Le Village saint Joseph, « Et tout devient possible »

A quelques pas du bourg de Plounévez-Quintin, près de Rostrenen, le village saint Joseph accueille des résidents qui ont perdu leurs repères. Monique Mediani, agrégée de lettres et biographe, a effectué un séjour au printemps dernier pour écrire un ouvrage facile à lire et riche de témoignages poignants. Village St Joseph -Katia et NathanaëlL’auteur nous présente d’abord les fondateurs, Katia et Nathanaël, ainsi que Jean-Guy. Si Katia parle de son enfance heureuse, de son travail à l’Arche où elle rencontre Jean Vanier (qui a rédigé la préface du livre), Nathanaël évoque son adolescence chaotique, il connait ensuite l’expérience des drogues dures et un mariage raté. Mais la rencontre des frères protestants évangéliques, la fréquentation de la communauté des Béatitudes vont bouleverser son existence. Puis Katia rentre dans sa vie et dans son cœur. Ils ont en commun « cette soif de Dieu et de la vérité » et se marient. Pour vivre selon l’Evangile, ils accueillent leurs frères  les plus pauvres. Quant à Jean-Guy, à l’enfance perturbée, il devient instable affectivement et n’a plus d’espérance. Sa vie sentimentale est un échec. Mais il va rencontrer le Christ et se convertir. Il renoue aussi avec Régine, sa deuxième épouse, avec qui il se remarie. Tous deux, ayant une longue expérience professionnelle derrière eux, apporteront leurs compétences dans les domaines administratif et juridique. Le Village fait ses premiers pas en 2001 dans les bâtiments de l’ancienne école privée où l’ampleur des travaux de rénovation était considérable. Progressivement la structure va se consolider. Village St Joseph-2 La journée au Village commence à la chapelle à 8 heures. C’est le moment de la proclamation de l’Evangile du jour et de la rencontre de l’autre en se souhaitant une « bonne journée ». Puis Nicolas préside chaque matin à la répartition du travail pour les résidents. Plusieurs ateliers sont proposés : mosaïque, jardin, cuisine, laine, cuir, poterie. Le travail devient une force créatrice mais aussi un levier de reconnaissance et de résurrection. Selon Nathanaël, « le travail permet de se reconstruire mais il est aussi source de guérison. » Si certains auront toujours des difficultés pour accéder à l’autonomie, la vocation du Village est d’être ce « lieu tremplin » qui permet de rebondir vers un avenir meilleur. Certains y résideront quelques semaines, d’autres plusieurs années. Village St Joseph Un contrat de confiance est signé par chaque pensionnaire : il convient  de participer à la vie communautaire, de respecter les horaires et le règlement intérieur. Les résidents (actuellement une trentaine) ont cependant un mode vie indépendant avec chambre ou studio. Le Village subsiste sans réserve d’argent, connait une certaine précarité car il faut sans cesse investir. Sans aucune subvention de l’Etat, le Village vit, pour 60 % de ses recettes, des dons des bienfaiteurs, les 40 % proviennent du fruit du travail des résidents  grâce aux objets destinés à la vente et également des loyers dont s’acquittent, selon leurs ressources, les personnes accueillies. Le Village s’ouvre aussi sur l’extérieur : la messe télévisée du « Jour du Seigneur », en 2012, avait offert une bonne publicité au Village et avait permis qu’il soit repéré comme un lieu d’Eglise, reconnu et apprécié, et montré une structure fiable pour personnes en difficulté. Katia et Nathanaël s’efforcent de rester fidèles aux statuts de l’association qui consiste à accueillir « sans discrimination un public très large et très hétérogène : des personnes sans famille souffrant de grande exclusion sociale, sortant de prison, ayant eu affaire à la drogue ou à l’alcool mais aussi de tous les âges et quel que soit le type de faiblesse : maladie ou handicap ». Le Village continue de grandir et c’est une entreprise qui emploie aujourd’hui neuf salariés. Au départ il a contracté un prêt d’un million d’euros pour engager des travaux de rénovation. Par ailleurs l’achat des maisons jumelles au centre de Plounévez a permis au Village l’implantation d’un deuxième site baptisé « Ephèse » qui comporte une dizaine de chambres. Puis l’achat, en 2010, d’une grande bâtisse en ruines, également au bourg de Plounévez, actuellement en cours de rénovation, va permettre d’augmenter la capacité d’accueil d’une quinzaine de places. Katia fait remarquer à ce sujet : « Si le Village doit s’agrandir, ce sera par une démultiplication des foyers d’accueil. Il faut absolument garder cette dimension familiale. » En conclusion, comme le note Jean Vanier, le Village, essentiellement fondé sur la foi, « est un signe d’espérance pour l’Eglise et notre monde. Il révèle un chemin vers Dieu pour ces blessés de la vie qui ont surtout besoin d’être reconnus, appréciés, regardés comme importants et précieux. »

Joël Le Biavant

Village St Joseph - Couverture du livre
Le livre « Le Village Saint-Joseph et tout devient possible »  de Monique Mediani est en vente au prix de 18 € : au Village, à la maison de la Presse de Rostrenen, dans les procures ».