Installation du Père Yves Poilvet

Plounévez-Quintin, 22 septembre à 18h30, installation de notre nouveau curé, l'abbé Yves Poilvet, par Mgr Denis Moutel dans une église comble.

Après la remise des clefs de l'église par Madame le Maire, c'est au tour des responsables d'EAP, Christian Rault, Jean-Pierre Flamery et René Le Meur  de présenter leur paroisse à "aotrou person".

Ensuite, ce fût la présentation et "l'installation" du Père Yves Poilvet par Mgr Moutel et la nomination du Père Jean Bernard co-responsable de la paroisse.

Chorales et musiciens ont animé la messe concélébrée par Mgr Moutel, Le Père Yves, le Père Jean Bernard et le Père Peter Webb.

Après cette belle cérémonie, tout le monde s'est retrouvé à la salle des fêtes pour un moment de convivialité.

Le mot de René Le Meur

                              Aotrou Person, Monsieur le curé, « faut qu’on se parle » !

Nous ne savons pas encore vraiment Yves si vous avez le pied marin. Mais, peu importe, autant vous le dire de suite, ici, nous avons besoin de nos deux pieds pour marcher à travers une si belle campagne. Seulement, tout n’est pas plat. Autant de côtes que de descentes, tant et si bien, qu’à vélo, les promenades ne sont pas forcément de tout repos. Je ne sais pas vraiment pourquoi je vous parle de vélo, peut- être à cause de la limitation de vitesse à 80 km/h, juste pour vous prévenir qu’ici aussi les panneaux connaissent le 80, le 50 et même ici à PLOUNEVEZ-QUINTIN le 30 km/h. A cette allure, vous verrez s’enchaîner de vertes prairies à l’herbe bien grasse et des champs de monocultures (maïs, blé, haricots, petit pois, colza, pommes de terre). De beaux troupeaux, principalement de vaches laitières, savent dire, à qui veut bien le comprendre, que le travail est bien fait. Prenez un peu de temps le mardi par exemple pour fréquenter le marché de Rostrenen et vous y rencontrerez la diversité des populations qui habitent à la fois en pays Plinn, Fisel, Kost ar Houet.  Vous voilà averti, vous allez devoir, Monsieur le curé, vous mettre au breton. Un conseil, demandez donc à notre évêque, il y a pris goût me semble-t-il !

Nous sommes tous ici pratiquement fils ou petits-fils de paysans. Et puis progressivement nous avons « mal tourné » et sommes devenus enseignants, banquiers, infirmiers, agents hospitaliers, artisans, commerçants, employés dans l’agroalimentaire ou la distribution ... et toujours terriblement attachés à notre terre. Nous avons vraiment su tirer le meilleur profit de nos établissements scolaires qui jouissent de bonnes réputations et qui  permettent sur notre territoire d’être scolarisés dès l’âge de 2 ans et jusqu’aux filières post bac. Ecoles catholiques et publiques sont encore nombreuses avec cependant des fragilités qui s’accentuent du fait d’une démographie montrant peu de naissances et un trop grand nombre de décès.

Nous résistons cependant ! Nous sommes de fortes têtes vous savez, au caractère bien trempé, parfois impulsifs, coléreux à l’occasion. Mais rassurez-vous, nous sommes aussi fidèles et loyaux. Celui qui souffre ou est isolé a le droit, chez nous, d’être visité. Celui qui a faim ou soif trouvera une association ou un voisin pour l’aider. Celui qui est accusé à tort sera défendu … Nos engagements politiques ont ainsi pu être radicaux et s’ils sont aujourd’hui plus apaisés ceci n’évite pas quelques méconnaissances et clichés un peu rapides. Comprenez donc que nous sommes un peu entiers mais avec du cœur. Tout devrait bien se passer Monsieur le curé. Ainsi s’écoulent nos vies entre cloches de baptêmes et glas du dernier voyage. L’église demeure toujours au centre du village.

« Et Dieu dans tout cela ? » comme l’aurait fait remarquer un certain Jacques Chancel dans son émission télévisée, il est vrai un peu ancienne, « Le grand échiquier » ! Eh bien, ça ne va pas très fort. Si, si, rassurez-vous, aux dernières nouvelles, le Bon Dieu va bien, ce sont plutôt ses ouailles qui se raréfient. Voyez, comme un coup de mou, une baisse de régime. Encore que, il faudrait les compter en utilisant les bonnes mesures ! En effet, nos églises ne sont pas très pleines et la prière pour les absents est fort utile. Combien sommes-nous ? Quelques centaines tout au plus, 2%, 3%, 5% pour les optimistes ? Et pourtant les personnes de bonne volonté sont nombreuses. Il suffirait d’un pas de plus, juste un pas. Que d’associations caritatives ou humanitaires, que d’associations culturelles, que de clubs sportifs … avec un même dénominateur commun, celui de l’engagement, du don, du dépassement. Oui un pas, juste un pas suffirait.

Nous avons sans doute à oser d’avantage, à ne pas nous contenter de rites mais aussi à saisir toutes les occasions pour exprimer une parole, serait-elle dérangeante. Les périphéries ne sont pas si lointaines. Nos positions sont attendues et discutées, appréciées souvent. Nos participations aux combats de ce monde et de ce temps sont légitimes et reconnues. Risquons-nous, engageons le débat, argumentons nos choix au nom de notre foi. En un mot, devenons encore meilleur en communication !

Nos ancêtres ont scellé à jamais leur espérance au creux même de la pierre. Le granit a accepté d’être travaillé et de devenir dentelle. Vous le verrez, de la plus petite des chapelles jusqu’à la plus majestueuse de nos églises, il y a assurément de la sueur d’hommes là-dedans. Quand, aux jours de pardons nous sortons croix, bannières et statues, c’est tout un peuple qui revient à la source. Pèlerins aux pas chargés, vous voilà frères de St Yves, St Colomban, St Pierre (Sant Per), Ste Madeleine, St Bonaventure (Sant Venter), Ste Christine, St Claude, Ste Catherine, St Gilles, St Ignace, St Gildas (Sant Gweltas), St Eloi, St Maurice, St Germain, St Michel, St Jean, St Jean Baptiste, St Antoine, Ste Anne (Santez Anna), St Cornély, St Julien, St Ygeaux, Ste Tréphine, St Trémeur, St Louis, St Abibon (Sant Dibouan), le Bienheureux Père Maunoir, Ste Apolline, St Roch qui promène son chien… Excusez-nous, je crois bien que St Denis (Sant Denez), nous n’avons pas en magasin !  La liste ne saurait être complète, et toujours, Marie (Itron Varia), la première en chemin. Le feu du tantad réchauffe et purifie, il est alors des pas qui s’allègent. Musiques, repas et verre de l’amitié font le reste. Et le reste est important !

N’oublions pas de vous signaler aussi la chance inouïe qui est la nôtre : 2 communautés de religieuses sont encore implantées sur nos paroisses, nos très chères sœurs Filles du Saint Esprit à ROSTRENEN et nos non moins très chères sœurs Augustines à GOUAREC. Héritières de tant et tant de femmes au service des plus pauvres, proches des malades, consolatrices des affligés,  fondatrices de tant d’écoles… Nous sommes tous descendants de ces enracinements. Nous avons encore tellement à apprendre de nos fondateurs. Soyons aussi heureux de la présence fraternelle du village St Joseph. Nos amis et frères ont, eux aussi, tant à nous apprendre.

Vous voilà donc prévenu, le tableau est comment dire, à la fois un peu daté et moderne, pour le moins contrasté. Je ne suis pas très sûr de la valeur marchande du tableau mais je crois connaître un peu le poids de ses valeurs. Des ombres et des lumières, quelques touches singulières, des tâches et des réussites, des recommencements souvent. Nous ne vous promettons pas de savoir tenir la barre et de hisser les voiles, décidément pour nous le pied marin c’est compliqué. Nous tacherons cependant d’être à la hauteur de notre réputation : fiers, durs et tendres à la fois. Nous pourrons plus facilement tenir la charrue et tracer le sillon. La terre est ici profonde et attend que le grain y soit semé.

Quand nous nous connaîtrons un peu mieux Yves, Monsieur le curé, Aotrou Person, quand nous nous connaîtrons un peu mieux, c’est sûr, on pourra se le dire que, vraiment, c’était bien, c’était chouette.

Alors, dès à présent soyez totalement chez vous. Défaites sans crainte vos valises, chaussez vos meilleures chaussures de marche. Le travail ne manque pas. Il reste des ponts à construire, du pain à pétrir et des pas de danses à enchaîner. Voyez, tout va bien, mais oui, ça va le faire, la Cornouaille vous accueille. St Corentin est bien là, un peu à l’écart et mal éclairé certes, mais il lui reste une large part de poisson à partager.

Itron Varia, Mamm Santel da Zoue, hon Mamm, Mamm hon Salver, pedit evidomp.

René LE MEUR

Homélie de Mgr Denis Moutel

Eglise de Plounevez-Quintin : samedi 22 septembre 2018

Homélie pour l’installation de l’Abbé Yves POILVET

« De quoi discutiez-vous en chemin ? » C’est la question que Jésus pose à ses disciples quand ils arrivent à Capharnaüm. Il sont dans la maison : c’est le lieu de l’intimité, c’est le moment des confidences. Après la fatigue et l’agitation de la route, Jésus va pouvoir dire des choses essentielles à ceux qu’il a appelés à le suivre.

De quoi discutiez-vous en chemin ? La réponse se fait attendre ... silence gêné. Ils ont bien discuté en effet, mais pour savoir qui était le plus grand.

Devant le silence de ses disciples, Jésus prend le relais : « si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Et comme pour donner plus de force à cette parole il place au milieu d’eux un enfant. Jésus met le plus petit au cœur des préoccupations des disciples.

Accueillir Jésus comme celui qui s’est identifié aux petits …

On attendait un Messie puissant et déterminé qui ferait enfin droit aux désirs d’un règne trop humain, d’une sortie par la force des humiliations subies sous l’occupation romaine. On attendait un Messie qui ferait nettement le tri entre les justes et les pécheurs.

Jésus est déroutant puisqu’il ne fait ni l’un ni l’autre : Il guérit des étrangers, et même le serviteur d’un centurion romain, il fréquente les pécheurs et les appelle à prendre leur place, à changer leur vie.

On peut reconnaître Jésus dans la figure du Juste dont nous parle le livre de la Sagesse : il surprend et déçoit ceux qui sont trop sûrs d’eux-mêmes. Il dérange et la meilleure façon de le faire taire c’est de l’éliminer : « Attirons le juste dans un piège puisqu’il nous contrarie. ».

La vérité de Jésus et de sa mission se dira dans sa Passion, sur la croix : il s’identifie au plus petit, au plus méprisé des hommes. Voilà le cœur de l’Evangile : le Royaume de Dieu est donné gratuitement à tous sans tenir compte de la perfection des mérites.

Nous sommes ces petits dont Jésus se fait proche.

Nous pouvons reconnaître en nous mêmes ce qui est petit, pauvre et fragile. C’est parfois difficile car nous sommes dans un monde de forts, assez impitoyable pour ce qui n’est pas parfait, la société du « 0 défaut ». Accepter ses fragilités, c’est important, non pas pour s’y complaire, mais en pensant que Dieu nous aime, même et surtout lorsque nous sommes affaiblis, éprouvés, parfois loin de lui.

Cher Yves, et vous aussi chers paroissiens, et moi avec vous, nous sommes appelés à l’humilité : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » C’est la vertu de l’écoute qui nous fait entrer dans cette attitude du service : apprendre à nous écouter les uns les autres, afin qu’ensemble nous puissions mieux écouter le Seigneur et comprendre ce qu’il nous demande.

Ainsi, nous comprenons, petit à petit car cela demande du temps, que nous n’avons pas la solution, que nous ne sommes pas seuls et qu’il convient de rechercher toujours de nouveaux talents, de nouveaux ouvriers pour l’Evangile, même si nous avons parfois le sentiment qu’ils sont rares.

Etre petit à la manière de Jésus, cela nous permet aussi de ne pas nous décourager. Même là où n’avons pas réussi à nous renouveler, il est présent, il connaît nos attentes et il agit dans le secret. Se faire le serviteur de tous, c’est mettre sa confiance en Dieu qui agit bien au-delà de ce que nous osons imaginer, c’est demander chaque jour la force d’avancer, « le pain de ce jour », la présence aimante du Ressuscité qui nous accompagne.

Le ministère du prêtre est le signe, le sacrement de cette proximité du Christ.

Nous ne pouvons pas nous en passer. C’est pourquoi je suis toujours heureux de présenter un prêtre. Ce qu’il a à vous donner ne vient pas de lui mais du Christ, dans sa Parole et ses sacrements. Ce qu’il a à vous donner ne vient pas remplacer tout ce que vous avez, vous-mêmes, à vivre et à donner en raison de votre baptême. C’est une fausse idée de penser que le ministère du prêtre pourrait éteindre la vocation des baptisés, il la stimule au contraire. C’est pourquoi, je vous invite d’abord à vous réjouir et à entrer ensuite, sereinement et dans un esprit fraternel, dans des collaborations fécondes.

Enfin, puisque dans sa « Lettre au Peuple de Dieu » le pape François a appelé tous les chrétiens à un renouveau spirituel, à une conversion, je vous invite vraiment à vivre cet appel avec les prêtres : ne les mettez pas sur un piédestal, ne les mettez-pas non plus dans le fossé. Soyez simplement pour eux et avec eux des frères et sœurs, dans l’amitié et la simplicité. Vivez en enfants de lumière !

+ Denis MOUTEL

évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

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