Pardon de ND de Rostrenen : Les homélies de Mgr Moutel

Pardon de Notre-Dame du Roncier

Homélie du 14 août 2018 en la vigile de l’Assomption.

Nous sommes là, ce soir, comme des pèlerins, des pèlerins de la lumière et de la paix. Nous rendons gloire à Dieu en regardant Marie, Notre-Dame du Roncier. Nous sommes là, ce soir, après tous ceux qui ont mis leur confiance dans l’intercession de la Vierge Marie.

En recevant la Parole de Dieu, nous sommes appelés à choisir la paix.

Notre désir de paix ne s’appuie pas sur nos seules forces, car nous voyons que nous n’y arrivons pas mais nous voulons compter sur Dieu qui marche à nos côtés. Cette confiance a guidé le peuple de Dieu au moment de son installation sur la terre promise, à Jérusalem, sur la colline de Sion. C’est ce qui nous est rapporté au Livre des Chroniques : En ces jours-là, David rassembla tout Israël à Jérusalem pour faire monter l’arche du Seigneur jusqu’à l’emplacement préparé pour elle. (Chr 15,3)

Ce soir, notre rassemblement et notre procession disent notre confiance. Oui, nous pouvons marcher ensemble et en présence de Dieu parce qu’il marche avec nous. C’est dans l’obscurité et les épreuves que nous sommes appelés à faire confiance, à choisir la paix. La peur des peuples d’Europe et la nôtre font que l’on ne trouve pas de solution juste pour les personnes qui traversent la Méditerranée pour fuir l’insécurité politique ou économique. Je n’ai pas de solution, nous n’avons pas de solution toute faite.

Mais il nous faut prier pour que nos cœurs ne soient pas endurcis, pour que nous puissions regarder comme un frère, une sœur, tous ceux qui connaissent l’exil. J’en parle ici parce que je connais l’engagement de votre curé, Jean-Marc, et de beaucoup de personnes avec lui.

En regardant la Vierge Marie, qui est associée à la gloire de son Fils, nous pouvons regarder notre avenir et dire avec Saint Paul :

« La mort a été engloutie dans la victoire.

Ô Mort, où est ta victoire ? » (1 Cor 15,55).

En regardant Jésus qui donne sa vie et Marie qui se tient debout, tout contre la croix, nous comprenons que :

  • Dieu fait route avec nous même quand nous sommes déroutés.
  • Le plus grand amour se porte au-devant de la plus profonde détresse.
  • L’amour extrême s’est levé face au mal extrême.

Alors quel chemin pour les pèlerins ? Jésus nous donne une indication précieuse : écouter la Parole de Dieu

« Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Luc 11,28)

Marie est la première qui a vraiment écouté la Parole de Dieu. Par son OUI de l’Annonciation elle a reçu Jésus, le Verbe de Dieu, en son cœur avant de le recevoir dans l’intime de sa maternité virginale, en son cœur avant de le recevoir dans sa mission pour le monde, en son cœur avant de le recevoir, abandonné et tué par les hommes, dans ses bras douloureux au pied de la croix.

Frères et sœurs, pèlerins de Notre-Dame du Roncier, je vous invite à dire dès ce soir : « Seigneur fais-moi connaître ta volonté ... que veux-tu que je fasse pour toi ? » ... dans ma vie personnelle, dans mes choix de vie, dans la vie de notre diocèse : « Seigneur, donne-moi ce bonheur d’écouter ta Parole et de la mettre en pratique, montre-moi le chemin que je dois prendre. » pour être artisan de paix, dans notre pays et pour la vie du monde.

+ Denis MOUTEL

évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

Pardon de Notre-Dame de Rostrenen

Homélie du 15 août 2018 en la fête de l’Assomption.

" La Vierge Marie a été élevée dans la gloire du ciel, en son corps et en son esprit ". Telle est la définition du dogme de l'Assomption de la Vierge Marie, formule sans doute hermétique à une première écoute ... et peut-être surtout à cause du mot essentiel : la GLOIRE.

Comment associer la Vierge Marie à la gloire ? C'est impossible s'il s'agit simplement des honneurs et de la renommée, de la puissance et de la promotion, c'est à dire nos catégories habituelles pour dire "la gloire". Quelque chose, au plus profond de nous-mêmes, nous dit qu'il ne faut pas placer Marie de ce côté-là et l'Evangile est bien là pour nous le confirmer.

Alors je me suis dit que l'on pouvait sans doute traduire "la gloire" par un autre mot ... "la beauté". Et peut-être notre connaissance de Marie y gagnera-t-elle en vérité. La beauté ... Les artistes de tous les temps ne s'y sont pas trompés tellement ils ont été inspirés par celle qui respire, justement, la beauté :

  • l'attitude de la jeune fille toute disponible à la parole de l'Ange.
  • la Madone, les yeux de la maman tournés vers l'enfant nouveau-né.
  • et les bras de la Piéta qui retiennent le corps brisé du crucifié.

Ce qui fait la beauté de l'œuvre d'art, ce n'est pas la surcharge ou la complication mais peut-être la rencontre exceptionnelle de la simplicité et d'une lumière unique. L'œuvre d'art, c'est la plupart du temps ... un objet simple, un visage ou une scène de la vie quotidienne, mais éclairés de quelle lumière !

Voilà la beauté de Marie ... la simplicité du quotidien. N'oublions pas la vie toute simple de Nazareth, sa joie d'être maman, l'épreuve de l'exil quand il a fallu se réfugier en Egypte, et puis sa présence pleine et forte quand elle se tient debout au pied de la croix. La simplicité des paroles aussi. Si peu de mots ! Marie n'est sortie de son silence que pour les mots essentiels :

  • Oui ... qu'il me soit fait selon ta parole.
  • Mon âme chante le Seigneur.
  • Tout ce qu'il vous dira, faites-le.

Dans une époque où, pour ce qui concerne la beauté, nous sommes si sensibles au paraître, Marie nous apprend que la beauté ne se conquiert pas à coups d'artifices, qu'elle ne se construit pas. La beauté se reçoit dans le consentement aux activités les plus simples, dans l'accomplissement joyeux des choses ordinaires, avec cette conscience merveilleuse d'être aimé de Dieu : "Mon âme exalte le Seigneur : il s'est penché sur son humble servante !"

Marie est cette figure de notre humanité en qui la lumière de Dieu ne s'est pas perdue, dissipée, évanouie. Elle s'est concentrée au point d'être entièrement réfléchie, tel un miroir, pour rayonner alentour. Marie étend à toute l'humanité ce rayon de lumière qui l'a touchée : nous en sommes les bénéficiaires. Elle élargit sa joie à l'ensemble du Peuple de Dieu : l'amour de Dieu, elle le sait, s'étend et s'étendra d'âge en âge.

Voulons-nous accueillir cette lumière qui rayonne sur le visage du Christ, qui se diffuse dans la maternelle présence de ND de Rostrenen ? Voulons-nous choisir la lumière ? Je vous propose deux attitudes :

  • Chercher la vérité ... je le suggère particulièrement aux jeunes. Quand on s’échauffe sur les réseaux sociaux, quand on relaye de fausses nouvelles ou des amplifications non vérifiées sur un sujet sensible, alors on ajoute du mal au mal. Le Malin est le prince du Mensonge. Ce qui m’a été dit ... est-ce que c’est vrai ? D’où vient cette information ? Est-ce que j’ai cherché à la vérifier ou bien est-ce que je la propage simplement pour conforter les à-priori, ou les idéologies qui m’habitent ?
  • Servir la fraternité. Comment regarder avec confiance et bienveillance celui qui est différent de moi, et même celui qui semble perdu ou dans l’erreur ? Cela commence à la maison avec le conjoint, mais cela concerne aussi les relations sociales et publiques en notre pays. Comme elle est juste cette parole de Madeleine Delbrêl : « L’amour qui a peur de connaître le mal chez ceux qu’il aime est un amour infirme. ». On reproche parfois aux chrétiens et souvent aussi aux responsables de l’Eglise Catholiques d’être des gentils, mais des gentils irresponsables, devant la gravité des problèmes du monde. Nous ne devons pas avoir peur de la vérité ni de la nécessaire défense de la liberté et de la sécurité en notre pays. Mais, pour ne pas ajouter du mal au mal, nous n’avons pas d’autres ressources que l’exigence de fraternité qui est le trésor de l’Evangile. Cela passe par le don de soi, et les efforts patients pour aimer et construire la paix.

La beauté de Marie, c'est à dire, son entrée dans la gloire, c'est cette rencontre exceptionnelle de la lumière reçue de Dieu et de la vérité d’une vie librement offerte. A nous qui rêvons parfois d'être ailleurs, dans d'autres conditions, meilleures ou plus faciles, elle dit simplement, en son Assomption : accueillez cette lumière, la lumière du ressuscité, là où vous êtes, là où Dieu vous a placés. Et c’est une histoire ne fait que commencer : car si le Christ est le premier-né d’entre les morts, la Vierge-Marie vient après lui, avec lui. Et ensuite, tous, nous sommes appelés à ressusciter, à participer à cette communion que Dieu nous prépare pour toujours.

+ Denis MOUTEL

évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

 

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