La Réconciliation

Le père Jean Bernard, dans son éditorial de Dalc’h Sonj du mois de mars nous présente « le Carême, chemin de guérison et de partage ». Il nous précise que « nous allons vivre un temps de grâce offert par Dieu et facilité par l’Eglise pendant cette période de 40 jours en vue de préparer la fête de Pâques. »

Le jeudi 22 février il a animé, à la salle paroissiale de Rostrenen, une soirée thématique sur la réconciliation. Vous trouverez ci-dessous l’intégralité de son intervention.

De quoi faut-il parler aujourd’hui : de la pénitence, de la réconciliation, de la conversion ou du pardon ? Peut-être des quatre. On verra !

Commençons par trouver l’origine de ce sacrement que l’Église ne cesse de nous inviter à recevoir de temps en temps et surtout pendant le temps de Carême. Tout d’abord, il faut reconnaître la manifestation de la miséricorde de Dieu en son Fils Jésus. Luc au sixième chapitre de son Évangile nous dit :  » Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux. » Que veut-il nous dire ? Ou qu’est-ce-que la miséricorde ? Luc utilise 4 verbes (mots) pour nous dire ce qu’il ne faut pas faire et ce qu’il faut faire. Ne jugez pas, ne condamnez pas ! Donnez et pardonnez !

Jésus, le Fils de Dieu, devenu homme, a vécu parmi les hommes pour les délivrer de l’esclavage du péché (Jn 8, 34-36). Il est venu réconcilier les hommes avec son Père, avec Notre Père, en faisant la paix par le sang de sa croix (2 Co 5, 18 s).

Déjà les prophètes avaient fait retentir cette invitation à la pénitence tout au long de l’histoire d’Israël. Jérémie (ch. 31) et Ezéchiel (ch. 11,16 s) annonçaient une nouvelle Alliance où Dieu prendrait l’initiative d’inscrire sa Loi au cœur même de l’homme. Jean le Baptiste, préparant l’avènement du règne de Dieu vint proclamer un baptême de pénitence pour le pardon des péchés. Jésus, pour réconcilier les hommes avec Dieu, ne s’est pas contenté d’exhorter seulement les hommes à la pénitence, il a accueilli les pécheurs (le cas du lépreux du 6ème dimanche B), il se laisse toucher par les pécheurs (la femme avec son hémorragie), il se laisse accueillir par les pécheurs (le cas de Matthieu), il devance les pécheurs (le cas de Zachée), il écoute les pécheurs, il a accepté le pécheur tel qu’il est (la femme adultère), enfin il se fait toujours disponible pour être avec eux (avec nous).

Il a un pouvoir de pardonner, de purifier, de corriger, de guérir, de réorienter (ici, Jésus rétablit le lien entre l’individu et la société quand il dit au lépreux : va te montrer au prêtre), pour donner un signe plus vivant, plus concret de son amour et de son pouvoir. Il se laisse maltraiter et crucifier. Mais trois jours après, la vie a triomphé de la mort. Il a le pouvoir de renverser les puissants et d’élever les humbles, nous dit la Vierge Marie.

Comment les disciples de Jésus ont-ils eu ce même pouvoir ?

Depuis le Jeudi Saint, Jésus a institué le sacrifice de la nouvelle Alliance, déjà annoncée par Jérémie et Ezéchiel plus précisément, pour la rémission des péchés (Mt 26, 28). Après sa résurrection, Jésus a envoyé l’Esprit Saint sur les Apôtres pour qu’ils aient le pouvoir de pardonner ou de remettre les péchés, de proclamer, en son nom, la pénitence à toutes les nations (Jn 20, 19-23 ; Lc 24, 47). Pierre, lui qui a renié Jésus plus d’une fois, a reçu le droit de tenir les clés de la maison de Dieu.

Cette délégation de Jésus à Pierre sur les cieux s’étendit également sur toute la terre. Et déjà, depuis la Pentecôte, Pierre a commencé avec l’enseignement reçu du Christ : « faites pénitence… et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus pour le pardon de vos péchés (Ac 2, 38 ; 3, 19.26…..). L’Église, inspirée de ses trois sources (la Parole de Dieu, le Magistère et la Tradition), continue d’appeler les hommes à la conversion, de prêcher la conversion, de remettre les péchés, de réconcilier l’humanité avec le Créateur et enfin de réconcilier les hommes entre eux.

Lien entre baptême et pénitence

Dans le symbole de Nicée de Constantinople, nous disons que nous croyons en un seul baptême pour la rémission des péchés. Alors, l’Eglise parle de péché originel et péché actuel. Le baptême pour quel péché ? L’un ou l’autre ou les deux ?

Le baptême a été institué avant tout pour effacer le péché originel duquel tout homme a hérité et pour rendre à l’âme la sainteté et la justice perdues par le péché de nos premiers parents : le péché de la désobéissance.

Le baptême, par contre, peut également pardonner les péchés actuels : les personnes qui se font baptiser à l’âge de raison. Dans le baptême, l’homme ancien est crucifié avec le Christ pour que soit détruit ce corps de péché et que nous ne soyons plus au service du péché mais que, ressuscitant avec le Christ, nous vivions désormais pour Dieu (Rm 6, 4-10), tandis que, la pénitence exclusivement, c’est pour pardonner le péché actuel. A partir de là on peut poser cette question : une personne qui n’est pas baptisée, peut-elle recevoir le sacrement de la pénitence ? C’est un grand débat car le baptême est la porte d’ouverture aux autres sacrements.

Le mot scrutin : le discernement entre la lumière et les ténèbres. Les futurs baptisés sont invités, avec toute la communauté chrétienne, à la conversion, pour se tourner vers le Seigneur et se voir à sa lumière (scruter : examiner attentivement pour découvrir ce qui est caché).

Il existe trois scrutins qui se célèbrent les 3ème, 4ème et 5ème dimanches de Carême.

Lien entre L’eucharistie et la pénitence

Dans l’Eucharistie est rendue présente la passion du Christ qui nous sauve. L’Église a toujours affirmé que l’Eucharistie elle-même était le sacrement du pardon et de la réconciliation en Jésus-Christ (prière eucharistique III) : « Et maintenant, nous te supplions, Seigneur, par le sacrifice qui nous réconcilie avec toi…. ». Jésus nous donne le pouvoir d’offrir son corps pour que nous soyons rassemblés en un seul corps par son Esprit Saint. Et de plus, Jésus a donné à ses Apôtres et à leurs successeurs (évêques et prêtres) le pouvoir de remettre les péchés par l’institution du sacrement de la pénitence dans son Église pour que les chrétiens qui tombent dans le péché (ce qu’on a dit plus haut : péché actuel), après leur baptême, soient réconciliés avec Dieu par une grâce renouvelée. Selon Saint Ambroise l’Église a l’eau et les larmes : l’eau du baptême, les larmes de la pénitence.

Les différents noms de ce sacrement : conversion, pénitence, pardon et réconciliation.

Chacun de ces mots peut, d’une certaine façon, être utilisé pour désigner la réalité en cause, mais il faut cependant noter qu’aucun, à lui seul, ne peut l’exprimer de façon adéquate.

Conversion, marque d’abord le changement radical d’orientation de toute la vie.

Pénitence exprime l’ensemble des actes de l’homme par lesquels ce changement d’orientation s’opère et fructifie tout au long de la vie.

Pardon renvoie à l’initiative de Dieu qui fait miséricorde.

Réconciliation désigne surtout le but et le résultat de tout le processus : l’amitié renouée entre Dieu et l’homme.

Enfin, qu’on l’appelle le sacrement de la pénitence, du pardon …….c’est un sacrement très important. Il m’enseigne à me regarder du point de vue de Dieu et m’oblige à être honnête envers moi-même. Il me conduit à l’humilité. Le curé d’Ars a dit une fois : « Vous pensez que cela n’a pas de sens d’obtenir l’absolution aujourd’hui, sachant que demain vous ferez de nouveau les mêmes péchés. Mais, – a-t-il dit – Dieu lui-même oublie en cet instant vos péchés de demain pour vous donner sa grâce aujourd’hui. »

Quand on va au confessionnal, on ne demande pas pardon au prêtre, mais bien à Dieu qui est présent juste là entre vous deux et c’est par le prêtre que le Seigneur pardonne et nous accorde l’absolution. Bien que cela soit nécessaire pour les pêchés mortels, il est tout de même préférable d’aller se confesser même pour les pêchés véniels car un pêché reste un pêché qui blesse Dieu, nous éloigne de Dieu et noircit notre âme.

Les éléments essentiels de la pénitence

1)- La contrition qui est le regret du péché commis : c’est quand la personne se met à évaluer, à juger et à régler sa vie en étant touchée par la sainteté et la charité de Dieu.

2)- La confession, c’est lorsque la personne, après avoir examiné sa conscience, reconnaît sa faute. Par la confession, le pénitent ouvre son cœur au ministre qui exerce un jugement spirituel au nom du Christ, en vertu du pouvoir des clés qui lui a été remis pour remettre ou retenir les péchés.

3)- La satisfaction, elle, est un remède qui aide le pénitent à sortir du péché et renouveler sa vie. C’est ainsi que le pénitent, oubliant ce qui est derrière lui, s’insère à nouveau dans le mystère du salut et s’élance vers l’avenir.

4)- L’absolution : Dieu accorde son pardon, par le signe de l’absolution, au pécheur qui manifeste sa conversion au ministre de l’Église.

Retenons les différentes formes d’absolution :

  • La réconciliation individuelle,
  • La célébration communautaire avec confession et absolution individuelles,
  • La célébration communautaire avec confession et absolution collectives.

En guise de conclusion : Saint Jacques élargit le cadre de la confession. Au chapitre 5, il est dit clairement que nous devons nous confesser les uns aux autres. En plus, celui qui encourage les autres à la confession, trouvera pardon même pour ses péchés (19-20).

Matthieu nous invite à pardonner aux autres si nous voulons trouver le pardon pour nos péchés. Il nous dit encore que nos offrandes n’ont pas de valeur, si d’abord il n’y a pas de réconciliation entre nous (Mt 5, 23-24).

N.B La vie n’est possible que si nous savons pardonner, nous réconcilier avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Le sacrement de réconciliation nous invite à reconnaître que l’amour de Dieu permet de dépasser les conflits.

Sources :

Le pardon de Dieu : préparation et célébration du sacrement de la réconciliation, Frère Bernard-Marie,
Célébrer la pénitence et la réconciliation, nouveau rituel,
Traduction œcuménique de la Bible, Société biblique française.

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