Homélie du 6ème dimanche

"Heureux est l'homme qui met sa foi dans le Seigneur" (Ps 1)

Cela fait déjà 3 siècles depuis que des hommes comme : Voltaire, Montesquieu, Rousseau et Diderot ont cherché à redéfinir le monde sur un nouveau point d’appui: l’homme lui-même. C’est ainsi que l’homme et sa raison (rationalisme) sont devenus la source de tous les raisonnements éthiques et moraux. Mais bien avant, nos sociétés étaient fondées sur les principes de Dieu. Les lois qui régissaient la conduite des citoyens s’appuyaient alors sur la Bible, la Parole de Dieu. Même si l'application de ce système n’était pas parfaite et qu’il a permis à des gens de s’en servir pour dominer, il ne faut tout-de-même pas imputer à Dieu et à sa Parole tous ces égarements purement humains. Le fondement éthique et moral qui provenait de la Parole de Dieu avait l’avantage de limiter l’homme dans ses décisions et ses orientations. La pensée de Dieu était le barème absolu sur lequel les dirigeants de nos sociétés pouvaient s’appuyer pour savoir quoi faire lorsqu’ils faisaient face à un litige important. Aujourd’hui, tout repose sur l’homme qui a rejeté Dieu comme point d’appui.

Dans la première lecture, Dieu nous parle par le prophète Jérémie:

"Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui prend la chair pour son appui, et qui détourne son cœur de l’Éternel, il ne verra pas venir le bonheur. Et, Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur. Il est comme un arbre planté près des eaux."

Et le psalmiste de sa part nous dit la même chose d’une autre manière :

"Heureux l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants."

Je me demande bien souvent pourquoi, l’Eglise, nous fait lire et écouter des textes qui sont à l’envers de la mentalité du monde! Des textes que nous-mêmes pourrions avoir du mal à accepter. Qui en effet peut se réjouir d’avoir faim, d’être dans la peine, d’être en butte aux moqueries ou à la persécution ? Ce ne sont pas là des situations où l’on a envie de rire ou de chanter alléluia ! Pourtant Jésus nous le dit « réjouissez-vous ». De quelle joie parle-t-il ? La joie de sa présence, la joie de sa paix qui nous habite. Et surtout, le bonheur qu’il nous donne.

Frères et sœurs, Il nous appartient de rendre crédible cet Évangile des béatitudes. Quand nous croisons un mendiant en ville, nous pensons sans doute à la petite pièce qu’il attend. Mais ce qui est bien plus important, c’est la manière dont nous le regardons. Il a surtout besoin d’être reconnu dans sa dignité. Ce regard que nous portons sur lui doit dire quelque chose de celui du Christ, un regard plein d’amour. À travers lui, c’est Jésus lui-même qui est là. Tout ce que vous faites à l’un des plus petits, c’est à moi que vous l’aurez fait. C’est aussi une manière, si ce n’est pas la meilleure façon de proclamer que le Christ est ressuscité d’entre les morts. Oui, réjouissons-nous, tressaillons de joie que le Seigneur nous donne, la joie de savoir que Dieu nous partage sa vie, son Royaume.

La Bible déclare donc formellement que celui qui s’appuie sur le cœur de l’homme ne peut espérer de bonheur. Il n’est pas étonnant que nos sociétés, notre monde soient devenus un monde de misère et de bêtise où l’homme règne en aveugle et se dirige tout droit vers la catastrophe.

Nous sommes invités à accueillir ces textes bibliques comme un appel à la conversion, un appel à mettre toute notre vie en accord avec l’Évangile des béatitudes. C’est à l’amour et à la miséricorde que nous serons reconnus comme disciples du Christ. Nous le supplions : qu’il nous donne force et courage pour rester fidèles au témoignage qu’il attend de nous.

 

Père Jean-Bernard Fortuma
Homélie pour le 6ème dimanche ordinaire
17 février 2019