Les figures féminines dans la Bible (4)

Rahab et les espions

Rahab, prostituée et sauveur d’Israël

Rahab compte parmi les personnages de la Bible dont les mœurs sont réprouvées par la morale de l’époque. A la périphérie de la société, c’est pourtant par elle que la volonté divine s’accomplira en permettant la chute de Jéricho et la prise de la ville par Josué. Celui-ci est un chef militaire et spirituel qui prend le relais de Moïse pour guider le peuple. Il a vécu la libération du pays d’Egypte.

L’histoire de Rahab se retrouve aux chapitres 2 et 6 du livre de Josué qui comporte de nombreux récits de guerre et de violence.

Jéricho est un lieu stratégique sur la rive ouest du Jourdain à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem. Première ville du pays de Canaan, cette terre promise est convoitée par les fils d’Israël menés par Josué selon la promesse divine. Or ce promontoire est aussi célébré pour ses puissantes fortifications. Josué et ses hommes se doivent donc d’abattre la cité pour finir leur conquête. Il s’agit de trouver une faille dans le système de défense impressionnant.

Josué pour ce faire envoie deux espions accueillis au sein même de la cité par une femme de Jéricho : Rahab.

L’histoire retiendra qu’elle est une prostituée notoire, peut-être pour un effet de contraste encore plus saisissant avec la suite de son comportement. N’oublions pas que Dieu fait confiance à toute personne humaine quelle que soit son origine.

Informé par ses propres espions, le roi de Jéricho ordonne à Rahab de lui livrer ces espions. Mais par un courage exemplaire cette dernière les ayant cachés sur la terrasse de sa maison dans des tiges de lin prétend qu’elle les a accueillis mais qu’ils sont repartis la nuit venue. Une fois le danger éloigné, Rahab fournit aux deux émissaires une corde de fil rouge pour qu’ils puissent descendre par sa fenêtre donnant sur le rempart.

Rahab ne demande qu’une seule chose : qu’elle-même et ses parents aient la vie sauve lors de la prise de la ville. Elle propose une alliance et fait une profession de foi israélite : « Je sais que le Seigneur vous a donné ce pays. » (Jos 2, 9) « Le Seigneur, votre Dieu est Dieu en haut dans le ciel et ici-bas, sur la terre. » (Jos 2, 11)

Une non-juive fait donc alliance et profession de foi au Dieu d’Israël.

Les deux hommes lui promettent de les sauver et lui demandent d’attacher la même corde rouge à la fenêtre pour que sa maison soit épargnée. Josué tient parole et lorsque les fameuses trompettes de Jéricho ont abattu les enceintes fortifiées de la ville, Rahab et sa famille sont sauvées. Elles deviennent alors partie prenante du peuple d’Israël.

Ce cordon rouge renvoie à un autre signe de même couleur : le sang de l’agneau qui a protégé de la mort les premiers nés des Hébreux avant la sortie d’Egypte. (Exode 12, 7.13)

Selon la généalogie de Matthieu (1, 1-16) c’est parmi les descendants de sa famille qu’on retrouve David et, plusieurs générations plus tard, Jésus.

La lettre aux Hébreux (11, 30-31) affirme que Rahab est un témoin au même titre qu’Abraham, Isaac, Jacob et Moïse.

« Par la foi, les murailles de Jéricho tombèrent après que les Israélites en aient fait le tour pendant sept jours. Par la foi, Rahab, la prostituée, ne mourut pas avec ceux qui s’étaient opposés à Dieu, parce qu’elle avait accueilli les espions avec bienveillance. »

C’est ainsi qu’une femme païenne du plus bas rang social passe de marginale à une figure centrale des religions juive et chrétienne.

Joël Le Biavant