Homélie de Mgr Aupetit

Texte de l'homélie de Mgr Aupetit

« Moi, je suis la Résurrection et la Vie » (Jn 11,25). Cette phrase de notre Seigneur devrait être inscrite sur le frontispice de toutes les églises en attendant qu’elles le soient dans le cœur de tous les hommes. Marthe dit à Jésus : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Elle croit que Jésus peut empêcher la mort, qu’il peut sauver des vies, un peu comme le font les médecins. Pourtant, il s’agit de bien plus que cela car les médecins savent tous que leur combat contre la mort sera perdu un jour. Non, Jésus va ressusciter Lazare, le faire revenir d’au-delà de la mort. Il est la Vie. Toute vie vient de lui et retourne à lui.

Et pourquoi ce parcours de la vie à la Vie ? Pour apprendre à aimer, à aimer comme Dieu, à aimer pour apprendre à habiter la vie, pour que Dieu qui est amour vienne vivre en nous : « Si quelqu’un m’aime le Père et moi nous viendrons chez lui et chez lui nous ferons notre demeure » (Jn 14,23).

Aimer, c’est passer de la mort à la vie. Aimer, c’est donner sa vie.

Birthe et Jérôme Lejeune ont voulu aimer pour vivre, ont voulu vivre pour aimer. Alors, pourquoi ont-ils connu tant d’opposition violentes ?

Qui est contre la vie ? Qui est contre l’amour ? Satan, qui défigure l’amour dans les cœurs. C’est pourquoi ils ont été attaqués par des gens qui se réfugiaient derrière de fausses compassions afin de masquer leur lâcheté et leur veulerie.

Satan déteste la vie. Toute la culture de mort, de l’avortement à l’euthanasie en passant par la destruction d’embryons surnuméraires et la réduction embryonnaire, est son œuvre dans des cœurs aveuglés par un monde qui ne sait plus voir la beauté de toute vie.

Dieu pourtant nous avait donné accès à l’arbre de vie dès le commencement, quand nous vivions dans son intimité. Il insiste ensuite en renouvelant l’alliance avec Moïse : « Voilà, je mets devant toi la vie et la mort. Choisis donc la vie ! » (Dt 30,19).

Qu’il est dur d’être désavoué par ses amis, par ceux qui devraient vous soutenir. A l’intérieur même de l’Église, certains aveuglés par une idéologie mortifère ou par la peur du monde ont combattu avec une incroyable violence ceux qui était porteurs de l’amour et de la vie au nom du Seigneur.

Comme le Christ fût trahi, abandonné, le disciple qui le suit fidèlement connaît la douleur de l’abandon et de la trahison. C’est alors qu’en son cœur il peut dire avec le psalmiste : « Si l’insulte me venait d’un ennemi je pourrais l’endurer ; si mon rival s’élevait contre moi, je pourrais me dérober. Mais toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime ! Que notre entente était bonne quand nous allions d’un même pas dans la maison de Dieu ! » (Ps 54, 13-15).

C’est en contemplant l’amour de Jésus qui va jusqu’au bout que Birthe Lejeune a continué ce combat pour la vie dans l’amour en étant fidèle à son époux qui l’avait inauguré courageusement.

Aujourd’hui, elle peut dire après saint Paul : « J’ai combattu le bon combat » (2 Tm 4,7) et entendre le Christ l’accueillir auprès de son époux : « Entre dans la joie de ton Maître » (Mt 25,23).

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.


Birthe Lejeune s’est éteinte le 6 mai 2020, entourée de ses enfants et petits-enfants venus se confiner à ses côtés. Née au Danemark, elle avait rencontré, lors d’un séjour en France en tant que jeune fille au pair, et épousé le futur Pr Jérôme Lejeune, généticien reconnu comme l’un des plus brillants de sa génération. Mère de leurs cinq enfants, elle fut également un soutien indéfectible dans les heures de gloire du scientifique comme dans les difficultés qui ont accompagné son engagement pro-vie. Birthe Lejeune n’avait aucune formation scientifique, mais elle a rassemblé sa famille, les amis scientifiques et tous les donateurs potentiels à la mort de son mari pour créer une fondation à son nom et poursuivre son œuvre au service des patients atteints de trisomie 21 Vice-présidente de cette Fondation Jérôme-Lejeune jusqu’au soir de sa vie, elle était également devenue membre d’honneur de l’Académie pontificale pour la vie et membre du Conseil pontifical pour la pastorale de santé, au Vatican, et avait même été nommée, en 1999, chevalier de la Légion d’honneur pour l’œuvre accomplie avec son mari. Son entourage décrit une femme engagée, déterminée, infatigable et particulièrement attachée à tous les petits trisomiques à qui le couple avait consacré sa vie … La fondation a quant à elle confié sa tristesse de voir partir son « être le plus cher». Elle avait 92 ans.