Agriculture : Est-il encore possible d’oser une parole d’espérance ?

Agriculture en dangerJuillet dernier, les entrées de Rostrenen étaient barrées par les agriculteurs. Début septembre, entre colère et désespoir, la France rurale était à Paris, plus de 1 500 tracteurs convergeaient vers la place de la Nation.

Le CMR 29, mouvement des chrétiens du monde rural du Finistère réagit : il comprend le désespoir et le ras le bol d’éleveurs étranglés par les dettes et constate les limites de certains modèles de production. Des éleveurs sont, en effet, sans perspective et n’arrivent plus à donner du sens à leur métier, pourtant ô combien indispensable à la société.

La dignité des personnes est atteinte. Cette «crise» doit interpeler chacun d’entre nous. Le CMR déplore que, pour se faire entendre des pouvoirs publics, il faille en arriver à des manifestations «violentes». Le CMR ne peut cautionner les exactions commises durant ces manifestations. Elles dévalorisent l’image de la profession et sont une atteinte au bien commun. Bien sûr, les aides d’urgences obtenues sont indispensables. Cette «crise» était prévisible. Elle n’est pas conjoncturelle mais bien structurelle. Il convient de toute urgence de s’attaquer à ses causes : dérégulation des marchés et volatilité des prix, libéralisation des échanges internationaux, hégémonie du monde de la finance, concentration des exploitations et investissements démesurés, manière de produire,… A l’image de ce qui s’est fait dans les années 60, la politique agricole doit être remise à plat pour redéfinir le type d’agriculture souhaité, la place et le rôle des agriculteurs dans la société : liens au territoire, avec les consommateurs, avec les pays en développement, …

Conscient que la dignité de l’homme se joue dans nos choix de développement, le CMR appelle :

  • à plus de raison, au respect du bien commun, à la conscience citoyenne,
  • à des décisions politiques qui évitent d’arriver à des situations extrêmes,
  • au respect de la dignité de la personne humaine, par une organisation autre, qui permette aux agriculteurs de vivre décemment de la rémunération de leurs produits, chez nous et dans le reste du monde,
  • à la volonté d’être acteurs de développement durable et solidaire, du local à l’international,
  • à l’établissement ou au rétablissement d’outils de régulation des marchés,
  • à la responsabilité des pouvoirs publics dans la mise en place de ces outils, afin que les décisions ne soient pas laissées aux seules puissances financières,
  • à la responsabilité individuelle de chacun :
    * agriculteurs produisant de manière raisonnée,
    * coopératives ayant le souci de rémunérer justement leurs adhérents producteurs, sans les inciter à produire toujours plus,
    * transformateurs et distributeurs soucieux du respect de leurs fournisseurs par un juste prix,
    * consommateurs ayant le souci de privilégier les produits locaux.

Le CMR constate que des ateliers à taille humaine fonctionnent et permettent un coût de production inférieur à celui des grands élevages.

Le CMR interpelle avec vigueur nos élus pour qu’ils organisent des Etats généraux de l’agriculture et des territoires, avec les acteurs présents dans les champs politiques, économiques, syndicaux,… »

René Le Meur qui a pris du temps pour aller à la rencontre des agriculteurs, lors des manifestations faisait remarquer :

« Quelle Parole d’Espérance peut-on encore oser ? Il importe sans nul doute, avant tout, de redire toute notre admiration pour ceux qui choisissent de produire tout ce qui, après les nécessaires transformations, permettra de nourrir le plus grand nombre. Les efforts consentis massivement pour une amélioration des conditions de culture et d’élevage doivent aussi être soulignés. Tout ceci marque de nouveaux signes de respect envers la nature, la création. Au-delà de ces démarches de reconnaissance se pose la question de choix de modèles économiques. Que faut-il pour redonner la première place à l’homme ? Quelles formations sont aujourd’hui proposées pour mieux armer les producteurs face aux lois du marché et éveiller les consciences ? Et nous simples consommateurs, quels espaces laissons-nous, à l’écoute, au soutien, aux échanges, à l’accompagnement… Sommes-nous disposés à donner du temps pour essayer de comprendre ? »

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