Léon XIV a de la « sympathie » pour l’Europe mais en attend « davantage », assure Mgr Antoine Hérouard
Le 28 septembre 2026, l’ultime étape du voyage de Léon XIV en France aura lieu à Metz. Mgr Antoine Hérouard, archevêque de Dijon et vice-président de la COMECE, organisme qui assure la représentation des épiscopats européens auprès des institutions européennes, analyse les enjeux de cette étape centrée sur l’Europe. Selon lui, Léon XIV devrait y inviter le continent européen à « retrouver ses valeurs profondes » et à « s’affirmer davantage » dans un monde où la paix est de plus en plus menacée.
Pourquoi le Pape a-t-il choisi la France et plus particulièrement Metz pour prendre la parole sur l’Europe ?
Mgr Antoine Hérouard : Le Pape s’intéresse à l’Europe et est conscient du rôle particulier que notre continent peut jouer dans le monde compliqué qui est le nôtre. Il aurait en effet pu se rendre à Strasbourg ou à Bruxelles – où il est invité – pour rencontrer les institutions européennes. Mais ce voyage en France est avant tout pastoral, et la construction européenne peut aussi être abordée dans cette dimension. Cela explique le choix de Metz, lieu emblématique de la réconciliation franco-allemande et étroitement lié à Robert Schuman. Cette journée permettra de rappeler que, dans le projet européen imaginé par les pères fondateurs, notamment Robert Schuman, il existait une forte dimension spirituelle, liée à l’unité et à la recherche de la paix. Alors que la paix est menacée dans de nombreuses régions du monde et que la guerre se déroule aux portes de l’Europe avec l’agression russe en Ukraine, il est important de rappeler que le projet européen est d’abord un projet de paix.
Qu’attendez-vous de la rencontre « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité » à laquelle participera le Pape et où différents chefs d’État ont été invités ?
On attend principalement la parole du Pape. C’est lui qui a souhaité cette étape à Metz, pour le dernier jour de son voyage en France, parce qu’il considère qu’il est important de rappeler les fondements du projet européen. On voit bien que l’Europe fait l’objet de nombreux débats et critiques, parfois à raison. Mais il ne faut pas oublier qu’elle a été pensée comme un outil pour la paix. C’est son fondement et son origine. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement de construire la paix entre les pays européens : Robert Schuman envisageait une contribution de l’Europe à une paix mondiale. Cette rencontre sera aussi une invitation aux Européens à prendre davantage conscience du rôle qu’ils peuvent jouer dans un monde fragmenté, où des puissances n’hésitent pas à recourir à la force. Le multilatéralisme et les institutions construites après la Seconde Guerre mondiale, notamment l’ONU, sont aujourd’hui fragilisés.
Dans ce monde polarisé où la paix est menacée, quelle place le Pape souhaite-t-il donner à l’Union européenne ?
Il veut rappeler que le fondement de l’Union européenne ne réside pas seulement dans l’union économique. Il s’agit aussi d’un accord entre des pays qui ont décidé de construire une histoire commune et de défendre certaines valeurs, notamment la démocratie et l’État de droit. Le Saint-Siège a toujours encouragé la construction européenne. Je pense donc que Léon XIV va inviter l’Europe à retrouver ses valeurs profondes, mais aussi à s’affirmer davantage comme un acteur dans le monde.
Léon XIV a vécu la majeure partie de sa vie aux États-Unis et au Pérou. Comment cela influence-t-il sa vision du continent européen ?
Peu après son élection, lors de notre première rencontre avec la présidence de la COMECE, il nous a dit : « Écoutez, moi je ne suis pas européen donc je ne connais pas forcément toutes les questions mais je voudrais vous écouter pour que vous me disiez ce que vous faites et quelle est la place de l’Église en Europe ». Mais il a aussi vécu à Rome comme supérieur de sa congrégation puis comme préfet du dicastère pour les Évêques. Il a également rencontré de nombreux Européens au cours de sa vie. Il connaît donc notre continent et le regarde avec une certaine sympathie. En même temps, il en attend sans doute davantage que ce qu’il peut apporter aujourd’hui. Il voit que, dans l’équilibre du monde et la recherche de la paix, l’Europe a un rôle à jouer et qu’elle devrait pouvoir davantage l’affirmer.
Les sociétés européennes sont largement sécularisées. Rappeler la dimension spirituelle du projet européen peut-il encore être audible ?
Oui, je crois que cette dimension est même davantage audible. Notre continent dispose d’une grande richesse matérielle, mais celle-ci ne suffit pas à donner des raisons de vivre. Aujourd’hui, notamment chez les jeunes, on observe une recherche de sens et de raisons plus profondes de s’engager dans leur vie et dans la société. L’augmentation du nombre de catéchumènes en France, comme dans d’autres pays européens, en est un signe. Ces statistiques ne changent évidemment pas à elles seules le visage de nos sociétés, mais elles montrent qu’une recherche spirituelle existe réellement. L’Église ne doit donc pas adopter une position défensive face à la sécularisation, mais proposer avec joie et conviction le message de l’Évangile. Ce dynamisme explique aussi, en partie, pourquoi cet appel européen se fera en France. La France est à la fois l’un des pays fondateurs de la construction européenne, au cœur des conflits qui ont marqué l’Europe au XXe siècle, et un pays où l’on observe aujourd’hui des signes d’un renouveau de la recherche spirituelle.

Cyriac Zeller
Cyriac Zeller travaille particulièrement sur les sujets d’actualité sociétale et religieuse. Il a interviewer les candidats à la présidentielle 2022 pour le compte de Famille Chrétienne et de la revue Mission et est co-auteur d’un livre, Devenir votre frère, publié aux éditions Mame.










