Comme vous avez pu le lire sur le site Internet et dans le bulletin paroissial, un projet d’habitat partagé, type « béguinage », est en projet au Village Saint-Joseph à Plounévez-Quintin.
L’occasion nous est donnée de revenir sur la conception d’un béguinage aujourd’hui et d’en retrouver l’origine à travers l’histoire des béguines au Moyen-Âge.
Le béguinage est un ensemble immobilier, à taille humaine (10 à 25 logements), organisé autour d’un jardin et d’espaces de vie partagée.
Symbole de solidarité et de convivialité, le béguinage répond au souhait des personnes âgées de vivre et bien vieillir de façon autonome, sécurisante et rassurante. Il permet de rompre avec l’isolement
Les béguines, femmes libres du Moyen-Âge
Regroupées en petites communautés, ces pionnières travaillent, étudient, s’entraident et toute indépendance du joug des hommes. Une révolution !
Paris 1310 : le terrain leur avait été initialement octroyé par Louis IX, sur les bords de la Seine, à l’emplacement de l’actuel lycée Charlemagne, en plein cœur du quartier du Marais où vivait une petite communauté. Quatre cents femmes installées dans des petites maisons individuelles, avec, au milieu, une chapelle sans aucun homme à l’horizon. Veuves ou célibataires, elles préfèrent vivre leur engagement religieux en dehors d’un couvent.
Dans la société féodale, les femmes sont soumises à l’autorité patriarcale et n’ont pour option que le mariage ou les ordres. Mais voilà que les croisades envoient les hommes au loin. Quant aux couvents, ils manquent de place et exigent une dot. Que vont devenir ces célibataires ? Unir leurs forces, c’est ainsi que naissent les béguinages.
Le béguinage n’a rien à voir avec le béguin que vous pourriez avoir pour quelqu’un (un crush dans le langage des ados). Le premier béguinage est fondé à Liège, en 1173, et le deuxième dans le Pas-de-Calais, autour de Marie d’Oignies. Les béguines partagent l’idéal de pauvreté des ordres mendiants, mais ne prononcent pas de vœux. Jacques Le Goff les qualifie « d’êtres mi-chair, mi-poisson ».
« Elles pratiquaient leur religion en toute liberté. Et elles prêchaient : elles traduisaient en français commun la Bible et autres textes religieux. Elles les enseignaient dans les écoles. Ce qui était exceptionnel pour des femmes, » expliquait Aline Kiener, autrice de la Nuit des Béguines.
« Ces femmes avaient acquis une indépendance totale. Elles n’étaient pas mariées, pas soumises à l’autorité masculine, ni à celle de l’Église. Une liberté que les femmes ont perdue ensuite pendant longtemps », résume Aline Kiner.
Bien avant que ces concepts soient à la mode, les béguines représentent la solidarité et la sororité. Sans surprises, ces femmes émancipées dérangent. Surtout l’Église, jalouse de leur pouvoir. En 1310, la béguine valenciennoise, Marguerite Porete, est brûlée en place de Grève à Paris. Son tort « avoir écrit un traité de mystique en français, accessible au plus grand nombre sans la médiation du clergé ». Auteure de Le Miroir des âmes simples, on peut la considérer comme une martyre de la liberté de penser, restant fidèle à ses convictions. « Son procès (comme celui de Jeanne d’Arc plus tard) a probablement été une machination politique autant que religieuse », note Catherine Vincent.
Créée en 1231, l’Inquisition (tribunal ecclésiastique) condamne au bûcher des personnalités influentes. En 1311, le concile de Vienne classe le mouvement béguinal comme hérétique.
Marguerite Porete fait partie des nombreuses sources d’inspiration féminine de Maître Eckart, célèbre théologien et philosophe allemand. Envoyé à Paris pour y enseigner il est également victime de l’Inquisition. On lui reproche « des prédications vulgaires trop accessibles aux gens du peuple ». Mentionnons aussi Mechthilde de Magdebourg et Hadewijch d’Anvers (1220 – 1260) qui peuvent être considérées comme sources de la philosophie européenne.
Seules les béguines des Pays-Bas et de Belgique vont survivre à ces persécutions, en acceptant de se rapprocher de l’Église. À la fin du 19ème siècle, elles sont encore 600. La dernière va mourir en 2013, à Courtrai, refermant définitivement l’histoire de ces femmes libres avant l’heure.
Joël Le Biavant
Aujourd’hui, le mouvement des béguinages compte des centaines de réalisations.
Son caractère religieux s’est globalement effacé mais l’esprit demeure :
liens forts entre les habitants et le voisinage, sobriété, partage.
Pour en savoir plus, cliquez sur le lien : Béguinage Solidaire







