Glomel 1964 : un demi-siècle déjà !

Glomel - L'égliseNous avons retrouvé dans les archives paroissiales le compte-rendu de la visite canonique, ainsi que l’enquête pastorale effectués par l’évêque en 1964.

Cette année-là, Mgr Kervéadou est évêque de Saint-Brieuc et Tréguier depuis trois ans. Il applique avec conscience et fidélité les réformes conciliaires.

L’évêque effectue cette visite pastorale tous les quatre ans, l’année de la confirmation.

En 1964, Glomel est une paroisse à part entière distincte de Trégornan et de Saint-Michel-en-Glomel. Elle fait partie du doyenné de Rostrenen avec, comme curé, l’abbé Larvor, le recteur est l’abbé Le Gac. Celui-ci doit soumettre les réponses du questionnaire au curé de Rostrenen. Il y a un autre recteur pour les paroisses de Trégornan et de Saint-Michel, l’abbé Thomas.

Ce document se révèle être une bonne étude sociologique de cette période, montrant l’évolution de notre société et de la pratique religieuse.

La superficie de la paroisse est de 5 208 ha. L’église Saint Germain compte 500 places assises. Elle est en bon état, sauf la toiture (1).

La population de 2 430 habitants en 1926 est tombée à  1 650 en 1964. La commune compte aujourd’hui 1 401 habitants, mais en incluant désormais Trégornan et Saint-Michel.

On y recense 143 élèves répartis sur deux écoles, une communauté religieuse des Filles du Saint Esprit, avec deux enseignantes, une infirmière et une cuisinière.

Le recteur vit au presbytère situé près de l’église. Il a à son service une employée et un sacristain.

L’abbé Le Gac a de quoi vivre décemment mais « doit dépenser avec prudence ». Il vit du casuel (offrandes de baptêmes, mariages et obsèques), de la quête dominicale et des deux quêtes en nature, de blé et de beurre.

A la question : « nombre approximatif de non-catholiques », le prêtre répond « zéro ».

Les jeunes foyers ont tendance à quitter la paroisse. En été, bon nombre d’estivants (500) y viennent alors que des émigrants saisonniers vont, à la belle saison, vers Jersey et Scaër pour la récolte des petits pois et des haricots et, en automne, vers le nord de la France, pour la récolte des betteraves sucrières.

La population est essentiellement agricole : 80 %.

L’une des principales entreprises de la région, l’entreprise de bâtiment Pennec, emploie 20 personnes.

Vitalité chrétienne :

A propos de « la pratique religieuse obligatoire », le recteur constate qu’une forte proportion de chrétiens font « leurs Pâques » (1 270 paroissiens), 250 personnes assistent à la messe un dimanche ordinaire et environ le double le jour de la fête paroissiale, le dernier dimanche de juillet. Tous se sentent concernés par le pardon de Saint Germain : les jeunes se retrouvaient, les paysans en tenaient compte pour les travaux des champs, les Glomelois expatriés revenaient pour la circonstance.

Les non-pratiquants viennent surtout des milieux de la fonction publique et du monde ouvrier.

Le repos dominical est bien observé, avec quelques exceptions lors de la récolte du foin ou de la moisson.

Le baptême est administré à tous les enfants, l’âge habituel étant de trois semaines. L’abbé le Gac a baptisé 30 enfants en 1964. A titre de comparaison, nous avions 19 baptêmes sur l’ensemble de la paroisse de Rostrenen, en 2014.

Seuls 5 % des enfants ne sont pas catéchisés avant d’arriver, à 12 ans, à la communion solennelle. Le catéchisme est assuré par les religieuses et le recteur.

Le 9 mars 1964, 62 enfants de Glomel sont confirmés par Mgr Kervéadou.

Neuf couples ont été mariés durant la même année, depuis 4 ans, pas un seul mariage uniquement civil dans la paroisse. Dans les statistiques remises à l’évêque lors de sa visite, on note cependant huit foyers en « situation irrégulière ».

Les derniers sacrements, appelés alors « extrême onction » sont généralement administrés aux mourants.

Les confessions sont fréquentes. Le prêtre peut confesser tous les jours et pendant la demi-heure précédant la messe du dimanche.

L’office des vêpres est toujours célébré le dimanche après-midi : seulement une quinzaine de personnes y assistent.

Le recteur précise aussi que les habitants sont facilement portés à la jalousie et à la rancune mais qu’ils savent pardonner.

Les paroissiens sont de nature individualiste mais s’entraident volontiers dans le malheur.

Les laïcs n’ont pas encore une place importante dans les célébrations même si quelques-uns interviennent pour la lecture de l’Epître et participent à la chorale.

Quatre ans plus tard, ce sont les évènements de mai 68, l’Eglise catholique est l’une des institutions les plus déstabilisées. Entre  1965 et 1980, 4 000 prêtres quittent les ordres et beaucoup de fidèles rejettent le principe de hiérarchie dans l’Eglise.

Ainsi s’effectue une nécessaire mutation, née du Concile Vatican II, avec la liberté de conscience, la liberté religieuse et ses relations pacifiées avec les autres religions et spiritualités.

Dans les paroisses, des laïcs prennent la parole et des responsabilités et de nouvelles relations s’installent.

Joël Le Biavant

(1) La toiture a été remaniée depuis et actuellement la commune a engagé d’importants travaux de restauration sur le clocher, la tour et la porte principale de l’église.

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