Cultivons notre jardin …

Le jardin du presbytère au début de l'été
Le jardin du presbytère au début de l'été

« Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat. » Cette phrase empreinte d’une certaine poésie se retrouve à maintes reprises dans le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux.

Elle m’est venue à l’esprit lorsque le père Jean Bernard a décidé, en début d’année, de ressusciter un jardin potager au presbytère de Rostrenen. En effet, si le presbytère reste spacieux, confortable et accueillant, le jardin, trop étendu, semblait en revanche souffrir quelque peu : c’est que les bénévoles ne peuvent plus faire face à toutes les tâches : entretien des pelouses, taille des haies…

Récemment Ouest-France a publié un portrait du père Olivier Le Roc’h, la quarantaine, ordonné prêtre en 2014, qui a servi trois ans dans le secteur de Cléguérec (56), après avoir travaillé comme jardinier et qui a créé plusieurs jardins notamment au séminaire de Rennes. Il fait remarquer : « 80 % des choses que je sais, je les ai apprises dans un jardin. »

 

Cela me refait penser aux fameux jardins de curé à la mode d’autrefois. Ces jardins sont à l’origine des jardins clos près de l’église et du presbytère, à vocation avant tout, utilitaire. Le jardin pouvait être celui d’un prêtre, d’un évêque ou d’une congrégation religieuse. Il avait pour objectif de pourvoir à la subsistance de quelques personnes en fournissant des légumes et des fruits. C’était donc à la base un jardin potager mais y poussaient également des fleurs pour la décoration de l’église. On dit aussi que dans certaines régions la vigne pouvait fournir le vin de messe.

Les grilles de mots croisés comportent souvent la définition : « jardin de curé (en 4 lettres) ». La réponse est évidemment « EDEN », ce paradis terrestre défini dans la Bible comme la demeure du premier couple humain et, par extension, c’est un lieu de délices orné par la nature où l’on vit dans l’innocence et la simplicité primitive dans un état de bonheur parfait.

Il n’est pas question de citer ici tous les bienfaits du jardinage pour la santé physique et mentale, mais l’exemple de l’abbé Guy de Coatpont est caractéristique. Il profitait de son jour de congé ou de temps libre pour s’évader de son bureau et rejoindre le potager qu’il avait créé dans le jardin attenant à la maison paroissiale de Plouguernével. Il précisait qu’après des rencontres parfois difficiles, notamment dans le cadre de sa mission d’exorciste, cette activité physique, au contact de la nature, était apaisante, diminuant le stress et évacuant ainsi les tracas quotidiens.

Voltaire, dans sa conclusion de Candide, nous exhorte « Il faut cultiver notre jardin » : s’il s’agit d’une métaphore signifiant qu’il faut améliorer  notre monde et le rendre meilleur, on peut aussi l’interpréter de manière plus littérale. Loin de moi l’idée de faire de Voltaire un écrivain chrétien, mais est-il si éloigné des idées du pape dans l’encyclique Laudato si « sur la sauvegarde de la maison commune » (c’est-à-dire de la Création) publiée en 2015. ?

Le pape François compare  le jardin d’Eden « au jardin du monde. » « Il est important de lire les textes bibliques et de se souvenir qu’ils nous invitent à cultiver et garder le jardin du monde (Cf. Gn II-15), garder signifie protéger, soigner, préserver.  Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures. »

 

Joël Le Biavant

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