En quoi la première expansion du christianisme fut-elle remarquable ?

La réponse de Michel Rouche 
Les hommes ont fait de proche en proche l’expérience de la formidable nouveauté anthropologique du christianisme : les premiers chrétiens impressionnaient par l’amour et le respect vécus dans leurs communautés, ainsi que par leur attachement inébranlable au Christ, jusqu’au mépris de la mort.
  • 1. L’expansion du christianisme dans les quatre premiers siècles de notre ère a de quoi déconcerter l’historien, parce que ce phénomène religieux unique repose sur le succès de la prédication de douze  apôtres démunis, qui n’avaient ni réputation, ni formation, ni moyens, et qui ont dû se confronter à l’opposition puissante des mondes juif, grec et romain.
  • 2. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à expliquer cette expansion inattendue : le premier est que la diaspora juive était universellement répandue. Elle a été un terreau d’autant plus important que l’attente messianique était alors à son comble.
  • 3. L’ouverture aux païens  a été un deuxième facteur essentiel : décidée par les apôtres lors de leur réunion de Jérusalem, vers l’an 50, elle sera décisive et permettra à saint Paul de développer une mission d’une ampleur et d’une portée considérable. Les apôtres, quant à eux, se disperseront aux quatre coins du monde et jusqu’à Rome même où le développement des chrétiens sera tellement rapide que Néron n’hésitera pas à en faire les boucs émissaires de l’incendie de la ville en l’an 64.
  • 4. De l’an 100 à 228, l’expansion du christianisme dans l’Empire romain entre dans une deuxième phase. La foi chrétienne s’enracine et progresse de manière souterraine en s’appuyant sur deux éléments remarquables : la formidable nouveauté anthropologique du christianisme d’abord, qui se manifeste dans ces communautés nouvelles dont les membres s’aiment, se soutiennent et se respectent, quel que soit leur niveau social, et aussi le courage et l’attachement à leur foi que les croyants manifestent jusqu’au martyre : « Ils ne craignent pas la mort ! » s’étonnait Marc Aurèle. Ces convictions fortes vécues au quotidien par les chrétiens et leur refus d’adorer l’Empereur les ont rendus rapidement suspects, mais cela a contribue aussi à remettre en cause les fondements mêmes de la société romaine et à leur ouvrir les cœurs des plus humbles.
  • 5. De 222 à 313, le christianisme fera des progrès incontestables, dans un contexte très changeant et très difficile sur le plan politique. Les chrétiens participent à la défense de l’État romain face aux barbares, mais les païens se posent de plus en plus de questions et l’Édit de Dèce en 250 provoque une forte persécution dans laquelle les chrétiens résistent et continuent à surprendre par leur courage face à la mort. En 260, Galien instaure une première paix durable : la « petite paix de l’Église ». Mais cette période de tranquillité éphémère se termine en 303-304 avec la terrible et systématique persécution de l’empereur Dioclétien, qui durera jusqu’en 311 et qui révèlera aux autorités stupéfaites que le christianisme s’est implanté partout, jusqu’à devenir majoritaire.
  • 6. Finalement, comme l’avait prophétisé Tertullien, « le sang des martyrs est semence de chrétiens » et, le 13 juin 313, Constantin proclamera définitivement par l’Édit de Nicomédie une liberté de culte qui ne sera plus jamais mise en cause. L’Église est pour la première fois reconnue comme un sujet de droit et le culte chrétien peut s’exercer en toute légalité. Puis, à la fin du IVe siècle, Théodose fera du christianisme la religion officielle de l’État romain, en prenant acte de ce développement caché, assez unique au monde, qui conduit à la conversion de l’ensemble de l’Empire romain.

Article paru sur Aleteia

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