La joie de l’Evangile et la piété populaire

L’abbé Roland Le Gal a animé au cours de ce premier semestre deux rencontres consacrées à l’exhortation apostolique du pape François. La première a permis de survoler l’ensemble de l’ouvrage et d’en découvrir les richesses. La seconde portait sur la joie de l’Evangile et la piété populaire.

Dans le document Aparecida 2007, le futur pape notait : « Nous ne pouvons pas dévaluer la spiritualité populaire ou la considérer comme un mode secondaire de la vie chrétienne parce que ce serait oublier le primat de l’action de l’Esprit-Saint et l’initiative gratuite de l’amour de Dieu. (…) C’est une spiritualité incarnée dans la culture des gens simples qui, pour autant, n’en est pas moins spirituelle sinon qu’elle l’est d’une manière différente. »

Cette piété populaire revêt chez nous différentes formes. Evoquons ici les pardons, pèlerinages, prières et bénédictions.

Les pardons et pèlerinages bretons

Pardon de St Yves à Tréguier - 2013De mai à octobre, tandis que les touristes sillonnent les terres bretonnes, cantiques et litanies s’élèvent dans le ciel armoricain. Ce ne sont pas moins de 1200 pardons qui sont fêtés chaque année en Bretagne.

Ils n’ont pas tous la même solennité : certains rassemblent des milliers de fidèles, d’autres une soixantaine de paroissiens.

Dans notre diocèse le plus important est celui de saint Yves à Tréguier où les aubes des prêtres côtoient les nombreuses robes noires des avocats et magistrats. Il y a un côté émouvant à voir la tradition perdurer et ces gens à continuer à vénérer la figure de saint Yves à travers l’idéal de justice qu’il incarne.

Par ailleurs, à Sainte-Anne-d’Auray, pardon breton le plus suivi, 2014 sera une grande année avec le pèlerinage de juillet à l’occasion du centenaire de la proclamation de sainte Anne patronne de tous les Bretons.

Comme ailleurs, dans nos paroisses, les pardons sont aussi l’occasion de processions avec statues et bannières, sans oublier le traditionnel tantad.

Ils sont aussi quelquefois l’occasion de se retrouver, après la cérémonie religieuse, autour d’un repas ouvert à tous. C’est aussi l’objectif de Tro ar chapelioù qui mêle à la fois tourisme et spiritualité autour du patrimoine religieux et des animations musicales.

La prière et le chapelet

Quelle que soit sa forme, la prière peut dire merci, adorer, demander, se repentir. Saint Paul recommande en effet de « faire des demandes, des prières, des actions de grâce et de prier constamment. »

Il est intéressant d’évoquer l’expérience du père Georges Vandenbeusch, prisonnier du groupe islamiste nigérian Boko Haram pendant un mois et demi, libéré le 31 décembre dernier et qui a fêté le retour dans sa paroisse lors d’une veillée de prières.

Revenant sur sa captivité il confiait lors de son interview à la revue Croire : « En France je ne priais pas le chapelet mais je l’avais tant de fois égrené avec les sœurs du Cameroun qu’il me revint tout naturellement. Et avec lui, la mémoire des Ecritures. J’ai compris alors pourquoi on appelle le chapelet ‘la prière des pauvres’. C’est celle qui reste quand on n’a plus rien. »

Au cours du mois de mai dans différentes chapelles de nos paroisses, des chapelets ont été prévus. La dévotion à la Vierge reste très importante comme en témoigne le fleurissement des statues de Marie. Au 15 août, les pardons de Notre-Dame de Rostrenen et de Lansalün sont encore très suivis.

Dans son exhortation apostolique, le pape François présente la figure de Marie comme « mère de l’Evangélisation » : « Chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. L’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles mais des forts qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants. »

Nous pouvons bien entendu prier le saint local, même si certains sont légendaires. A une certaine époque les fidèles les vénéraient et s’en réclamaient pour se protéger des maux qui les menaçaient.

Dans nos églises la dévotion se matérialise par les offrandes de cierges et les intentions de prières souvent consignées sur un cahier. Les intentions sont diverses mais beaucoup demandent de recouvrer la santé pour soi ou un proche, ou l’amélioration d’une situation financière. La protection est également demandée pour la famille. Nous avons pu aussi relever à la collégiale de Rostrenen les remerciements d’un fidèle qui se « réjouit de trouver l’église ouverte », tandis qu’un autre demande en anglais « un monde meilleur et plus sûr afin que chacun vive en paix et en harmonie. »

Selon le P. de Couessin (recteur du sanctuaire de Notre-Dame de Toute Aide à Querrien), « la prière ramène le prieur au cœur de l’Eglise et à l’écoute du monde. » Dans la revue Croire de mai, consacrée à Marie, il était questionné à ce sujet.

Que dites-vous à ceux qui ne sont pas exaucés ?

P.de C. « Ce n’est pas vraiment un problème. Ils demandent, persévèrent, durent dans la prière et découvrent bien souvent plus qu’ils ne demandaient (…). Ils trouvent la paix, la patience d’endurer leur quotidien. Ils sont ex-haussés ! »

Les bénédictions  

Etymologiquement, le mot bénir est construit sur la forme de bien dire (bene dicere en latin) ; il signifie littéralement « dire du bien ».

Porcaro, petite commune du Morbihan, est devenue célèbre : en effet chaque année 20 000 motards se retrouvent, depuis1979, pour le pardon de la Madone. Procession, bénédiction des motards, animations se succèdent dans la pure tradition des pardons bretons.

A Saint Eloi en Paule, le lundi de la Pentecôte, a lieu le pardon avec bénédiction des chevaux, saint Eloi étant le patron des forgerons qui interviennent naturellement auprès des équidés. La tradition veut, par cette bénédiction, donner force aux chevaux pour les travaux de l’été. Un animal étant un compagnon de vie, il sert notre vie humaine.

Notons aussi les bénédictions de maisons ; s’il s’agit pour certains de faire bénir sa maison pour libérer les lieux de toute présence négative, il s’agit surtout d’appeler à la protection divine et à la notion d’hospitalité pour les occupants.