la guérison se stabilise dans le temps.
Le Bureau, une fois la documentation jugée solide, convoque une réunion collégiale ouverte à tous les médecins présents à Lourdes, indépendamment de leurs convictions personnelles. Le but est de vérifier cliniquement la réalité de la guérison inexpliquée. Si le cas est jugé comme véritablement anormal, il est inscrit à l’ordre du jour du Comité Médical International de Lourdes ( CMIL), organe d’experts examinant chaque année les cas les plus significatifs. L’objectif n’est pas ici de « clamer un miracle », mais de déterminer si la guérison est, au vu des connaissances actuelles, cliniquement explicable, ou non. En clair, la maladie doit être grave et bien diagnostiquée, d’origine organique et non psychologique, avec un pronostic défavorable. La guérison doit être soudaine, complète, durable et non imputable aux traitements administrés.
Ce cas, d’abord qualifié d’ »exceptionnel », est ensuite soumis à l’évêque concerné, chargé d’en évaluer la valeur en tant que possible signe miraculeux pour la vie de foi de la communauté. Le jugement final est donc de nature ecclésiale. Un processus qui dure souvent des années.

Hortense Leger
Journaliste à Aleteia. Article publié le 17/02/26















