Le Père Christian Steunou à l’hippodrome, le 19 juillet….

Homélie du Père Christian Steunou lors de la messe à l’hippodrome, le 19 juillet 2015

« C’était impossible…. Ils ne le savaient pas, et ils l’ont fait ! »

Cette phrase, je l’aie lue quelque part : j’en ignore l’auteur, mais je sais que c’est vrai. Pour ceux qui visitent Davougon, Zagnanado ou les Oasis d’Amour de Grégoire, les uns découvrent l’enfer, les autres y découvrent le Ciel… Tout dépend du regard avec lequel ils regardent cette même réalité de 3 Centres de Santé dont la priorité absolue est de mettre la santé au service et à la portée des plus pauvres, « les plus pauvres parmi les pauvres » dit Grégoire.

Certains de nos visiteurs n’y voient que douleurs et misères, et ils s’en vont rapidement. Et c’est vrai que l’on y trouve beaucoup de souffrances. Ces visiteurs n’ont pas tort et je les comprends. Mais c’est dommage pour eux lorsqu’ils s’enfuient, c’est dommage pour eux, car ils ne découvriront jamais l’extraordinaire joie de vivre ou de revivre de ces malades pauvres ; ils n’entendront jamais leurs éclats de rire et leurs chants inédits, ils ne comprendront jamais la complicité qui nous lie, et qui nous fait dépasser les nombreux moments de fatigue et de découragements !

Pour moi, chaque fois que je m’arrête pour regarder et réfléchir à ces merveilles de chaque jour, j’y découvre surtout Miracles et sainteté ! Oui, Miracles et Sainteté !

Car le Miracle, ce n’est pas quelque chose en dehors de toutes les lois de la nature. Dieu n’a pas créé le monde pour ensuite nier toutes les joies de sa création. Pour moi, le vrai miracle, c’est lorsque à travers l’œuvre des hommes la Vie donne la plénitude de ses possibilités. Le Miracle, c’est une plénitude de Vie, qui se réalise soudain, une plénitude de Vie que l’homme découvre au-delà de ses forces et capacité ordinaires !

Dans une de mes lettres je vous ai déjà parlé je crois de Maman Miracle et de son petit Miracle…cette jeune maman condamnée à mourir après une très grave intoxication médicamenteuse…toute la peau de son corps se décollait au moindre contact : les savants appellent cela un « syndrome le Lyell »… c’est mortel même dans les hôpitaux modernes d’Europe…Il n’y avait pas grands espoir de vie, et pourtant, un soir, sans crier gare, cette maman a accouché dans des condition abominables, avant terme, d’un tout petit bébé…Et lorsqu’elle a entendu l’enfant pleurer entre mes mains la pauvre maman a murmuré aussitôt : il s’appellera Miracle ! » et en effet l’enfant a survécu, la maman aussi, et tous deux sont rentrés à la maison : ils étaient très beaux, surtout pour nous! C’est cela, le vrai miracle au quotidien !

Un autre miracle, c’est FRED, un enfant d’une dizaine d’année… il est arrivé un soir, la veille de Noël, à Zagnanado. , Les ¾ de son corps était brulé, brulé profondément…les 2 bras, les 2 jambes, son ventre, son dos ! Pour sœur Julia, comme pour nous tous, cet état semblait totalement incompatible avec la vie. Mais comme la sœur ne baisse jamais les bras, elle a décidé de tout faire comme si on pouvait le sauver, et de compter sur DIEU pour le reste. Les premières heures ont passées, les premiers jours ont passé, puis les semaines, puis les mois et Fred nous a fait comprendre qu’il voulait vivre. La sœur s’est interdit de prendre la moindre photo de Fred, car s’il vivait cela ne nous appartenait pas, cela était au-delà de nos capacités humaines ordinaires…Nous ne pouvions qu’y voir la main de Dieu à l’œuvre, à travers bien sur les soins infirmiers, mais aussi dans la volonté de l’enfant et le courage de sa maman qui ne quittait jamais son chevet. Les ¾ de son corps était brulé et le dernier ¼, la sœur l’a prélevé pour effectuer des greffes de peau, pour reconstituer la peau là où la brulure était trop profonde. La seule parcelle de son corps resté intacte est son visage, ou brillaient toujours des yeux vifs et malicieux, avec presque toujours un beau petit sourire. En fin de compte, ce miracle c’est l’œuvre de 4 acteurs : Dieu d’abord, le maitre de la Vie, sur qui les 3 autres se sont appuyés ; l’enfant ensuite qui voulait vivre, car sans sa volonté farouche de résister, la vie l’aurait quitté très vite ; la maman qui par sa présence jour et nuit lui a donné assez d’Amour pour qu’il ai envie de vivre ; et puis bien sur la sœur Julia et toute son équipe soignante, qui ont choisi lucidement de croire en l’impossible…Et l’ont rendu possible !

Voilà, mes amis, ce que sont « les miracles au quotidien », dans la banalité de nos jours ordinaires en Afrique !

Ces miracles « ordinaires », il y en a d’autres. Tout chirurgien vous dira que c’est impossible d’opérer 50 malades le même jour…Tout anesthésiste digne de ce nom vous le confirmera : c’est impossible…Tout médecin vous dira que c’est impossible de consulter sérieusement 250 malades par jour…C’est impossible ! Mais voilà ! L’équipe de la sœur Julia à Zagnanado ne veut pas le savoir et ils le font chaque semaine Ce qui est impossible pour eux, c’est de faire autre chose, de faire moins, puisque les malades sont là, à la porte et veulent qu’on s’occupe d’eux. « Qu’est- ce que t veux qu’on fasse d’autre ?? »

De même que sans trop nous en rendre compte nous côtoyons chaque jour le miracle, nous côtoyons aussi la sainteté, de cette sainteté banale et quotidienne, dont personne ne parle, car elle est si simple et discrète, si silencieuse.

La première fois que Fred s’est levé, sur une chaise roulante, c’est pour venir à la chapelle du Centre, le Dimanche des Rameaux. Il a supplié la sœur de l’emmener avec les autres enfants… Il était au fond de la petite chapelle, juste en face de moi, et de l’autel je le regardais pendant la lecture de la Passion et mon cœur était gonflé d’une profonde émotion. Les pansements ne laissaient voir que son visage…Je rencontrais ses yeux et je voyais à côté de lui la sœur qui, avec un léger sourire, le soutenait de son bras et essuyait son visage…De temps à autre ils se regardaient et je devinais leurs regards complices. Pour moi, c’était Jésus et sa mère au calvaire, aujourd’hui sur cette terre du Bénin !

Le saint, ce n’est celui qui est sans aucun défaut ; ce n’’est pas celui qui n’a pas besoin d’être sauvé par Dieu ! Le saint, la sainte, c’est celui qui, à travers ses limites humaines, donne le maximum d’amour dont il est capable. Il s’agit là de la « sainteté ordinaire», telle que je peux la rencontrer au quotidien, sans oser en parler, car tout le monde ne peut comprendre cette merveille si simple et si banale. Cette sainteté n’est pas la perfection, elle n’est pas au-delà du quotidien ni de l’ordinaire, elle n’est pas au-delà de vous ! Je la rencontre tous les jours, dans les enfants malades, dans leurs admirables mamans, dans les soignants anonymes dont la presse ne parlera jamais…Cette sainteté ordinaire dont je parle elle est aussi en vous, en chacun de vous, mes amis, lorsque vous faites avec votre cœur, par amour tout simple, un petit quelque chose pour nous permettre de continuer notre mission de service des malades au Bénin. Vous avez pensé aux autres, aux plus pauvres que vous…Cela suffit ! Cela est un miracle, cela est aussi la sainteté, celle de tous ceux qui aiment : la vôtre, la nôtre, tout simplement. Ce n’est pas votre don ni votre service qui fait votre sainteté, mais l’amour tout simple qui est dans votre cœur au moment du don ou du service que vous rendez des jours comme aujourd’hui.

MERCI à CHACUNE ET CHACUN DE VOUS !

Frère Christian, Serviteur des malades