L’enseignement du catéchisme selon Maria Montessori

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Si la pédagogie fondée par Maria Montessori est connue dans le monde entier, sa vision du catéchisme l’est beaucoup moins. Fervente catholique, elle s’est pourtant attachée à appliquer les grandes lignes de sa pédagogie à la transmission de la foi auprès des enfants.

Ils sont peu connus mais Maria Montessori a écrit trois ouvrages dédiés à la formation spirituelle de l’enfant : L’enfant dans l’Église (1929), La vie en Jésus-Christ (1931) et La messe vécue pour les enfants (1934). Elle y développe les grands principes de sa pédagogie appliqués à l’enseignement du catéchisme catholique.

En outre, Artège publie ce mois-ci La pédagogie religieuse de Maria Montessori, opuscule qui reprend les conférences de Londres données en 1952 par E. M. Standing et Mère Isabel Eugenie, proches de Maria Montessori et pionniers de la pédagogie religieuse montessorienne dans le monde anglo-saxon. On y retrouve un enseignement basé sur l’attention, la liberté, le mouvement, ainsi que sur un environnement et un matériel éducatif bien particuliers.

Emmener les tout petits à la messe

« La religion n’est pas quelque chose qui doit être enseignée. (…) C’est quelque chose qui demande à grandir doucement. Nous devons regarder attentivement cette plante, lui donner les conditions optimales de croissance, la protéger du froid et des mauvais temps, mais nous devons surtout avoir la patience de la voir croître en son temps et selon son propre chemin », écrivait la pédagogue italienne dans L’Enfant (1935). Il n’est pas question de faire apprendre tout de suite des versets par cœur à des petits enfants mais plutôt d’éveiller chez eux un amour spontané à l’égard de Dieu et l’assurance que Dieu les aime.

Et la première condition pour cela, selon elle, est d’emmener les enfants même tout petits à la messe. « Madame Montessori disait que tout ce qui entre dans l’âme de l’enfant tout petit lui laisse une impression profonde ; et elle pensait que, si les enfants n’avaient pas eu dans leur toute petite enfance cette atmosphère, cette vie familiale où ils apprennent la religion en la respirant, leur foi pourrait en être moins vive », rapportent E. M. Standing et Mère Isabel Eugenie. « La mère qui emmène son petit enfant avec elle à l’église, prépare un sens religieux en lui qui ne peut être suscité par aucun enseignement », écrit Maria Montessori dans la Découverte de l’enfant.

L’application à l’enseignement religieux des périodes sensibles

Une des bases de la pédagogie montessorienne est l’adaptation de l’apprentissage aux différents stades de développement de l’enfant. Maria Montessori distingue trois grandes étapes dans la vie de l’enfant : la petite enfance jusqu’à 6, 7 ans, la deuxième enfance, de 7 à 11 ans, puis l’adolescence. Dans chacune de ces étapes, le développement de l’enfant présente des caractéristiques spéciales, et « il y a certains aspects religieux que les enfants assimilent plus facilement à un moment qu’à un autre », soulignent E. M. Standing et Mère Isabel Eugenie.

Ainsi, Maria Montessori était convaincue de la grande capacité des tout petits à saisir le surnaturel, et de l’importance de leur parler de Dieu comme d’un père bienveillant et protecteur, tout amour. Cela, un tout petit est en âge de le comprendre. En revanche, l’enseignement du bien et du mal à cette époque-là serait, selon elle, « lui enseigner quelque chose qu’il n’est pas capable de comprendre, ou du moins qu’il ne peut pas assimiler » (La Découverte de l’enfant). « Le seul enseignement qui peut être mis en parole au stade préscolaire, est que Dieu a fait le monde et qu’il aime et prend soin de chaque créature » (L’Enfant). Un amour qui se manifeste par le don de l’Eucharistie, envisageable, pour Maria Montessori, dès l’âge de 4 ou 5 ans.

De 7 à 12 ans, les enfants sont très intéressés par la question du bien et du mal. « Ils ont un grand intérêt pour le bien et le mal et un grand désir de faire tout ce qui est bon et rien de mauvais. Si nous leur donnons des idéaux et des normes élevées à cet âge, cela l’aidera à se développer, mais si ces chances sont perdues, les enfants grandiront sans des principes moraux réels, guidés seulement par le caprice du moment ou un respect aveugle de l’opinion populaire », écrit la pédagogue dans L’Enfant.
C’est donc l’âge de la première confession. C’est également le moment de leur apprendre à prier. « C’est par la prière que la grâce descend dans l’âme. Dieu devient une personne connue et aimée. Il faut enseigner aux enfants à vivre avec Dieu, à penser à lui facilement et à lui parler spontanément, souvent et à propos de tout, dans la joie pour le remercier, dans la peine pour être consolé et fortifié, après une chute, pour être pardonné », précisent E. M. Standing et Mère Isabel Eugenie.

Les adolescents eux, recherchent un idéal. Appliqué à la religion catholique, cela peut être un désir de sainteté. « Ce qui importe plus que tout, c’est que ces jeunes aient un ardent amour pour Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’ils soient enthousiasmés pour l’extension de son règne, qu’ils soient prêts à tout sacrifier, même leur vie, plutôt que de l’offenser », expliquent encore les disciples de Maria Montessori. Ils invitent les jeunes à construire un monde nouveau fondé sur le Christ, mission qui serait à la hauteur de leurs grandes aspirations.