Abbé Jean Le Hénaff, témoignage…

Abbé Jean Le HénaffVous pouvez rencontrer l’abbé Jean le Hénaff, « rostrenoisement » connu, arpentant les rues de notre petite cité ou s’arrêtant volontiers pour y converser avec les habitants. Cet homme affable et communicatif a naturellement répondu à nos questions.

Parlez-nous de votre enfance :

Je suis né à Rostrenen, en 1930, au 35 rue de la Marne. Issu d’une famille de bouchers très unie, nous étions cinq  enfants très fiers de notre foi mais élevés dans le respect des opinions des autres. Mes tantes qui habitaient à proximité étaient toujours prêtes à rendre service.

L’une d’elles, ancienne directrice d’école, était responsable du patronage dont l’une des activités était le théâtre ; petit, j’ai été imprégné de musique, de peinture et de lectures.

Au théâtre, s’il y avait un rôle d’enfant, j’étais embauché !!!  J’ai eu la chance de côtoyer des acteurs de talent. Le jeudi c’était le patronage avec l’abbé Yvon Motreff et chaque semaine j’allais à la chorale avec l’abbé Marcel Trubuil.

J’ai 10 ans : c’est l’arrivée des Allemands. L’ambiance est différente suivant les unités. Des souvenirs précis me reviennent en mémoire : je revois leur cuisine roulante dans la cour du collège de Campostal. Les cours étaient assurés en ville, dans des hangars, moi j’étais chez le menuisier.

Une autre fois, je me souviens que Les Russes blancs à cheval ont démoli les cloisons pour y mettre leurs montures.

Je me souviens aussi de l’épisode tragique des pendus en 1944, l’un place de la République, l’autre près du cimetière.

Quand et comment vous est venue votre vocation de prêtre ?

En troisième à Campostal, ma mère m’a dit : « on a besoin de toi à la maison ». Mon père est malade, mon frère est à l’armée. Passant ainsi de l’adolescence à l’âge adulte, je me suis retrouvé boucher dont l’une des tâches était le travail à l’abattoir avec douze bouchers du canton qui m’ont beaucoup aidé.

J’avais en tête de reprendre un jour mes études : tout en travaillant, chaque semaine je poursuivais les devoirs chez ma tante pour entretenir mes connaissances en latin et anglais et suivais également les cours d’apprentissage à l’école publique grâce à la disponibilité du directeur le jeudi, normalement jour de son congé.

J’ai eu la chance de faire partie d’un groupe de J.O.C. en lien avec la fédération de Saint-Brieuc.

Je me rendais compte que certains étaient loin de l’Evangile.

Quand mon frère est revenu du service, je réfléchis sur mon avenir. Vais-je aller à Paris ? Le pardon du 15 août a déclenché la décision : « Je serai prêtre ».

Je me retrouve aux « vocations tardives » pendant trois ans, puis en philo à Quintin et je rentre au grand séminaire à Saint-Brieuc.

Quel est votre parcours depuis votre ordination ?

J’ai été ordonné à Rostrenen en 1959 alors que l’abbé Job Le Fell était ordonné la même année comme diacre. C’est la première et seule ordination qui ait eu lieu dans notre collégiale.

Pour mon premier poste, j’ai été nommé à Perros-Guirec où, avec trois autres prêtres, j’ai la charge du quartier du port. J’y découvre le « monde » des pêcheurs, nombreux à cette époque. Après une sortie en mer, au retour, on me disait «  ce soir tu viens manger à la maison », ainsi je pénètre dans ce milieu rude et attachant.

Perros c’est aussi le tourisme en juillet et août.

Déjà la pastorale du tourisme y tient une place importante, il s’agit de vivre l’Evangile. Le grand pardon de la Clarté qui, avec Rostrenen, était l’un des plus importants du diocèse, se tenait sur le tertre face à la mer.

Après Perros, je suis nommé à Guingamp où je reste 18 ans. C’est une grande paroisse avec trois lieux de culte dont la basilique de Notre-Dame de Bon-Secours. Affecté au quartier Sainte Bernadette, j’ai appris à travailler avec les autres prêtres (nous nous retrouvions trois jours par trimestre) et également avec les laïcs et les religieuses. Ce travail en équipe a été pour moi source de joies et d’espérance.

Nous avions la charge de gros quartiers et beaucoup d’engagements.

J’habitais dans la cité des « Castors » où  étaient logées 115 familles. Ce quartier a été construit dans les années 50 pour faire face à la pénurie de logements. Après la découverte du monde marin à Perros, voici que je découvre le « monde ouvrier » : les cheminots notamment car il y avait transbordement sur la ligne de Carhaix, le milieu hospitalier, le personnel de la poste, nombreux avant l’automatisation. J’ai connu dans ce quartier beaucoup de mobilisation et de solidarité. Nous étions déjà fidèles à l’esprit de notre pape François qui nous invite à aller vers les périphéries.

La grande chapelle du quartier est un espace important où se déroulaient toutes les cérémonies.

A Guingamp je découvre aussi le monde du sport et l’importance du rôle du dirigeant. Aumônier du stade omnisports Charles de Blois, je côtoie 200 joueurs et trente dirigeants dont j’apprécie le bénévolat très engagé.

Dans le même temps je suis en relation avec joueurs et dirigeants d’« En Avant ».

Je me pose la question : «  Comment briser les murs et les méconnaissances ? » Je me dis qu’avec le temps et un dialogue constant, tout peut s’arranger.

Je m’investis comme directeur d’une importante colonie de 250 personnes. Le même problème se pose… Une rencontre entre directeurs permet cette connaissance. J’appelle alors cela l’Evangile dans toute la vie.

Mon meilleur souvenir : l’équipe de préparation au mariage très soudée, variée, compétente où les réunions commençaient par une lecture de l’Evangile.

Ma carrière se poursuit à Belle-Isle-en-Terre où je reste 6 ans. C’est un changement radical, je reviens à la nature et y côtoie le monde rural.

Mon dernier poste : la paroisse de Gouarec pendant 16 ans. J’y découvre dans les relais des équipes d’hommes et de femmes engagés, une E.A.P., un solide conseil paroissial et l’excellente collaboration de la communauté des Augustines.

Avec l’abbé Burlot nous profitons toujours des fêtes pour rassembler les relais : l’Avent, le carême, les grands pardons de Karmez et de Bon-Repos.

A l’abbaye de Bon-Repos je suis arrivé après les fêtes du huit centième anniversaire. Ensuite le pardon de Bon-Repos a repris de l’importance.

Je faisais partie de l’association de restauration de l’abbaye. A chaque réunion l’équipe s’attelait à prévoir la reconstruction par tranches. Il y avait beaucoup de projets. Certains ont dû être abandonnés. D’autres ont fleuri, adaptés à notre monde. Je pense qu’aujourd’hui il y a une « âme » dans cette abbaye.

Comment vivez-vous votre retraite ?  

Je considère que le temps de la retraite consiste à s’adonner aux activités que l’on n’a pu pratiquer auparavant. Il faut prendre le temps de vivre et trouver l’art de vivre. On m’a souvent posé la question : « Est-ce que vous vous ennuyez ? » C’est d’ailleurs la question fréquemment posée aux retraités. A Rostrenen je retrouve avec grand plaisir les lieux de mon enfance pour les promenades, les rencontres avec les amis. Je fréquente le cinéma, la médiathèque, je suis un grand lecteur. Chaque semaine je participe à la vie du club des aînés (club du Bon Accueil). Chaque jeudi au presbytère je retrouve mes confrères prêtres. Suivant les demandes, je célèbre au long séjour, en maisons de retraite et quelquefois en paroisse.

Grâce à Internet je garde des contacts avec la famille. J’assiste aux matchs de foot et j’encourage les jeunes le samedi à l’entraînement de l’athlétisme (ils ont de très bons résultats). J’admire toujours la compétence et le dévouement des responsables.

Récemment j’ai eu le plaisir de participer à la journée des anciens élèves de Campostal dont j’étais le doyen : Campostal, c’est ma jeunesse, c’est ma vie, c’est là que j’ai su ce que je devais faire. 

Pour conclure l’abbé Jean Le Hénaff cite trois phrases de l’Evangile :

« Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » (Luc 23, 43)

Jésus dit à Philippe : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jean 14, 9)

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jean 13,34)

 

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