Témoignage : Jean-Pierre Flamery

1600 km à pied jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle !

Jean-Pierre habite Mellionnec. Il est coordinateur sur la paroisse de Gouarec et, en septembre dernier,
il est parti sur le chemin de Saint-Jacques ; nous le remercions de partager cette belle expérience.

Quelles étaient tes motivations pour partir à Saint-Jacques ?

Cela fait 2-3 ans que j’y pensais.  Je connaissais des personnes qui l’avaient fait, en particulier Roger Le Panse. J’ai choisi de partir seul ; j’allais en pèlerinage en portant les 2 familles albanaises que nous accueillons sur Gouarec, pour que leur situation s’améliore. C’était une façon de tout laisser derrière moi et de pouvoir prendre du temps, ce qui, je le pense, est un luxe aujourd’hui.

Quand es-tu parti ?

Le 17 septembre dernier. J’avais choisi de partir après la messe du pardon de Notre Dame de la Pitié en Mellionnec. En fait j’étais venu à pied de la maison. Le père Jean-Marc a donné la bénédiction du pèlerin pendant la cérémonie ; j’ai partagé le verre de l’amitié avec les paroissiens et les amis qui s’étaient déplacés pour l’occasion et je suis parti par le canal de Nantes à Brest que borde la chapelle.

Raconte-nous ton périple ...

Je portais un sac à dos qui pesait 12 kg et je l’ai rapidement allégé pour descendre à 10,5 kg. J’avais pris 2 simples bâtons de marche. J’avais l’écusson de l’association de Saint-Jacques mais si j’avais pris la coquille du pèlerin j’aurais été encore plus facilement identifié ; je prévoyais en fait de la trouver sur la plage à l’arrivée à Finisterre. La 1ère nuit j’ai dormi à Bon Repos, la 2nde à Pontivy, la 3ème à l’abbaye de Timadeuc, un soir chez les Sœurs Augustines de Malestroit…

Quel a été ton itinéraire ?

Il existe plusieurs chemins. Moi j’ai choisi de passer par Redon, Nantes, puis j’ai rejoint Saint-Jean d’Angély, Bordeaux, Dax et Saint-Jean-Pied-de-Port où commence la montagne. Pour la partie espagnole j’ai emprunté « le chemin des Français » qui est de loin le plus fréquenté. Je marchais 25 à 30 kms chaque jour.

Où dormais-tu ?

En France il existe des gîtes fréquemment tenus par des bénévoles qui sont souvent en lien avec les paroisses. Ils font de l’hébergement pèlerins en proposant à leur domicile le repas du soir, une chambre et le petit déjeuner. Des brochures recensent toutes les adresses avec les coordonnées. Il vaut mieux téléphoner la veille pour s’annoncer. C’est toujours riche de partager le repas avec ces personnes qui nous choient. En Espagne c’est différent, ce sont des grands gîtes pour une cinquantaine de pèlerins et on ne réserve pas.

Comment se passaient tes journées ?

Je me levais vers 6 h pour démarrer au lever du jour, entre 7 et 8 h. Pour me diriger, j’utilisais internet sur mon téléphone portable mais à partir de Nantes des coquilles jaunes sur fond bleu balisent bien le chemin. Pour le midi, c’était au gré du hasard ; j’achetais du pain et quelques nourritures si je trouvais une épicerie. C’est une belle mise en pratique des expressions « à la grâce de Dieu, faut pas s’en faire… » Je marchais 7 à 8 h, à 4,5 km/heure, pour arriver vers 16 – 17 h dans les gîtes. Là je faisais ma petite lessive quotidienne.

As-tu souffert physiquement ?

Non et pourtant je ne m’étais pas entraîné avant le départ. La 1ère semaine je sentais des courbatures mais ensuite pas du tout. Il faut quand même écouter son corps et savoir s’arrêter une journée au besoin. La seule fois où je l’ai fait je n’avais qu’une envie c’était de repartir ! Ce n’est pas un exploit physique, tout le monde peut le faire.

As-tu rencontré beaucoup de monde sur le chemin ?

Au début non. Beaucoup de pèlerins le font en avril-mai. En France j’ai bien sympathisé avec Vincent, un jeune de 26 ans avec qui j’ai marché une douzaine de jours. Je l’ai ensuite retrouvé en Espagne. Plus on descend vers le sud et plus il y a de pèlerins. Chacun avance à son rythme, les rencontres sont variées et souvent on se retrouve quelques jours après.

 Et sur le plan spirituel ?

J’ai le sentiment d’avoir vécu une grande retraite avec des temps privilégiés avec Dieu. Très peu de marcheurs le font dans une démarche de foi. On ne sait pas ce qu’on vient chercher, moi non plus d’ailleurs. L’important c’est d’avoir coupé avec le quotidien dans lequel on vit. C’est un dépouillement. J’ai apprécié de m’arrêter dans les nombreuses églises du chemin. Lorsqu’elles étaient ouvertes j’aimais contempler leur architecture en pensant à la dévotion qu’il avait fallu pour édifier de telles œuvres. En étant souvent seul dans ces lieux calmes et sereins, je me sentais en prise directe avec Dieu. J’aimais assister à la messe du samedi soir ou à celles de 18 h en semaine quand j’en trouvais.

Et la suite ?

En parler me donne l’envie de repartir ! C’est exaltant d’arriver à Saint-Jacques… c’était le 23 novembre… tu te retournes et tu repenses à toutes ces images depuis le départ. C’est un grand moment d’entrer dans la cathédrale… tu te confies… tu te laisses aller… moi j’ai tout donné à « l’Apôtre intercesseur ».  Depuis mon retour je prends les choses avec plus de recul et je fais davantage confiance à la Providence ;  vraiment tout le monde devrait le faire !

                              Maryvonne et Christian Rault

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