Le lutrin, l’ancêtre de l’ambon
Récemment, nous avons été interpellés par un ancien rostrenois, très attaché à la collégiale. « Mais où est donc passé le lutrin qui se trouvait au fond de l’église ? » « Un lutrin, kesako ? » s’exclameront certains lecteurs !
À propos de cet objet religieux me revient en mémoire l’étude, en classe de 3ème, d’un poème épique de Boileau, auteur du 17ème siècle, intitulé Le lutrin. Il convient de préciser que, dans les années 60, nous découvrions des œuvres classiques (période bien révolue à l’heure de l’intelligence artificielle). Ce poème, qui compte 1228 alexandrins, raconte, sous forme comique, la dispute entre un trésorier et un chantre du chapitre.
Du latin signifiant « qui sert à lire », le lutrin porte bien son nom puisqu’il était destiné à supporter les gros livres des textes des offices et des chants liturgiques.
Au 7ème siècle, les lutrins avaient un tout autre usage. Ils étaient utilisés par les moines copistes pour écrire et enluminer leurs ouvrages.
Progressivement, il se sont déplacés dans les églises pour porter les ouvrages de grande taille, lourds et peu maniables. À une époque où il était impossible de faire des photocopies et où les livres coûtaient cher, le lutrin permettait aux chantres de voir le livre, tous en même temps, et donc de pouvoir chanter ensemble.
Avec le temps et l’évolution des besoins liturgiques, les lutrins ont perdu leur utilité et sont souvent gardés, dans les églises, pour leur beauté et leur intérêt historique. On s’aperçoit que l’ambon actuel, utilisé pour la proclamation de la Parole, a naturellement hérité du pupitre qui reprend sa forme mais aussi son inclinaison.
Revenons au lutrin de la collégiale de Rostrenen. Si l’on se réfère à la plaquette « La collégiale de Rostrenen », on y découvre que le lutrin date de 1854 ; il comporte un pied à trois faces, orné de griffons (créatures légendaires).
L’aigle, qui représente l’évangéliste Jean, symbolise la lutte du bien contre le mal. C’est ainsi que cet oiseau, aux ailes déployées, permet d’y déposer un livre ouvert, on parle ici d’aigle-lutrin. L’aigle repose sur un globe : il terrasse le serpent, représentant le mal et le péché.
Malheureusement, ce lutrin aurait besoin d’une sérieuse restauration et n’est plus visible du public.
Certains lutrins possèdent un socle représentant les symboles des quatre évangélistes, c’est ce qui s’appelle le tétramorphe ; outre l’aigle, on y trouve le lion pour saint Marc, l’homme pour saint Matthieu et le taureau pour saint Luc.

Partons maintenant vers l’église de Bulat-Pestivien (paroisse de Callac). Cette église du XIVe, devenue église Notre-Dame en 1804, est visible de loin.
Plusieurs styles pour cet édifice : le gothique pour la nef et le porche des apôtres, le style renaissance (XVIe), utilisé pour la première fois en Bretagne, pour le clocher dont la flèche s’élève à 66 mètres.
À l’intérieur, la table des offrandes (1583), la grande verrière avec les anges musiciens et le lutrin en forme décorative de statue, en bois polychrome de 2,31 m de haut, classé monument historique en 1978.
Commandé au sculpteur rostrenois, Émile Chamaillard, le personnage porte le traditionnel costume d’apparat du pays vannetais (ar gwenedour), composé du gilet noir à boutons et du bragou braz, pantalon bouffant serré au-dessous du genou dans des guêtres et, aux pieds, des sabots. Il s’agit de l’un des derniers lutrins anthropomorphes (ayant une forme humaine) de Bretagne.
Ce lutrin, récemment restauré, a déjà été exposé au Grand-Palais et en Autriche et reste un symbole de la richesse culturelle et artistique de la Bretagne.













