Abbayes bretonnes: des siècles de ferveur…

Intéressons-nous au berceau des différentes congrégations religieuses, la Bretagne comptant de nombreuses abbayes. Certaines sont à l’état de ruines, d’autres ont été restaurées et témoignent encore de la ferveur bretonne.

Dans notre département, citons également pour mémoire l’abbaye de Bon-Repos à laquelle nous avons déjà consacré un article.

N.D. de Bégard, première fondation cistercienne en 1130. Mise en vente en 1790, elle est restaurée et transformée en hôpital par la congrégation du Bon Sauveur en 1857.

 L’abbaye maritime de Beauport à Paimpol, de style gothique, très prospère du 13ème au 17ème, fermée en 1790 puis pillée au 19ème. Devenue propriété du conservatoire du littoral, c’est aujourd’hui un lieu touristique majeur en Bretagne.

 L’abbaye de Léhon près de Dinan, ancien monastère de moines bénédictins, fermée en 1886 a été restaurée par la commune pour en faire la nouvelle église paroissiale.

Saint-Jacut de la Mer : La fondation de l’abbaye remonterait au 5ème siècle. Venus d’Irlande, des moines, en quête de Dieu, débarquent un beau jour dans ce cadre magique de la côte d’Emeraude avec à leur tête un certain Jacut. D’emblée la population locale, les assimila surtout à des « seigneurs » en raison de leurs pratiques dirigistes. En fait ils deviendront durant plus de dix siècles les animateurs de la vie sociale et religieuse de ce modeste village. Puis viendra une certaine décadence qui va s’accentuant avant de s’éteindre dans la tourmente révolutionnaire de 1789.

En 1875, les religieuses de Saint-Méen-le-Grand ouvrent une école de filles dans le bâtiment en partie détruit et dans les années 1950, l’ancienne abbaye est reconvertie en maison d’accueil.

Notre-Dame de Boquen : Située à l’orée de la forêt de Plénée-Jugon, cette abbaye a été fondée au 12ème siècle par douze moines cisterciens. A la révolution française, les biens sont sécularisés, les bâtiments servent de carrière de pierre.

Au 20ème siècle, deux prieurs ont particulièrement marqué la vie de l’abbaye. En 1936 Dom Alexis Presse, cistercien, travaillera près de trente ans à la restauration matérielle et spirituelle de l’abbaye, consacrée en 1965. Pendant ces années sa modestie et sa bonté rayonnèrent, suscitant de nombreuses visites à Boquen.

A la mort de Dom Alexis, Bernard Berest, en devient le prieur. Prônant la nécessité d’une ouverture sur le monde au détriment des règles de l’Ordre et des dogmes chrétiens. Il est démis de ses fonctions en 1969 et la dissolution de la communauté monastique est prononcée en 1973. Trois ans plus tard les sœurs de Bethléem s’installent à Boquen et y resteront jusqu’au mois de janvier 2011.

Dans le Finistère, retenons St Maurice de Clohars-Carnoët, près de Quimperlé, abbaye cistercienne en ruines dont subsistent certaines parties comme la salle capitulaire et le fronton de l’abbatiale.

L’abbaye de Daoulas fondée au 12ème par un ordre de St Augustin devient maison de repos en 1960, puis est rachetée par le Conseil général qui y crée un jardin de plantes médicinales.

L’abbaye St Mathieu dont les ruines majestueuses se dressent sur la pointe du même nom. Du 11ème siècle jusqu’à la révolution, des moines bénédictins y mènent une vie conventuelle.

L’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé : A l’ origine de la création de la ville, l’abbaye en fut le véritable seigneur féodal : l’abbé était à la fois l’administrateur, le juge et le percepteur des impôts.

Restaurée au 18ème siècle, l’église abbatiale a été reconstruite après l’effondrement de la coupole en 1862.C’est la seule église romane bretonne de plan circulaire imité de l’église du Saint Sépulcre à Jérusalem, avec une rotonde centrale, la plus grande de France, de 18 m de haut et de 26 m de diamètre. Le superbe retable Renaissance est une véritable dentelle de pierre et le chœur des moines, un chef-d’œuvre de l’art roman.

L’abbaye de Landévennec : Elle est indissociable de Saint Guénolé, son père fondateur venu d’Irlande, au 5ème siècle. Elle occupe un site remarquable sur les hauteurs du Menez-Hom. En 818, le monastère qui vivait sous la règle celtique adopte la règle de Saint Benoît. Suivra un âge d’or à l’époque carolingienne avec la copie de manuscrits puis les bénédictins durent s’exiler pour échapper aux guerriers scandinaves qui incendièrent le monastère, puis aux révolutionnaires de 1789.

La paix revenue celui-ci est mis en vente en 1875 puis racheté par la communauté de Kerbénéat près de Landerneau. Les bâtiments sont reconstruits entre 1950 et 1965. Une vingtaine de moines y vivent encore aujourd’hui.

Après avoir parcouru notre département et le Finistère, nous terminons par le Morbihan.

L’abbaye de Notre-Dame de Langonnet fut fondée en 1136 par le duc Conan III, souverain de Bretagne. De ce monastère cistercien ne reste aujourd’hui que la salle capitulaire, de style gothique (1250). Les bâtiments actuels datent du 18ème siècle et l’abbaye sert aujourd’hui de lieu de repos pour les missionnaires, les pères du Saint-Esprit. On peut y visiter le musée africain.

L’abbaye cistercienne de la Joie Notre-Dame à Campénéac, située à l’orée de la forêt de Brocéliande, non loin de Ploërmel, construite en 1953 est la plus récente de Bretagne. Elle abrite une communauté de 40 moniales auparavant basées à Ste Anne d’Auray, qui suivent la règle de St Benoît. Le style dépouillé de sa construction la rend propice au recueillement et à la prière.

abbaye-de-timadeuc-brehanL’abbaye Notre-Dame de Timadeuc : Située à 3 Km de Rohan, en Bréhan, sur les rives de l’Oust, elle est de création récente (1847). Elle a connu des débuts difficiles. Pauvres en nombre, trois à l’origine, mais aussi en ressources, la communauté trappiste de l’ordre des cisterciens doit à la générosité et l’hospitalité de notables locaux d’avoir survécu.

La comtesse du Bot trouvant lourde la gestion de son domaine, elle céda pour un prix modique le manoir de Timadeuc alors très délabré pur y implanter un monastère. Les moines furent logés gratuitement dans le château voisin du Quengo, le temps de rendre Timadeuc habitable.

En 1863 un incendie criminel ravagea les bâtiments. Les édifices indispensables furent rebâtis, mais en 1880, les moines furent expulsés manu militari (décret de Jules Ferry en date du 29 mars) et s’en retournèrent au Quengo, en attendant des jours meilleurs. L’abbaye reçut la médaille de la Résistance pour son rôle actif lors de la seconde guerre.

C’est un lieu très fréquenté pour les nourritures spirituelles : offices, prières, chant grégoriens, bibliothèque avec des ouvrages religieux et profanes, et terrestres : fromages et pâtes de fruits naturelles. L’exploitation agricole attenante à l’abbaye est imposante et permet aux moines d’élever des vaches et de s’occuper des vergers pour la récolte des fruits.

Les moines accueillent des pensionnaires en retraite spirituelle, l’hôtellerie disposant d’une quarantaine de chambres, les offices sont ouverts aux visiteurs.

« Tous les hôtes qui arrivent seront reçus comme le Christ » (Règle de Saint Benoît).

 L’abbaye de Kergonan, en Plouharnel. Située à l’entrée de la presqu’île de Quiberon « pour faire chanter l’océan », comporte deux abbayes distinctes : l’abbaye St Michel fondée en 1898 par les moniales de Solesmes, les religieuses suivant la règle de St Benoît. Il en est de même pour l’abbaye Sainte Anne, fondée en 1897 par les moines de Solesmes puis agrandie en 1968 et appartenant aux moines bénédictins. Don Robert Le Gall, quatrième abbé de Kergonan, nommé d’abord évêque de Mende est devenu en 2006, archevêque de Toulouse.

Les 25 moines passent plus de 35 heures hebdomadaires à l’église, assistent à 7 offices par jour et récitent 150 psaumes par semaine. Et surtout du silence, beaucoup de silence pour prier certes, mais aussi pour assurer la paix sociale entre des hommes qui vivent ensemble pendant des décennies.

Le père abbé Philippe Piron confie : « Je savoure la grâce d’être dans cette région, proche de la nature mais aussi de la mer avec tout ce que cela représente de radicalité comme la force du vent et l’océan. La devise de Kergonan est Dilatato corde (avec le cœur dilaté), parce que notre vie s’illumine grâce au contact amoureux permanent avec le Seigneur. Nous essayons de faire nôtre cette maxime de Saint Augustin : Dieu plus intime à moi-même que moi-même »

Concluons en méditant cette parole de Benoît XVI :

« Le monastère en tant qu’oasis spirituelle indique au monde d’aujourd’hui qu’il existe une raison ultime pour laquelle cela vaut la peine de vivre, c’est-à-dire Dieu et son amour insondable »