Nécrologie : Mgr Plateau

Mgr Pierre Plateau

Né le 10 janvier 1924, à Saint Servan sur Mer, en Ille et Vilaine Pierre Plateau est le cinquième enfant d’une famille de six. Il a été élève au lycée des Cordeliers à Dinan.

Après l’obtention du baccalauréat en 1941, il entre au grand séminaire de Rennes en octobre de la même année et est ordonné prêtre à 23 ans, en juin 1947.
Il poursuit ses études et obtient la licence de philosophie en 1950, ce qui lui permettra d’enseigner cette matière jusqu’en 1969 (mai 68 compris !).
Ensuite, pendant dix ans, il sera Directeur diocésain de l’Enseignement Catholique d’Ille et Vilaine.
En 1979 il est nommé évêque auxiliaire du Cardinal Gouyon à Rennes.
En 1984 il est nommé archevêque de Bourges. Il exercera ce ministère pendant 16 ans, puis il va d’abord se retirer à la communauté des Augustines de Gouarec où il passera 9 ans, rendant de multiples services dans nos paroisses et présidant plusieurs pardons.
En 2009, il prend sa retraite définitive chez les Petites sœurs des Pauvres de Saint Servan, près de Saint-Malo. Il y est décédé le 26 avril dernier.
Après une messe célébrée par Mgr D’Ornellas à Saint Servan, les obsèques de Mgr Plateau, suivies de son inhumation, seront célébrées le 7 mai à la cathédrale de Bourges.

Retrouvez ci-dessous l’interview accordée à Dalc’h Sonj (nos 68 et 69 mai et juin 2011).

 Vous avez été autorisé à vous retirer en juin 2000 et vous avez souhaité revenir en Bretagne Quels sont les meilleurs souvenirs de cette étape de votre vie ?

Tenant compte du sage principe selon lequel on ne se retire pas là où l’on a exercé la fonction épiscopale, et désireux de retrouver ma Bretagne natale, j’ai été accueilli fraternellement par Monseigneur Lucien Fruchaud au diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier et, sur ses conseils, par la communauté des Augustines de Gouarec, par les prêtres et les autres communautés religieuses de la Zone pastorale de Rostrenen. J’ai passé là neuf belles années d’amitié et d’échanges fraternels, de services.

La réponse à votre question est délicate. Choisir c’est aussi éliminer et je n’ai envie d’éliminer personne car je n’en ai aucun mauvais souvenir si ce n’est de l’infarctus et de l’opération de pontage de 2002-2003 qui m’ont valu plusieurs hospitalisations successives. De cette période sombre je garde au moins le souvenir des attentions délicates qu’elle m’a values de la part de mes Sœurs Augustines et de tous les amis du Centre Bretagne.

Pour les bons souvenirs je fais un choix un peu arbitraire pour ne pas envahir les pages de votre bulletin « Dalc’h Sonj » que je reçois toujours avec plaisir. Mes retrouvailles avec nos pardons bretons, après 16 ans de mission en région Centre, sont sans doute parmi ces meilleurs souvenirs. Je ne les citerai pas tous, mais je garde le souvenir du premier pardon de Rostrenen que j’ai présidé peu de temps après mon arrivée. On m’avait annoncé une homélie à prévoir la veille au soir au « Tantad du Miniou ». Moi, pauvre « gallo » qui ne connais pas le breton, j’ai découvert avec joie ces feux célébrés lors des pardons dans votre région. J’ai fait de mon mieux pour m’adapter à chaque pardon à commencer par celui de Gouarec ma terre d’accueil. Faute de comprendre le mot à mot de notre belle langue bretonne que mes ancêtres ne m’ont pas apprise, je me suis laissé porter par la foule des pardons, par leur foi, par leurs voix, et peu à peu je me suis mis à chanter ces beaux cantiques dont nous sommes si fiers.

Les beaux offices de nos Sœurs Augustines, animés par sœur Anne, m’ont aussi beaucoup soutenu spirituellement et le partage des présidences quotidiennes de l’Eucharistie avec mes frères aumôniers m’ont fait oublier que j’étais à la retraite. Merci à toutes et à tous. Parmi nos paroissiens de l’extérieur j’ai très vite repéré nos voisins du Village Saint Joseph de Plounévez-Quintin. Animée par Katia et Nathanaël, cette communauté de foi et de prière s’est reconnue appelée à accueillir des blessés de la vie désireux de se dégager de leurs dépendances. Nous nous sommes liés d’amitié et j’ai beaucoup appris d’eux. Je souhaite à leur communauté qui se développe de se laisser guider par l’Esprit et je confie à Notre Dame des Enfants, dont la statue sculptée par notre ami Adolphe Godest de Rostrenen veille sur le quotidien du Village avec Saint Joseph, le chemin de lumière qu’ils ont accepté de tracer.

Comment se passe votre vie actuellement à Saint Servan ?

 Depuis septembre 2009 je suis revenu vers le pays de mes ancêtres, à Saint Servan aujourd’hui intégré dans le grand Saint Malo, à « Ma Maison », c’est-à-dire chez les Petites Sœurs des Pauvres, 32, rue Jeanne Jugan, au lieu même de leur fondation. Etais-je donc fatigué du Centre Bretagne, trop loin de la mer ? Pas du tout, j’y laisse en le quittant une bonne partie de mon cœur. Mais l’âge, les risques pris à continuer de conduire ma voiture et les 140 kilomètres qui me séparaient de mes racines familiales, m’ont conduit à faire ce choix.

 

J’ai donc été accueilli par cette communauté jeune, internationale, au service de quelque 80 résidents dont 5 prêtres âgés. Je suis en parfaite sécurité et traité avec beaucoup de charité grâce à toutes les personnes à notre service. Je me trouve ici parmi les moins dépendants, cela me rajeunit ! Parmi les prêtres résidents je suis le seul à pouvoir alterner avec l’aumônier pour assurer la présidence de la messe quotidienne.

Le plus gratifiant pour moi c’est de retrouver le pays de mon enfance. Ma maison natale est mitoyenne de la « mansarde » où Jeanne Jugan accueillit ses premiers vieillards. Chaque jour je peux entendre les cloches de l’église Sainte Croix, celle de mon baptême et de ma première grand’messe.

Après cette longue absence j’ai retrouvé des prêtres connus et nous nous retrouvons chaque semaine pour un repas fraternel autour du curé responsable du doyenné. Nous y partageons ses soucis et ses joies et nous nous répartissons les tâches. Tant que j’en aurai la santé je garderai ce genre d’activités. S’il plait à Dieu, bien sûr ! Pour le moment ma première tâche pastorale c’est l’attention aux personnes âgées dépendantes au milieu desquelles je vis et notamment à mes frères prêtres.

Evidemment, j’apprécie beaucoup les visites, les courriers, les coups de fil des nombreux amis, parents et anciens élèves qui habitent la région ou y passent durant les vacances. J’ai même eu la grande joie d’accueillir il y a quelques mois les Sœurs Augustines de Gouarec en promenade communautaire sur la Côte d’Emeraude. Si vous avez envie de m’apporter la joie d’une visite, n’hésitez pas. Mais si vous souhaitez un repas commun ou même un hébergement il vaudra mieux me prévenir assez longtemps à l’avance.

La Pentecôte approche. Quel avenir voyez-vous pour l’Eglise ? Espoirs, craintes… ?

 Quand on me pose ce genre de question je réponds en citant la phrase de Bernanos, l’auteur du roman « Le journal d’un curé de campagne », dans un autre de ses ouvrages : « Les optimistes sont des imbéciles heureux, les pessimistes sont des imbéciles malheureux, mais tous les deux sont des imbéciles. Ce qui compte avant tout c’est l’Espérance » Si nous nous fions aux statistiques des sociologues dont beaucoup de médias font grand usage, notre Eglise catholique, notamment dans nos régions christianisées depuis longtemps, va vers son extinction dans les décennies à venir. C’est une sorte de prévision scientifique. Or nous constatons que, tout au long de son histoire, notre Eglise a connu des situations apparemment aussi catastrophiques : à la chute de l’empire romain sous les coups des barbares, à la Renaissance et à l’époque de la Réforme et des guerres de religions, au lendemain de la Révolution française pour notre pays. Il faudrait ajouter : après la mort de Jésus sur la Croix.

Au lendemain de la Pentecôte ils étaient une poignée d’apôtres et quelques disciples, de pieuses femmes dont Marie Mère de Jésus. Ils venaient de vivre les angoisses de la Passion de leur Maître. Ils avaient, pour certains, fait l’expérience de la fragilité de leur foi devant cet échec apparent. Encore tout ravis de la Résurrection de Jésus au matin de Pâques, ils avaient revu leur Maître et entendu ses paroles d’envoi en Mission « par le monde entier ». Tout leur manquait humainement pour entreprendre une telle aventure à l’échelle planétaire. Et pourtant la Bonne Nouvelle est passée à travers les siècles et à travers tous les continents pour parvenir jusqu’à nous. C’est là le miracle permanent de l’assistance de l’Esprit-Saint promis par Jésus à son Eglise. Les successeurs de Pierre et des Apôtres ont assuré la continuité de cette tradition malgré les défaillances personnelles de certains d’entre eux à certaines périodes sombres de l’histoire de l’Eglise.

Bien sûr le Seigneur, respectueux de notre liberté, nous laisse prendre les risques du refus pour nous-mêmes et nos communautés. Certaines Eglises locales, pourtant naguère puissantes, ont pu disparaître au cours de l’histoire, comme les Eglises d’Afrique du Nord. Mais dans son ensemble la « barque de Pierre » a tenu bon dans les tempêtes.

Pour nous aujourd’hui, nous savons que nos Eglises particulières peuvent périr si nous laissons le sel s’affadir. Si la foi s’anémie, si nous n’alimentons plus notre espérance aux sources de la Parole et de l’Eucharistie, nos vieilles régions de tradition chrétienne peuvent devenir des déserts spirituels. Jésus lui-même ne disait-il pas un jour : « Le Fils de l’homme, quand il reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » Mais en même temps le Christ, en disant cela, nous met devant nos responsabilités. Nous sommes tous appelés à suivre Jésus sur les chemins de l’Evangile. Les moyens de sanctification nous sont offerts à tous et à chacun. Encore nous faut-il accueillir dans nos vies cette grâce de la foi que nous avons reçue à notre baptême et rester prêts, comme l’écrit Saint Pierre, « à rendre compte de l’Espérance qui nous habite à ceux qui nous le demandent » (P 1 III-15). Ne nous culpabilisons pas de la désertion de nos églises et de nos séminaires, mais demandons à l’Esprit-Saint de nous donner lumière et force pour témoigner autour de nous de l’Espérance qui nous habite. Nous croyons et nous espérons que le Seigneur exaucera une telle prière, quand Il le voudra et comme Il le voudra.

P. PLATEAU, Archevêque émérite de Bourges

(Propos recueillis par J. Le Biavant)