La Bible et notre culture populaire (10)

LE NOUVEAU TESTAMENT

Saint Jean

 Avec son prologue sur le Verbe et ses symboles, c’est le plus théologique et le plus mystique des quatre Evangiles. L’Evangile selon saint Jean a été rédigé plus tardivement que les trois autres. Il ne contient pas de paraboles et mentionne moins d’évènements sur la vie du Christ, mais nous donne davantage de repères chronologiques, ce qui le place en complément des Evangiles synoptiques.

Son Evangile invite à faire un choix : soit rejeter Jésus et le projet de Dieu, soit croire en Lui et devenir un de ses disciples.

Saint Jean est aussi l’auteur de trois Epîtres, ainsi que de l’Apocalypse.

 

Attendre quelqu’un comme le Messie (4, 25-26)

C’est espérer la venue de quelqu’un avec impatience, comme une délivrance, comme un sauveur.

Cette expression, utilisée dès le 17ème siècle, tire son origine de l’Ancien Testament (Esaïe 61-1) « L’esprit de Dieu est sur moi. Le Seigneur, en effet, a fait de moi un Messie. »

Du temps de Jésus, la Galilée et la Judée étaient occupées par les Romains et les habitants attendaient avec impatience le libérateur promis par les prophéties depuis plusieurs siècles.

Lors de la rencontre avec Jésus, la Samaritaine lui dit : « Je sais qu’un Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ. Lorsqu’il viendra, il nous annoncera toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

 

Jeter la pierre (8, 7)

C’est adresser un reproche à quelqu’un ou élever contre lui une accusation, l’estimer condamnable, voire impardonnable.

Dans ce passage, une femme accusée d’adultère (délit puni de mort, la coupable était lapidée) est traînée au tribunal par des pharisiens hostiles à Jésus. Ils lui soumettent le cas, espérant le piéger. Si Jésus condamne la femme, il renie son idéal de miséricorde ; s’il l’absout, il prêche contre la loi. Dans les deux cas, il est perdant. Mais il use des armes de ses adversaires : Jésus rappelle les dispositions légales obligeant les accusateurs à jeter eux-mêmes les premières pierres sur l’accusée et conclut par le célèbre : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. » Tous s’en vont «  à commencer par les plus vieux » qui ont probablement accumulé le plus de péchés. En déplaçant le problème, Jésus apparaît comme celui dont le regard ne condamne jamais.

 

Avoir le diable au corps (8, 44)

Ne plus se contrôler, ne pas pouvoir s’empêcher de faire des choses nuisibles aux autres et à soi-même.

Cette expression prend racine dans les croyances populaires qui attribuent au diable des pouvoirs extraordinaires. A partir du 20ème siècle cette formule a une connotation plus érotique (Cf. le roman de Raymond Radiguet : Le diable au corps).

L’expression évoque le fait de ne pas pouvoir se contrôler comme dans le cas d’une possession.

« Vous avez pour père le diable et vous avez la volonté de réaliser les désirs de votre père. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. »

 

Aimez-vous les uns les autres (13, 34-35)

Ce « commandement » est donné par Jésus à un moment crucial de son existence, lors du dernier repas, à l’occasion de son discours d’adieu.

Ce thème de l’amour traverse tout le Nouveau Testament et plus particulièrement l’Évangile de Jean qualifié « d’Évangile de l’amour ».

« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. A ceci tous vous reconnaîtront comme mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »

De même dans sa première lettre (4, 7) Jean dit « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres car l’amour vient de Dieu. »

 

Pleurer comme une Madeleine (12, 3)

« Noli me tangere » de Fra Angelico

Notez bien la majuscule pour dissiper tout malentendu. Cette expression n’a rien à voir avec la célèbre madeleine de Proust, faisant ressurgir de notre mémoire de lointains souvenirs souvent chargés d’émotion.

Cette expression signifie : pleurer abondamment, à chaudes larmes.

La figure de Marie Madeleine serait inspirée de trois personnages des Évangiles :

  • Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare.

« Marie, cette femme qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et les essuya avec ses cheveux. » (Jean 12, 3)

  • Marie de Magdala du « Noli me tangere » (ne me touche pas), la première à qui apparaît le Christ ressuscité. (Marc 16, 9) « Après que Jésus eut passé de la mort à la vie, tôt le dimanche matin, il se montra d’abord à Marie de Magdala. »
  • Une anonyme qui lava les pieds de Jésus et l’oignit de parfum lors du repas chez Simon. (Luc 7, 37)

« Elle pleurait et se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus puis elle les essuya avec ses cheveux, les embrassa et répandit le parfum sur eux. »

Le pape Grégoire le Grand, en 591, les réunit sous une seule figure : celle de Marie Madeleine.

La tradition populaire en fera la femme pécheresse qui se repend.

 

Être comme saint Thomas (20, 2-28)

Cette expression signifie ne croire que ce que l’on a vu de ses propres yeux, en demandant des preuves. C’est ainsi que Thomas, absent lors d’une apparition du Christ, ne croit pas ses amis apôtres lorsqu’ils lui relatent la résurrection. Il réclame des preuves tangibles : toucher les stigmates sur le corps du Christ.

Jésus dit à Thomas : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et devient un homme de foi. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Jésus reprit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru : bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

 

Joël Le Biavant

Les articles précédents sur le même sujet:

La Bible et notre culture populaire (1)

La Bible et notre culture populaire (2)

La Bible et notre culture populaire (3)

La Bible et notre culture populaire (4)

La Bible et notre culture populaire (5)

La Bible et notre culture populaire (6)

La Bible et notre culture populaire (7)

La Bible et notre culture populaire (8)

La Bible et notre culture populaire (9)

 

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