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Contes de Noël et vérité de l’Incarnation

Et si le conte était essentiel à la foi chrétienne ? Nous avons besoin de souffle, et non seulement de faits ou de bilans comptables. Car « ce qui sauve ce monde ne vient pas de ce monde. » Une réflexion de Fabrice Hadjadj.

La Nativité est un événement historique, non une fable. Le Verbe s’est fait chair dans un lieu et un temps précis. L’Évangile, à ce dessein, multiplie les précisions : « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste… Quirinius était gouverneur de Syrie… Joseph monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem… » Et néanmoins, par tradition, le fait historique de la Nativité invite aux contes de Noël.

Pourquoi ce retour de l’imaginaire ? Ne s’agit-il que d’un détour utile, pédagogique, qui deviendrait dangereux si on le prolongeait au-delà de l’enfance ? Ouvrez la porte à la féerie et, au lieu du Credo, vous régressez vers les mythes, pire : vous finissez par croire au Père Noël…

Pourtant, le Jésus de l’histoire raconte des histoires. Il parle en paraboles. La Bible rapporte les péripéties d’un prophète récalcitrant avalé par une baleine ou d’un garçon qui voyage entre un ange et un chien. Et si le conte était essentiel à la foi chrétienne ? Si sa naïveté, ou son irréalisme, était comme l’art des icônes par rapport à la peinture classique – chargé de symboles, et capable de nous tourner vers des réalités plus larges et plus profondes ?

Le Jésus de l’histoire raconte des histoires

Les contes sont, il me semble, ce qu’il y a de plus sérieux dans le travail littéraire. Mais la plupart des gens ne le prennent pas au sérieux. Ils se figurent un « livre pour enfants », alors qu’il s’agit de réinventer la table où trois générations peuvent écouter ensemble une histoire de libération qui ranime l’espérance – comme la Haggadah de Pessah, récit de la Pâque juive, dont le chant commence avec la question du plus jeune : « Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? ».

 Dans Temps difficiles de Dickens, Mr Gradgrind prétend éduquer les enfants de manière scientifique et s’ingénie à détruire leur imaginaire, lequel ne serait qu’une fuite devant la réalité : « En toutes choses, vous devez vous régler, vous laisser diriger par les faits. Nous espérons avoir avant longtemps un Comité des faits, composé de commissaires des faits, qui forceront les gens à ne considérer que les faits et rien que les faits. Vous devez exclure de votre vocabulaire le mot imagination. » Un tel personnage paraît immédiatement ridicule aux yeux du lecteur anglais. Qu’en est-il du lecteur français ? La France chrétienne n’a pas de Tolkien ni de C.S. Lewis. Sa modernité philosophique, avec Pascal non moins que Descartes, l’a incitée à se méfier de l’imagination, « maîtresse d’erreur et de fausseté ». Mme de Genlis – préceptrice de Louis-Philippe et auteur des Veillées du château, cours de morale à l’intention des enfants – estime que les contes de fées sont peut-être bons pour les « femmes de chambre » mais que la bonne éducation exige de ne relater que les merveilles de la nature et les hauts faits de l’Histoire. Le retour du refoulé est inévitable : l’Histoire ainsi contée échappe insensiblement à l’exactitude de la science, repousse les zones grises, et glisse peu à peu vers la légende.

Cette dérive est si naturelle qu’on ne peut rien lui reprocher. Le vrai légendaire n’est pas le mensonge, mais la mise en exergue du courage et de la bonté afin de nous communiquer l’élan de bien agir à notre tour. Stupide qui accuserait Le Puy du Fou de manquer à l’exactitude des faits et d’embellir selon une vision par trop partielle et partiale. Ce dont nous avons besoin, c’est de souffle, non de bilan comptable. Le simple compte de faits objectifs nous place dans une confortable position de spectateur et de juge blasé : on ne prend pas parti, car on a pris le parti de se désengager, de rester en apesanteur, de renoncer au risque de sa propre incarnation.

 Un renvoi au Jugement dernier

Les contes traditionnels sont cruels : les parents abandonnent leurs petits dans la forêt, le loup dévore le Chaperon rouge, le boucher de saint Nicolas découpe les enfants en morceaux pour en remplir son tonneau de salaisons… Trois jours après Noël viennent les Saints Innocents. La tentation des nouveaux pédagogues, psychologisants et surprotecteurs, est de gommer la misère de l’étable et d’effacer le massacre qui risquerait de traumatiser. C’est oublier que les enfants ont besoin de reconnaître le mal avant de s’y confronter. Le conte procède comme un exorcisme. Il pousse le diable à dire son nom. Il dénonce la malignité hors de nous, mais aussi en nous, à travers la rivalité des frères, la cupidité, la folie du pouvoir, le goût amer de la destruction… Il ne s’agit pas d’abord de morale. Surtout aujourd’hui. Voyez la détresse des jeunes alentour. Avec la fin du progressisme, le retour des guerres et des épidémies, la possibilité de l’extinction, il ne leur suffit plus de discerner le bien et le mal. Il faut avant tout réveiller leur désir de poursuivre, manifester que la vie est une aventure plutôt qu’un algorithme près de bugger.

Dès l’époque de Chrétien de Troyes, l’esprit de chevalerie est plus idéal que réel. Don Quichotte date de la plus haute antiquité. L’épopée n’a rien de réaliste, et cependant elle nous aiguillonne à réaliser de grandes choses. C’est que ce qui sauve ce monde ne vient pas de ce monde. Il faut une effraction de l’au-delà pour nous entraîner au-delà de l’injustice et du désespoir qui ne cessent de revenir à l’assaut. « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Un tel final est-il factuel ? Allons, le bonheur ici-bas ne dure point ; quant à avoir beaucoup d’enfants, c’est multiplier les drames. Cet happy end, toutefois, sous son apparente niaiserie, est eschatologique. Nos « premières histoires » nous renvoient au Jugement dernier – la descente de la Jérusalem céleste et le triomphe définitif de la miséricorde. Aussi, à quoi puis-je vous inviter, ce Noël, sinon à vous agenouiller devant la victoire de l’Enfant-Dieu, et à vous dire des contes, jeunes et vieux ensemble… Une foi vive ne dédaigne pas les « Il était une fois ».

Fabrice Hadjad

Fabrice Hadjadj, né le 15 septembre 1971 à Nanterre (Hauts-de-Seine), est un écrivain et philosophe français, directeur de l'Institut Philanthropos.

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Nous te confions plus particulièrement aujourd’hui ceux que tu appelles à une vie consacrée.

AMEN

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