A la découverte de « Laudato si »

Mardi 12 décembre 2017, le père Jean Bernard Fortuma a animé une soirée sur l’encyclique Laudato Si du pape François.

Après avoir défini le terme « encyclique », il a précisé que les premiers mots en donnaient le nom.

Le père Jean Bernard a exposé les grandes lignes de l’encyclique, puis il a répondu à quelques questions et un échange intéressant s’en est suivi.

Vous trouverez ci-dessous le texte de son intervention.

Et la soirée s’est conclue par une vidéo reprenant le psaume de la Création, de Patrick Richard.

Vous pouvez trouver le lien sur :

https://www.youtube.com/watch?v=2ku_qiOpm9s

Patrick Richard, né en 1959, est musicien, auteur, compositeur, interprète. Il écrit ce psaume lorsqu’il était animateur permanent d’une équipe du M.E.J. (Mouvement eucharistique des jeunes).

Bien avant le Pape François, des papes ont écrit sur la doctrine sociale de l’Eglise. En 1891, le Pape Léon XIII a écrit un document sur l’industrialisation et la misère des ouvriers. Rerum Novarum (les choses nouvelles). En Avril 1963, le Pape Jean XXIII (aujourd’hui, Saint Jean XXIII), a rédigé un message sur l’établissement d’une paix universelle dans la vérité, dans la justice, dans la charité et dans une totale liberté (Pacem in terris).

Laudato Si est une nouvelle étape dans la pensée sociale de l’Église. C’est une relecture de la pensée de François d’Assise dans le cantique des Créatures où il a considéré la terre comme une sœur avec laquelle l’existence humaine doit être en perpétuelle communion.

C’est une façon pour le pape de nous inviter à louer le Seigneur pour cette sœur, cette mère qui nous soutient et produit divers fruits et fleurs colorées et autres.

Bref, dit-il, c’est notre maison commune. Le parcours de l’Encyclique Laudato Si est construit autour du concept d’écologie intégrale, comme un paradigme capable d’articuler les relations fondamentales de la personne : avec Dieu, avec lui-même, avec d’autres êtres humains et avec la création.

Le cri de la nature maltraitée et le cri des pauvres abandonnés montent jusqu’à Dieu

Beaucoup de décisions sont déjà prises à partir de Laudato Si, par des pays, sur l’environnement et l’écologie, notamment le COQ 21. Et pour faire suite, à l’initiative de votre président qui, aux tribunes des Nations Unies, a plaidé pour une Europe unie, une seule planète, ce 12 décembre, Paris accueille un nouveau sommet sur le climat qui a pour objectif de verdir la finance.

  1. Laudato Si est un appel à une révolution écologique, un changement de paradigme, selon les mots de l’encyclique. C’est–à-dire un changement de nos manières de penser, de notre regard. Un paradigme, c’est l’ensemble des expériences, des croyances et des valeurs qui influencent la façon dont une société perçoit la réalité, réagit et construit l’avenir.
  2. Ce paradigme –l’écologie intégrale– n’entre pas en compétition avec des paradigmes scientifiques (l’état de la science actuelle) ou politique (conservatisme, libéralisme, social-démocratie…). « L’Eglise n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais l’Eglise, à travers le pape, propose un débat honnête et transparent… pour le bien commun » (& 188).

Au numéro 194, le pape introduit le mot PROGRES qui ne se confond pas avec la croissance, avec l’accumulation de richesses matérielles. Mais le progrès consiste à augmenter la qualité de la vie. Il continue pour dire que la qualité réelle de vie des personnes diminue souvent à cause de :

1)- la détérioration de l’environnement,

2)-la mauvaise qualité des produits alimentaires,

3)-l’épuisement de certaines ressources, etc…

Le pape François appelle à abandonner les logiques de domination, d’exploitation, de gaspillage, de prédation (pillage), les cultures du déchet… au profit de la logique de don, de beauté, de qualité de vie, de spiritualité… Il insiste sur la relation étroite entre les pauvres et la fragilité de la planète, les pauvres, premières victimes des dérèglements climatiques ; la critique de la technologie ; la critique de la foi naïve dans les vertus du marché qui prétendrait détenir à lui seul les solutions à nos problèmes collectifs ; l’invitation à chercher d’autres façons de comprendre l’économie et le progrès ; la dignité de chaque être humain ; la nécessité de débats sincères et honnêtes où l’on donne une place à toutes les parties prenantes, surtout les plus pauvres et les moins représentés ; la responsabilité de la politique internationale mais aussi locale ; le lien entre changement des politiques publiques et modifications des modes de vie ; la contribution de l’éducation et de la spiritualité.

  1. 4. Quelques points saillants de cette encyclique.

     

4.1. Crise écologique et crise sociale ne font qu’un. « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale… (il faut) une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature » (& 139).

 

4.2. Contre le messianisme de la technique et du marché. Avec les progrès de la technique, généralement nous perdons le sens de la totalité, le sens des relations qui existent entre les choses. Cela même empêche de trouver des chemins adéquats pour résoudre les problèmes de l’environnement et des pauvres, qui ne peuvent pas être abordés d’un seul regard ou selon un seul type d’intérêts.

Quand on pense que la technique est le principal moyen d’interpréter l’existence, il y a des symptômes qui apparaissent et qui montrent cette erreur, comme la dégradation de l’environnement, l’angoisse, la perte du sens de la vie et de la cohabitation.

J’ajoute sur cela que l’idée de « vivre avec » redonne à la vie son vrai sens. Aujourd’hui on parle de covoiturage. C’est un risque d’une part, car on roule avec quelqu’un qu’on ne connait pas. Oui bien sûr, on est dans un monde de méfiance. Mais d’autre part, c’est une richesse. Car plus on est seul, plus on est tenté de plonger dans des réflexions qui nous dépassent. En plus, il y a une question de pollution de l’air, moins d’utilisation de gaz, etc… je crois que c’est un peu le sens de l’importance de « vivre avec ».

4.3. Pour la régulation en économie.

Ici le pape parle de la maximalisation du gain en prenant l’exemple de l’exploitation d’une forêt qui peut faire augmenter la production mais qui implique la désertification du territoire, le dommage causé à la biodiversité ou l’augmentation de la pollution. Ici par exemple, si nous prenons la question de l’aéroport à Nantes, à travers les médias, les gens se plaignent de ceci et de cela. La logique qui ne permet pas d’envisager une préoccupation sincère pour l’environnement est la même qui empêche de nourrir le souci d’intégrer les plus fragiles… » (& 195-196). « L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate » (& 190).

4.4. Pour la gestion en commun des biens communs globaux. « La gestion des océans (exemple) il faut un accord sur les régimes de gestion pour ces biens communs globaux… la maturation d’institutions internationales devient indispensable… plus fortes… efficacement organisées… une véritable autorité politique mondiale » (&174-175).

4.5. Pour un changement de modes de vie.

Le pape prône un dialogue entre la politique et l’économie. Je crois entendre par la politique ici, tout ce qui se fait pour le bien-être de la société.

  1. L’encyclique est un exercice pratique de collégialité pour l’Eglise catholique. 14 conférences épiscopales sont citées.
  2. L’encyclique est un exercice pratique d’œcuménisme. Le dialogue que le pape François propose comme une façon d’aborder et de résoudre les problèmes environnementaux est pratiqué dans le texte même de l’Encyclique et se réfère à la contribution des philosophes et des théologiens catholiques, mais aussi orthodoxes (tel que le patriarche Bartholomée) et protestants (le Français Paul Ricœur), en plus du mystique islamique Ali Al-Khawwas.

C’est la première fois dans une encyclique qu’un chrétien non catholique est cité comme source de la pensée de l’Eglise. (8)

6.1. Dialogue avec les scientifiques et les politiques et au dialogue entre eux.

6.2. Dialogue avec les « personnes concernées », c’est-à-dire surtout les habitants les plus démunis affectés par des projets de « développement ». Le pape est soucieux que toutes les parties prenantes aient droit au chapitre, surtout dans les pays où la mal gouvernance et la corruption entravent les processus démocratiques.

Bref, chers amis, par ces quelques lignes, je veux vous redire combien il est important, pour nous les croyants, d’entrer dans un dialogue en vue de la sauvegarde de la nature, de la défense des pauvres, de la construction de réseaux de respect et de la fraternité. Nous devons être cohérents avec notre propre foi et ne pas la contredire par nos actions.

Avant-hier, dans la première lecture, le prophète Isaïe nous a invités à monter sur une haute montagne pour porter la Bonne Nouvelle. Quelle est la bonne nouvelle de ce soir ? Se reconnaître comme des co-créateurs et protecteurs de l’environnement. Aujourd’hui, il est nécessaire de créer, d’inventer un dialogue entre les sciences elles-mêmes, un dialogue entre les différents mouvements écologistes où les luttes idéologiques ne manquent pas.

Les cris d’enfantements de la terre, la crise écologique, les souffrances de la nature et enfin la voix des pauvres exigent que tous nous pensions au bien commun et avancions sur un chemin de dialogue qui demande patience, ascèse (effort de la volonté pour atteindre un idéal) et générosité. Le pape reprend une phrase de Ste Thérèse de Lisieux qui nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, d’un geste qui sème paix et amour. L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité. L’amour social est la clef d’un développement authentique. Pour rendre la société plus humaine, plus digne de la personne, il faut revaloriser l’amour dans la vie sociale, au niveau économique, politique et social. Et à la fin, chacun de nous dira comme Mr François Régis Hutin : «  Je m’en vais heureux d’avoir servi cette belle et grande ŒUVRE. Je ferme les yeux avec émotion sur les beautés de la création car je crois que je vais désormais vers le Dieu créateur. »

,

Les commentaires sont fermés.