A la découverte de Trégornan

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D’importants travaux de restauration réalisés à l’église de Trégornan nous donnent l’occasion de revisiter l’église et ses abords.

Après avoir engagé des travaux à l’église paroissiale saint Germain : clocher, tour et porte principale, la municipalité de Glomel a réalisé des travaux à Trégornan.

En septembre 2016, Gérard Corveller, maire de Glomel, récemment décédé, et Fabienne Perrot, adjointe aux travaux, en présence de Frédérique Le Bec, architecte des Monuments historiques, organisent une réunion de coordination des travaux de restauration évalués à 114 641 € hors taxes.
En 2017, l’instabilité du sol et le mauvais appareillage des pierres viennent gonfler la facture : 77 400 € supplémentaires à débourser. L’édifice n’étant pas classé, les subventions sont moindres. La commune a fait un appel aux dons par l’intermédiaire de la Fondation du patrimoine pour obtenir des aides au financement.
Les travaux ont été terminés en octobre 2018. La pierre sommitale a été posée. La croix et le coq ont retrouvé leur place. Les cloches sont installées dans un beffroi tout neuf.

Historique

Trégornan en Glomel, pour Tré Korant, trève de saint Corentin, est l’une des trois paroisses de Glomel située à la limite du Morbihan.
La paroisse est fondée au 5ème siècle dans le cadre de l’évangélisation de la vallée de l’Ellé par saint Corentin, patron de la Cornouaille, évêque de Quimper vers 490. Trégornan fait initialement partie de l’évêché de Quimper et devient paroisse en 1836.
Au départ, l’enclos comprend le cimetière, le calvaire et l’ossuaire. Le cimetière ayant été déplacé, la petite église est située sur un placître joliment aménagé et bien entretenu.

L’ossuaire

De style néo-gothique est ajouré de trois arcades plein cintre, celle du centre étant trilobée.
L’inscription « RESQUIESCANT IN PACE » (Qu’ils reposent en paix) reste d’actualité puisque dans l’ossuaire sont parfaitement rangés, à la vue de tous, une quantité impressionnante d’os, essentiellement des tibias et des crânes, provenant de tombes jadis situées dans l’enclos. La date de 1850 qui figure sur le mur correspond probablement à la date de réfection.
Hormis celui de Lanrivain, ce genre de monument est assez rare dans notre région.

Martial Pézennec, né à Trégornan, auteur de l’ouvrage « De mémoire vive » fait remarquer : « Je veux signaler la présence, entre le calvaire et l’entrée de l’église, d’une petite stèle surmontée de la croix de guerre sur laquelle est écrit : « Eur zonj, eur beden evit ar re deuz reit obue da zifenn ar vro » (une pensée, une prière pour ceux qui ont donné leur vie pour défendre leur pays).
Adossés à l’église, signalons les tombes de deux recteurs de Trégornan, l’abbé Poulizac, décédé en 1910 et l’abbé Le Cam, décédé en 1933.
Face au porche sud de l’église, le calvaire du 17ème siècle comprend une mise au tombeau et une Pietà ainsi que des vestiges en mauvais état. La croix a été remplacée en 1862.

Description extérieure de l’église

La construction est en pierres de type granitique. Des contreforts viennent s’ajouter à chaque angle du mur-pignon supportant le clocher avec balustrade.
L’ensemble de la façade est richement décoré. La porte est surmontée de voussures sculptées et comporte un galbe et deux pinacles qui se terminent par deux sculptures animales.
Sur le clocher une croix plus simple, rehaussée d’un coq, remplace l’ancienne croix en fer forgé.
L’horloge, visible sur la tour, a été installée en 1985, en même temps que l’électrification des cloches et elle paraît flambant neuve suite aux travaux.
Trois cloches sont installées : deux grosses dans la chambre des cloches et une, plus petite, à la base de la flèche.

Intérieur de l’église

Remarquons le grand bénitier et les fonts baptismaux à deux cuves, l’ensemble date du 15ème siècle. Le maître autel est du 17ème. Ce qui attire l’attention est, bien entendu, le beau retable séparant le chœur de la sacristie. Il est organisé de manière symétrique autour d’un tableau de la Sainte Famille et d’une statue du Christ. De style baroque, donc chargé en éléments décoratifs, il a été restauré par les Beaux-Arts en 1991.
Dans le transept sud, on peut observer, sur deux panneaux, les onze apôtres sculptés en demi-relief, il manque saint André. Leur nom est inscrit en breton. A l’origine ces apôtres étaient sous le porche et proviendraient d’un jubé disparu.

Plusieurs statues ornent l’église : la plus remarquable, celle de Notre Dame de Pitié (Itron Varia Druez), portée en procession le jour du pardon qui a lieu le deuxième dimanche de septembre. Cette Pietà est une sculpture en bois polychrome.
Il convient de rappeler que Simone Le Moigne, artiste naïve, qui a peint de nombreux tableaux, y est présente. Née au village de Magoar, une plaque indique qu’elle a été baptisée et s’est mariée dans cette église. Trois tableaux ornent l’édifice dont deux représentant saint Corentin, l’autre étant une peinture de Notre Dame de Pitié.
Vous pouvez relire l’article sur Simone Le Moigne dans le bulletin n° 121 de décembre 2015.

D’autres statues à observer :

  • Sainte Anne et la Vierge,
  • Saint Joseph,
  • Saint Louis de Gonzague : étudiant jésuite italien mort à 23 ans au service des pestiférés de Rome,
  • Sainte Philomène : sainte et martyre faisant l’objet d’un culte de 1805 à 1961, culte provenant des restes trouvés en 1802 dans une catacombe de Rome,
  • Saint Hervé : considéré comme le François d’Assise des Bretons. Fils de barde, saint Hervé naquit aveugle. Souvent représenté avec un loup, on lui attribue le cantique du paradis (Kantik ar baradoz : Jesus pegen braz’ve : à écouter sur YouTube, par Anne Auffret).

Joël Le Biavant

Cantique de Notre Dame de Trégornan

Il a été écrit en 1936 par l’abbé Auguste Loriquer, dit Mab Sulon. Prêtre enseignant assez fantasque et poète à ses heures, d’une nature très vagabonde, il écrit des cantiques en breton pour tenter de renouveler le répertoire des paroisses, devenu désuet.
C’est ainsi qu’il compose la gwerz Itron Varia Druez, Notre Dame de Pitié, qui comporte 27 couplets.

Refrain :
Itron Varia Mamm a druez
Hon skoazellit pad hon buhez
D’ho pugale roit ho pennozh
Ma c’hellint mont d’ar baradoz.

Dame Marie, Mère de miséricorde,
Aidez-nous au long de notre vie,
Donnez votre bénédiction
A nos enfants qu’ils puissent aller au paradis.

Ci-dessous l’un des couplets
qui montre la sensibilité de l’auteur : 

Mein bennerez, gwisket en man
Ouzh kroz an avel ne reont van ;
Gant ur seurt mein ‘talc’h ar c’hroazioù
‘Vel an dero war ar maezioù. 

Les pierres de taille, vêtues de mousse,
Ne se soucient pas du rugissement du vent ;
De telles pierres maintiennent les croix
Comme des chênes dans les campagnes.