La théologie du corps pour les nuls

la_creation La théologie du corps forgée par Jean-Paul II redonne le sens de l’amour humain tel qu’il était avant le péché originel. En voici le b.a.-ba avec Yves Semen (1) à la veille du colloque inaugural du nouvel Institut de théologie du corps à Lyon.

1. Les origines

Si on veut comprendre le sens de la sexualité humaine, c’est du côté de la ressemblance de l’homme avec Dieu qu’il faut se tourner. Et certainement pas de sa ressemblance avec l’animal. Nos corps sexués nous révèlent que nous sommes des êtres de communion, à l’image du mystère trinitaire de Dieu. Ils portent de façon très concrète et visible l’invitation à la relation, au don de soi : le masculin pour le féminin, le féminin pour le masculin. Notre corps est fait pour être don, c’est inscrit structurellement en lui. Mais on ne sait plus voir cette réalité. Et c’est ce qui cause notre malheur.

Notre corps, très concrètement, nous donne la définition de l’homme, qui en tant que personne ne s’accomplit vraiment que dans le don de lui-même. À l’image de Dieu, être de communion par excellence, le couple humain exprime très concrètement ce mystère de la communion et se trouve au sommet de la Création. Donc, bien loin d’être un poids dont il faudrait se libérer, le corps, dans sa complémentarité homme-femme, est le signe visible du mystère invisible de la communion divine. En s’attaquant au corps dans cette complémentarité (comme le fait l’idéologie du gender), on nie l’image de Dieu en l’homme.

2. Le péché et la chute

L’homme ne peut plus accéder à l’état des origines qu’à travers un voile. C’est ce que Jean-Paul II a appelé « la frontière infranchissable du péché originel ». Car la première conséquence du péché d’Adam et Ève porte sur le sens du corps : ils virent qu’ils étaient nus. L’homme ne comprend plus sa sexualité devenue pour lui opaque et obscène ; il n’y voit plus qu’une similitude avec la sexualité animale. Et du coup, il la cache parce qu’il en a honte. Ayant perdu de vue la communion originelle, il bascule dans la domination mutuelle où chacun va essayer d’imposer sa sexualité à l’autre. Cela se traduit à travers le regard de convoitise, de concupiscence, qui réduit l’autre à l’état d’objet de jouissance qu’on peut manipuler et utiliser.

C’est cet état du cœur, cette incompréhension, qui est à la racine de tous les péchés dans l’ordre sexuel. Et non le corps en lui-même, qui n’est que la victime de la blessure du cœur. Les fautes commises dans l’ordre sexuel ne sont pas des fautes du corps, mais des fautes contre le corps.

3. La résurrection et le monde à venir

L’homme est appelé à la résurrection. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Les chrétiens eux-mêmes ne sont pas toujours très clairs lorsqu’ils évoquent le Ciel ou l’immortalité de l’âme, comme si le corps n’y avait qu’une place incertaine… L’homme est appelé à ressusciter avec un vrai corps sexué. Il est appelé à l’assouvissement de toute la soif de communion qui est dans son cœur et qui ne trouve qu’une réponse très imparfaite dans le mariage. L’amour dans la communion entre époux doit nous conduire à la soif de communion avec Dieu.

Dans la résurrection, ce n’est pas l’autre qui me comblera, mais Dieu Lui-même. C’est ce qu’annonce prophétiquement le célibat, qu’il ne faut surtout pas opposer au mariage, car les deux conditions s’éclairent mutuellement. Le célibat est prophétique, parce qu’il éclaire la vocation de toutes les personnes au don total, pas parce qu’il échapperait aux remugles de la chair !

4. Le mariage éclairé d’un jour nouveau

Le mariage, c’est une alliance d’ordre mystique. On ne se marie pas simplement parce qu’on a des sentiments pour l’autre. Ce n’est pas suffisant. À l’Église, aucune formule ne dit : « Je t’épouse parce que je suis amoureux de toi », mais : « Je te reçois comme époux et je me donne à toi ». Tout mariage chrétien qui ne procède pas de cette alliance mystique est à côté de sa vocation chrétienne, et reste du domaine de la mondanité dénoncée par le pape François.

Cette réalité même du mariage envoie un flot de lumière sur la résurrection, qui est l’accomplissement des noces du Christ et de l’Église en chacun de nous, et pour toujours. La soumission réciproque des époux chrétiens est comme une réponse à la domination mutuelle provoquée par le péché. Le mariage est le sacrement primordial dans l’ordre de la Création. Dans l’ordre de la Rédemption, c’est celui qui éclaire tous les autres sacrements de la Nouvelle Alliance : une œuvre d’épousailles entre le Christ et les hommes, où Celui-ci se donne de manière nuptiale et radicale au point de se faire nourriture pour nous dans l’eucharistie.

5. Une relecture d’Humanae vitae

Cette vision de l’homme éclaire tous les points abordés par l’encyclique, comme la contraception, qui trahit la vocation fondamentale de la personne au don d’elle-même. En séparant volontairement la sexualité de la procréation, on fait mentir le corps. On le castre au lieu de le « libérer » comme l’a prétendu la révolution sexuelle. Chacun peut plus ou moins consciemment en ressentir la blessure. De même qu’on en voit les conséquences dans nos sociétés, où les fondements anthropologiques les plus élémentaires sont désormais remis en question, au point que l’on puisse parler de GPA (la gestation pour autrui, c’est-à-dire les mères porteuses) « éthique » !

La théologie du corps éclaire le sens profond de l’éthique sexuelle proposée par l’Église, que l’on défigure en la réduisant à une morale répressive du permis et du défendu. Nous avons à réapprendre le langage du corps dans sa vérité et à le réintégrer dans notre vie. Une façon de remettre Dieu au centre de l’amour humain, et de s’en émerveiller avec confiance, au lieu d’aborder toujours le corps comme une source de problèmes, en criant à l’impuissance.

Pour aller plus loin, visiter le site  http://www.theologieducorps.fr/

Repères

L’Institut de théologie du corps ouvre ses portes en France, à Lyon. Son colloque inaugural se tient les 27 et 28 novembre à Sainte-Foy-lès-Lyon sous la présidence d’honneur du cardinal Barbarin. Il réunit les meilleurs spécialistes francophones de la question.

Clotilde Hamon (Famille Chrétienne du 14/11/2014)

(1) Docteur en philosophie, président de l’Institut de théologie du corps. Il a notamment publié en 2014 l’édition critique de l’ensemble des catéchèses de Jean-Paul II sur la théologie du corps dans une traduction révisée (Le Cerf).