Dans un précédent bulletin, vous avez pu lire que le pardon du Haut-Corlay avait été présidé par le chanoine Eugène Le Foll. Originaire du Haut-Corlay, il a fêté son jubilé sacerdotal pour 60 années de prêtrise, en juillet 2025, à la basilique de Quintin.
Nous lui donnons la parole pour nous expliquer le rôle d’un chanoine.
Rappelons que les religieuses de la communauté de Gouarec sont des « chanoinesses régulières hospitalières de la Miséricorde de Jésus », de l’ordre de saint Augustin.
CHANOINES, qui êtes-vous ?
Le clergé, dans l’Église catholique, est considéré comme un ensemble de prêtres avec des responsabilités et des titres plutôt divers et variés. Certains de ces titres sont si discrets qu’ils sont presque ignorés. Exemple : le titre de Chanoine ! Qui a entendu parler du ‘Chapitre cathédral’ ?
C’est sans doute pour cette raison que des laïcs, en responsabilité actuellement dans les communautés ou les paroisses, tiennent à informer le peuple chrétien sur cette petite structure ecclésiale. Ils ont demandé : « Qui sont les chanoines qui ont droit au chapitre ? »
Jadis, dans l’Église catholique, les chanoines étaient des personnages considérés, choisis et nommés par leur évêque : ils logeaient non loin de la cathédrale où ils se réunissaient, chaque jour, pour les laudes et la messe, avec pour mission de prier Dieu pour les habitants de leur diocèse. L’évêque réunissait le Chapitre (c’est-à-dire le groupe des chanoines) régulièrement pour consultation sur des questions pastorales, théologiques ou canoniques importantes. Ils bénéficiaient même d’une prébende, sorte de bénéfice de l’Église locale. Quant à leur tenue vestimentaire, ils étaient revêtus du ‘camail’ (sorte de cape) pour les différents offices. À l’époque où les prêtres étaient nombreux, le nombre de Chanoines était aussi plus élevé : on trouvait des chanoines non seulement dans les cathédrales, mais aussi dans les collégiales où l’on trouve encore des ‘stalles’ dans le chœur, par exemple à Rostrenen.
Actuellement, dans notre diocèse, nous avons un ‘Chapitre cathédral’ d’une douzaine de chanoines, nommés par notre évêque ; nous sommes peu connus. Nous avons toujours pour mission de prier pour les diocésains et nous nous réunissions le jeudi matin à la maison de retraite des prêtres à Saint-Brieuc, le Cèdre, et non plus à la cathédrale.
Notre évêque nous rassemble deux ou trois fois l’an, non pour nous consulter, il existe le ‘groupe des consulteurs’ dont fait partie notre curé, Gaëtan, mais pour nous informer sur les derniers événements du diocèse.
Lorsque nous célébrons, nous revêtons l’aube et portons une étole jaune et le médaillon où figurent les sculptures de saint Etienne et de saint Tugdual, patrons de nos cathédrales. Le curé de la cathédrale de Saint-Brieuc est d’office membre du chapitre.

Chanoine Eugène, René Le Foll
La collégiale et ses chanoines
Comme l’indique le chanoine Eugène Le Foll, l’église de Rostrenen a le titre de collégiale. À l’origine, il s’agissait de la chapelle seigneuriale. Après la découverte du buste de Notre-Dame, en 1300, la chapelle devient rapidement trop petite pour accueillir les pèlerins. C’est en 1483, à la demande du baron Pierre IX, que le pape Sixte IV accorda l’érection de l’église en collégiale sous le vocable de Notre-Dame du Roncier. Le baron s’engageait à doter la collégiale de six chanoines, d’assurer leur entretien et, de ce fait, la plupart des curés de Rostrenen avaient le titre de chanoine, le dernier étant l’abbé Henri Gloaguen, dans les années 80. Les supérieurs du collège-lycée Notre-Dame de Campostal avaient également cette distinction, comme l’abbé Radenac, dernier directeur religieux, de 1955 à 1976.
Le chanoine de Latran
Depuis Henri IV et sa conversion au catholicisme, le Chapitre attribue au roi de France le titre de « premier et unique chanoine honoraire » de la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de l’évêque de Rome ; le pape y fait célébrer chaque année une messe pour la prospérité de la France, le 13 décembre, jour anniversaire de la naissance d’Henri IV.
Ce titre de « chanoine honoraire » décerné au chef de l’état français perdure. Les présidents de la République gardent ce privilège après leur élection. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron reçoit son titre dans la basilique du Latran, en 2018.
Un chanoine médiatique

Terminons sur une note plus légère en évoquant le chanoine Kir (1876 / 1968), le prêtre qui se cache derrière l’apéritif du même nom et qu’il a popularisé en le servant largement à ses administrés, à Dijon, lorsqu’il en était le maire.
Député à l’Assemblée nationale, il se faisait remarquer pour son franc-parler et sa truculence. Dernier prêtre à avoir porté la soutane sur les bancs de l’hémicycle, il eut cette formule : « On m’accuse de retourner ma veste et, pourtant, voyez-vous, elle est noire des deux côtés ! »
Comme nous l’a rappelé l’abbé Le Foll, les chanoines se retrouvent tous les jeudis, pour la prière, de 10h00 à 11h30 et, même si nous n’avons pas « droit au chapitre », il nous invite à nous unir d’intention pour la prière diocésaine.

















