Encyclique Magnifica humanitas (Magnifique humanité).
Si vous n’avez pas eu le temps de lire la première encyclique du pape Léon XIV (disponible aux éditions du Cerf ou en téléchargement sur le site Vatican News), dommage !
En effet, il s’agit d’un texte majeur, la première grande analyse de la révolution technologique et des multiples enjeux qu’elle porte dans tous les domaines : une centaine de pages, cinq chapitres, c’est un document dense. Comme tout texte pontifical il est signé par le pape, mais il est l’œuvre d’une intelligence collective (et humaine !).
À l’image de Léon XIII, au 19ème siècle, et de Laudato Si’ de François, il y a dix ans, l’Église prend sa part pour « défendre l’humanité qui peut accueillir les progrès de la technique en vue de soulager les souffrances et ouvrir de nouveaux horizons, à condition de ne pas renoncer à ce qu’elle est : la capacité de relation et d’amour. »
Léon XIV voudrait désarmer l’I.A., c’est- à-dire la « soustraire à la logique de la compétition armée qui n’est plus seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. »
« La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble », commence le pape.
Qu’est-ce que la Babel contemporaine ?
« L’idolâtrie du profit qui sacrifie les plus faibles, l’uniformité qui gomme les différences, la prétention d’un langage unique, y compris numérique, capable de tout traduire, même le mystère de la personne, en données et en performances. » Pour le pape, il y a une urgence morale : « Transformer la connaissance partagée en bien commun et non en levier de domination. »
Léon ne dit pas si l’I. A. est mauvaise. Mais il pose un constat : « Tout dispositif technique implique des choix et des priorités : ce qu’il mesure, ce qu’il ignore, la manière dont il classe les personnes et les situations. »
La technologie peut soigner, relier, éduquer, protéger la maison commune, mais elle peut aussi diviser, rejeter, engendrer d’innombrables injustices.
« Elle n’est pas neutre car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent. »
L’omniprésence des médias numériques engendre une culture de l’immédiateté et de l’hyperstimulation qui alimente la fatigue, l’ennui et l’apathie, face à l’effort nécessaire pour rechercher la vérité.
Le pape évoque aussi les nouvelles techniques de guerre du type cyberattaques ou manipulation de l’information. Les nouvelles technologies nous rendent plus connectés mais cette connexion doit se faire au service de la fraternité universelle.
Léon dénonce la culture de la guerre, la banalisation des conflits, le réarmement. À ce titre, il pointe le développement incessant des nouveaux systèmes d’armes liés à l’I. A.
Les prochaines générations seront-elles encore capables de faire preuve d’esprit critique quand la machine produira elle-même des raisonnements complexes ? L’humanité ne se fatiguera-t-elle pas d’être ce qu’elle est face à la puissance de la machine ? Et qu’est-ce que, au fond, qu’être humain ?
En conclusion, par ce texte majeur du début de son pontificat, le pape fait entrer l’Église catholique dans le débat du siècle et rejoint la célèbre remarque de Rabelais (16ème siècle) : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »
Pour Léon XIV, l’I. A. doit être un bien collectif au service de tous. Le pape est vraiment dans son rôle en soulignant un danger majeur pour l’humanité et la nature. À la façon dont Rerum novarum avait posé les enjeux majeurs du XXe siècle, il y a fort à parier que Magnifica humanitas ne soit pas seulement l’encyclique « sociale » majeure de ce début du 21ème siècle, mais aussi, bien au-delà du monde catholique, l’une des plus grandes contributions éthiques et philosophiques de ce début de millénaire.












