La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre : l’histoire d’un vœu national

Baslique Montmartre

Mgr Jean Laverton
Recteur de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre et Vicaire épiscopal pour le catéchuménat

La basilique du Sacré-Cœur est située au sommet de la colline de Montmartre, sur la rive droite de la Seine à Paris. C’est là qu’au début du IIIe siècle, les premiers chrétiens de Paris avec leur évêque saint Denis versèrent leur sang pour leur foi, donnant ainsi à cette colline son nom actuel de « Mont des Martyrs ». Lieu de pèlerinage à travers les siècles, il accueille de nos jours 11,5 millions de visiteurs chaque année. Mais trop peu connaissent véritablement l’histoire de ce sanctuaire de la Miséricorde divine et de l’Adoration eucharistique où jour et nuit le Seigneur est prié…

Un lieu de martyre. Nous sommes sur la colline de Montmartre. Ici, au IIIe siècle, ont été martyrisés les premiers chrétiens de Paris : saint Denis, premier évêque de Paris, et ses compagnons Éleuthère et Rustique. Montmartre est le « mont des martyrs ». « C’est ici que sont les martyrs, c’est ici que le Sacré-Cœur doit régner… » (Cardinal Guibert). Ce lieu du martyre a été pendant des siècles, et est encore aujourd’hui, un lieu de pèlerinage de tous les membres du peuple de Dieu ; des saints aux souverains, beaucoup sont venus prier sur cette terre. Vers 475, sainte Geneviève décida le peuple parisien à élever une chapelle sur le lieu où saint Denis fut martyrisé. La chapelle primitive tombait en ruine au IXe siècle. Elle fut reconstruite à cette époque, la colline de Montmartre étant un lieu de pèlerinage extrêmement fréquenté. Du XIIe siècle à la Révolution française, c’est un monastère de Sœurs bénédictines dédié à la Vierge Marie qui occupait la colline. On en garde la trace aujourd’hui par les noms du métro et de la rue « des abbesses », ainsi que par les noms des rues Rochechouart, la Tour d’Auvergne…, qui étaient les noms des abbesses de ce monastère. Il en reste également l’église Saint-Pierre de Montmartre, dans laquelle se développera plus tard une dévotion à Notre-Dame de Beauté. Au XVIe siècle, saint Ignace de Loyola, saint François-Xavier et saint Pierre Favre feront, en ce lieu, les premiers vœux fondateurs de la « Compagnie de Jésus ».

Un vœu à l’origine d’une construction
. Puis en 1870, dans un contexte très difficile lié à la défaite dans la guerre entre la France et la Prusse, à une crise économique et à la prise des États pontificaux par le royaume d’Italie, deux jeunes pères de famille, Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury, font un vœu au Sacré-Cœur. Un vœu que l’on dira « national » car pour eux, les malheurs de la France ont leur source dans des causes spirituelles plutôt que politiques. Les deux hommes sont eux-mêmes disciples de Frédéric Ozanam, ce bienheureux qui, entre autres, fonda les conférences Saint-Vincent de Paul pour l’aide aux plus pauvres. Par la suite, faisant part à des prêtres et à des évêques de ce vœu au Christ, ils ont voulu qu’il soit inscrit dans la pierre par la construction d’une église qui serait le signe de la présence de l’amour et de la Miséricorde de Dieu pour tous les hommes. En janvier 1872, le Cardinal Joseph Hippolyte Guibert, archevêque de Paris (qui donnera lui aussi son nom à une rue du quartier, descendant du parvis de la basilique), approuve ce vœu et choisit Montmartre. C’est ainsi que naît le désir de construire la basilique du Sacré-Cœur. L’Assemblée nationale, dominée par une majorité conservatrice, soutient le « vœu de Montmartre » et décrète le projet d’utilité publique le 24 juillet 1873. On indique souvent que la basilique a été construite en expiation contre les crimes de la Commune de Paris (mars à mai 1871), mais c’est historiquement inexact : le vœu de Legentil et Rohault de Fleury date d’avant la Commune et le texte de l’Assemblée nationale n’en parle pas. S’en suivent quarante années de générosité matérielle et d’élan spirituel pour bâtir ce qui deviendra un très grand sanctuaire, mais ne sera consacré qu’en 1919.

Une architecture originale. Vainqueur d’un concours attirant 78 projets différents, l’architecte Paul Abadie (1812-1884) choisit d’ériger une basilique romano-byzantine présentant un plan en croix grecque (carrée) et non en croix latine (allongée). L’édifice n’est pas orienté vers l’Est, mais vers le Nord, dans un alignement parfait avec la cathédrale Notre-Dame de Paris ; sa longueur est de 85 mètres, sur 35 mètres de large. La croisée du transept est surmontée d’une coupole de 16 mètres de diamètre. Avant la construction de la Tour Eiffel, le sommet du dôme (83 mètres) était le point le plus élevé de la capitale. Devant la basilique est placée une grande tour carrée qui comprend depuis 1895 la plus grosse cloche de France, la Savoyarde (près de 19 tonnes), fondue à Annecy (Haute-Savoie) par les ateliers Paccard. Dans l’abside se situe la plus grande mosaïque de France, représentant le Sacré-Cœur de Jésus honoré par la France (« Au Cœur très saint de Jésus, la France fervente, pénitente et reconnaissante »). Pour toute cette construction, ont été récoltés 46 millions de francs, donnés par 10 millions de personnes.

La visite de grands saints. Au cours de cette histoire – assez brève puisque nous fêterons l’an prochain seulement le centenaire de la consécration de la basilique : 1919-2019 – quatre grands saints honoreront le lieu de leur présence : sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui participa, dans la crypte de la basilique, à la messe d’ouverture de son pèlerinage vers Rome, le bienheureux Charles de Foucauld qui est venu y vivre des nuits d’Adoration, le saint pape Jean XXIII qui aimait beaucoup venir prier et célébrer la messe dans la basilique lorsqu’il était nonce apostolique à Paris entre 1944 et 1953, et enfin le saint pape Jean-Paul II qui, lors de son premier voyage à Paris en 1980, a tenu absolument à venir au Sacré-Cœur de Montmartre. Après avoir longuement adoré le Saint-Sacrement, il unira, dans une belle allocution, les trois titres de la basilique : basilique du Sacré-Cœur, sanctuaire de l’Adoration eucharistique et de la Miséricorde divine – ces trois titres qui expriment le même mystère de l’amour du Christ donné, offert à tous les hommes. Nous avons la grâce d’avoir depuis lors, une relique de saint Jean-Paul II dans la basilique.

La basilique aujourd’hui.
Selon les chiffres de la ville de Paris, la basilique, accessible après avoir gravi 270 marches, est le deuxième lieu le plus visité de la capitale avec 11,5 millions de visiteurs, après la cathédrale Notre-Dame, mais avant le Louvre et la Tour Eiffel ! Il y a aujourd’hui dix prêtres qui y exercent leur ministère, 14 Sœurs bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre (congrégation née en 1898 de l’intuition d’Adèle Garnier, devenue Mère Marie de Saint-Pierre, et revenue à Montmartre en 1995), les membres du personnel et de nombreux bénévoles. Grâce à l’hôtellerie Ephrem, la basilique est aujourd’hui un grand lieu d’accueil, de prière et de formation. La maison d’accueil dispose en effet de 52 chambres et de 180 lits (chambres et dortoirs), et de plusieurs salles de conférences ainsi que de salles à manger. Tous les jours ont lieu des retraites, des pèlerinages, des sessions… Ce sont aussi sept heures de confessions, quatre messes et quatre offices chaque jour. Et au cœur de tout cela, l’Adoration eucharistique qui a lieu sans interruption, de jour comme de nuit depuis 1885 ! En ce lieu marqué depuis les premiers siècles par la foi, la prière et le sang des chrétiens, nous sommes invités à rejoindre cette fidélité et cette confiance qui font monter une longue prière ininterrompue pour le monde et pour l’Église.

Nous sommes invités à entrer dans le cœur à cœur avec le Cœur du Christ : « Entrer dans une histoire pour poursuivre le chemin, entrer dans un cœur à cœur avec le Christ pour vivre de lui et annoncer son amour. » Venons présenter au Seigneur, dans l’adoration, nos personnes et nos intentions pour rendre grâce, pour intercéder, pour confier. Le Christ, les bras grands ouverts, nous accueille tous, tels que nous sommes, avec l’histoire et le poids de nos vies, pour nous redire toujours sa Miséricorde, pour nous donner son amour et sa vie, pour nous conduire comme des fils vers la joie du Père.

Article publié par "Notre Histoire avec Marie"

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