Vous avez pu lire sur le site Internet un article intitulé : « Sacristain, un rôle important dans nos paroisses. »
Le 24 décembre, Auguste Le Méhauté, correspondant Ouest-France pendant de nombreuses années, a fait paraître dans ce quotidien un portrait retraçant le parcours original de l’un des sacristains de la collégiale. Nous vous livrons ci-dessous des extraits du journal et de ses recherches.

Paul Bunouf (1921–1999) était un personnage de la vie locale. Sous son côté revêche, se cachait un homme attachant aux multiples facettes. Les témoignages d’anciens habitants du quartier qui étaient encore enfants (y compris des enfants de chœur) dans les années 60-70, permettent d’en retracer un portrait coloré.
Paul Bunouf est né rue de Verdun dans l’une des maisons où il a ensuite tenu son commerce.
Tous les jours, matin et soir, pendant plusieurs dizaines d’années, quel que soit le temps, Paul, qui était sacristain, se rendait, en claudicant à la collégiale pour en ouvrir et en fermer les portes et pour sonner l’angelus. Paul souffrait d’une infirmité au niveau de la jambe gauche. Il aurait voulu devenir prêtre, semble-t-il, mais son infirmité fut la cause d’une grande frustration et pourrait expliquer son mode de vie.
Il était allergique à tous les changements du monde et plus encore de l’Église. Un ancien enfant de chœur, habitant dans la même rue, se souvient du sacristain : « Nous avons passé quelques années en tant qu’enfants de chœur, sous son autorité et soumis à sa sévérité, particulièrement lorsque nos chahuts et nos rires étouffés excédaient sa patience. Et lorsqu’il claquait sa main sur son missel, nous étions vite rappelés à l’ordre. »
Malgré la crainte, les gamins de la ville récupéraient, en cachette, la clé de la tour et y grimpaient pour s’amuser, découvrir le paysage et dénicher corneilles et pigeons à la belle saison.
Reconnaissable à sa tenue vestimentaire
Habituellement, Paul était coiffé d’un béret, portait une veste grise complètement élimée ou un autre vêtement tout rapiécé, recouverts d’un grand ciré vert à capuche et des lunettes qu’il utilisait parfois pour se protéger les yeux. Il était toujours chaussé de bottes en caoutchouc.
Il assistait à toutes les cérémonies à la collégiale. Le dimanche, il distribuait leur rôle à chacun des enfants de chœur dont il assurait, préalablement la formation. Le 15 août, fête de Notre-Dame de Rostrenen, c’était le jour de Paul : « Il était superbe dans un costume sombre rayé, avec cravate sur chemise bleue. Ce jour-là, nous étions fiers de lui. » rapporte un autre ancien enfant de chœur.
L'historien chroniqueur
Excellent élève durant sa scolarité au groupe scolaire de Campostal, Paul savait communiquer sa passion pour l’histoire de Rostrenen. Il connaissait le nom de tous les barons et leur histoire. Sous le pseudonyme de Jean Dutertre (gens du tertre), il a publié une intéressante « Histoire de Rostrenen » en 1971 et il a alimenté une précieuse chronique dans le bulletin paroissial entre 1977 et 1979.
D’autre part, il possédait un grand nombre de manuscrits et une collection de monnaies anciennes.
Paul veillait de près sur le patrimoine de l’église. Il a sauvé de la vente le grand lutrin, aujourd’hui malheureusement en mauvais état.
Dans les années 1950, un parquet neuf fut posé dans le chœur de la collégiale. Paul insista, vainement, pour que des fouilles soient effectuées à la recherche d’une crypte qui se trouvait, selon lui, sous le chœur. Il fut frustré par ce refus.
Commerçant à la suite de ses parents

Paul Bunouf était estimé dans le quartier. Aux beaux jours, après le déjeuner, il rejoignait volontiers les voisins, commerçants et artisans, à l’endroit le plus ensoleillé de la rue, pour un temps de partage des nouvelles.
Dans son magasin, on trouvait de tout : du tabac, des chaussures, de la quincaillerie, des cartes postales, … « J’ai connu Paul Bunouf, quand j’étais gamin, dans les années 1965. Je suis entré, plusieurs fois, chez lui pour acheter des pétards, des pétards à mèche, des cartes postales, » raconte un septuagénaire.
D’ailleurs, Paul était artificier officiellement agréé. C’est lui qui tirait tous les feux d’artifice de Rostrenen et Plouguernével. Préparés depuis des mois, c’était sa grande joie. Les jours précédant la fête nationale étaient ceux de l’installation savante et anxieuse sur le terrain des sports et sur la tour de l’église avec l’aide de son frère, Jean, et quelquefois d’un ancien enfant de chœur. Un maillage complexe de fils électriques raccordés était relié à la centrale de commande « fabrication maison ».
Quant à sa réserve de cigares, on venait de très loin pour en acheter, l’hygrométrie de la boutique étant propice à leur conservation. Les anciens y achetaient le tabac gris à rouler, brûlant plus lentement du fait de son humidité. Paul était également vendeur de chaussures Paraboot. « Elles sont très chères et coûtent actuellement plus de 400 € la paire, mais elles sont pratiquement inusables, » témoigne un ancien client.
Une clochette, reliée à un fil à travers le magasin signalait l’arrivée du client et réveillait le chien ratier qui se précipitait au-devant du visiteur, traînant à son cou une bonne dizaine de mètres de chaîne que l’on entendait se dérouler bruyamment jusqu’au seul espace libre restant entre la rangée de boîtes de chaussures et les paquets de journaux entassés au fil des ans.
Dans les années 60-70, Paul, excellent bricoleur, montait une superbe vitrine de Noël, utilisant des objets mobiles devant lesquels les gamins restaient scotchés. Et pas seulement les enfants ! Il y avait, en particulier, un petit train électrique qui tournait dans un univers de structures allumées.
Farces et attrapes
Autant Paul pouvait être autoritaire, autant il savait être un blagueur sympathique et entraîner les enfants du quartier dans ses farces. En 1938, il avait 17 ans et possédait déjà de très sérieuses connaissances dans le domaine des feux d’artifices. Aussi, les gamins l’avaient sollicité pour faire une farce à Auguste Boncors (Ouest-France du 4 octobre 2023), « le plus grand poète lyrique de tous les temps » qui habitait dans la même rue.
En effet, les gamins observaient ce personnage fascinant quand le matin, tout nu, il prenait une douche froide, dans son jardin. L’idée c’était de le surprendre dans ses ablutions matinales. Avec un tuyau de gouttière et une charge d’artifice mise à feu, il s’agissait d’effrayer Auguste Boncors qui était tout sauf un peureux. La charge fut tirée, mais on n’a jamais connu les réactions du poète, car tous avaient préféré fuir au plus vite.
« En été, lorsque nous étions suffisamment nombreux à lui rendre visite, Paul aimait offrir un verre de cidre et faire à l’un d’entre nous, le coup du verre baveur. ». C’était un verre à perforations invisibles pour farces. Quand on le soulevait pour boire, le cidre coulait sur le menton et sur les vêtements.
Autre anecdote : pour le 1er avril, il avait fait croire à ses voisins qu’il allait en Belgique avec Jean, en 2 Cv !
Pour conclure, nous avons recueilli le témoignage de Gérard Cadoret qui habitait également dans la rue de Verdun.
« Dans sa façon de vivre, toute personnelle, et son rapport au monde contemporain qu’il rejetait, il reste un personnage qui m’a beaucoup marqué, parfois inspirant même par son attachement viscéral au patrimoine religieux qui était son centre du monde : Rostrenen et sa collégiale ! »
….« Son mode de vie monastique, à l’ancienne, en autosuffisance, grâce à son grand jardin duquel il tirait l’essentiel de sa nourriture et qui lui demandait beaucoup de travail, ne l’a pas empêché de vendre des cigarettes, surtout le dimanche quand Paul tenait le seul bureau de tabac ouvert. Cela se savait ! »
….« Pour les choses de l’église, comme nous avons été enfants de chœur de longues années, on peut dire qu’il nous aura donné un certain nombre de clés liturgiques et initié à la découverte de lieu « très réservés » comme l’accès au clocher (dont il aimait faire tinter le timbre avec sa clé, l’oreille dans la cloche), à la tour d’où nous pouvions observer la vie d’en bas avec un sentiment de VIP, ou encore de façon plus risquée à la charpente de la nef, dans le vide, à quatre pattes, jusqu’à la croisée du transept pour descendre la corde qui remonte les grands rubans du 15 août… »
….« Sous son aspect revêche, un « personnage attachant », bref un vrai personnage de roman, menant pourtant une vie si frugale, si simple mais si persévérante. »







