50 ans après « Humanae vitae » : pourquoi Paul VI avait raison

Incomprise encore aujourd’hui, la condamnation de la mentalité contraceptive par l’Église se révèle prophétique avec le temps. Cinquante ans après sa publication, « Humanae vitae » est une clé de lecture saisissante pour comprendre les dégâts causés par la révolution sexuelle. Elle y donne aussi la réponse la plus appropriée.

25 juillet 1968 :

Paul VI promulgue la lettre encyclique Humanae Vitae sur le mariage et la régulation des naissances.

 

Elle sera rendue publique quatre jours plus tard.

Il avait compris avant tout le monde. L’affaire Weinstein et la polémique #MeToo, Gleeden et les sites Internet de rencontres extra-conjugales, le chantage des instances internationales pour imposer aux pays pauvres l’accès aux « droits sexuels et reproductifs », l’avènement de l’idéologie du gender et du transhumanisme… Paul VI avait tout prédit dans Humanae vitae. Relire le numéro 17 de son encyclique, un demi-siècle après sa parution, est un exercice saisissant (voir encadré ci-dessous). « Il est désormais devenu évident que tous les effets de l’utilisation de la contraception prévus par Paul VI se sont vérifiés », confirme Oana Gotia, professeur de théologie morale à l’Institut pontifical Jean-Paul II à Rome. « Humanae vitae peut, à juste titre, être déclarée prophétique. » Le pape François lui-même l’a admis à deux reprises. À Manille, aux Philippines, le 16 janvier 2015, lors de sa rencontre avec les familles : « Paul VI a vu cette menace de destruction de la famille par la privation d’enfants. Il a mis en garde ses brebis contre les loups qui arrivent. » Et un an plus tôt dans les colonnes du Corriere della Sera : « Sa génialité a été prophétique ! »

Un passage visionnaire

Extrait du numéro 17 d’Humanae vitae. « Que [les hommes] considèrent d’abord quelle voie large et facile ils ouvriraient ainsi à l’infidélité conjugale et à l’abaissement général de la moralité […]. On peut craindre aussi que l’homme en s’habituant à l’usage des pratiques anticonceptionnelles, ne finisse par perdre le respect de la femme et […] n’en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste, et non plus comme sa compagne respectée et aimée […]. Qu’on réfléchisse aussi à l’arme dangereuse que l’on viendrait à mettre ainsi aux mains d’autorités publiques peu soucieuses des exigences morales […]. Si donc on ne veut pas abandonner à l’arbitraire des hommes la mission d’engendrer la vie, il faut nécessairement reconnaître des limites infranchissables au pouvoir de l’homme sur son corps et sur ses fonctions. »

 

Une encyclique tellement prophétique qu’elle est devenue une clé de lecture pour comprendre notre époque. « Quand on réduit l’acte sexuel à un contact génital, sans chercher une profonde communion personnelle féconde avec l’autre, on finit inévitablement par vider les cœurs et par fragiliser la relation », déplore Oana Gotia . Conséquence : on cherche d’autres sources de sensations, ce qui ouvre la porte à l’infidélité, à la séparation et à l’instabilité des relations.

La relation homme-femme, justement, a été profondément marquée par l’essor de la mentalité  contraceptive. L’interdépendance et la complémentarité qui prévalaient entre l’homme et la femme ont laissé la place à la guerre des sexes. « Le “droit” à la contraception va toujours de pair avec les “droits des femmes” et leur combat pour “l’égalité” », explique Margaret Harper McCarthy, professeur d’anthropologie théologique à Washington. « Les hommes sont toujours moins responsables et les femmes, dont le modèle idéal est désormais celui du roman Cinquante nuances de Grey, sont toujours plus seules et agressives », poursuit Oana Gotia.

(Oana GOTIA, Docteur en théologie, professeur à l'Institut Pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille (Rome)

Antoine Pasquier
Famille Chrétienne N° 1978

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Le pape Jean-Paul II s’adressait aux participants à une rencontre d’études sur la procréation responsable, le 5 juin 1987.

Chers frères et sœurs,

1. Je vous salue chaleureusement et vous remercie de votre présence, et je suis heureux que le Centre d’études et de recherches sur la régulation naturelle de la fertilité de la faculté de médecine de l’université catholique du Sacré-Cœur ait organisé cette année une étude sur les questions relatives à la procréation responsable.

2. Votre engagement s’inscrit dans la mission de l’Eglise et y participe, en raison d’un souci pastoral qui est des plus urgent et important. Il s’agit d’assurer que les époux vivent leur mariage de manière sainte. Vous proposez de les aider dans leur voyage vers la sainteté, en vue de la pleine réalisation de leur vocation conjugale.

Il est bien connu que souvent – ainsi que l’a également relevé le concile Vatican II (cf. Gaudium et spes, 51,1) – l’une des principales inquiétudes auxquelles sont exposés les époux est constituée par la difficulté à réaliser dans leur vie conjugale la valeur éthique de la procréation responsable. Ce même concile fonde une juste solution à ce problème sur cette vérité : il ne peut y avoir de contradiction entre la loi divine concernant la transmission de la vie humaine et le véritable amour conjugal (cf. Gaudium et spes, 2). Parler d’un « conflit de valeurs ou de biens » et de la nécessité qui en découlerait de les « équilibrer », en choisissant l’un et en rejetant l’autre, n’est pas moralement correct et ne fait qu’engendrer la confusion dans la conscience des époux. La grâce du Christ donne aux époux la vraie capacité à accomplir la « vérité » entière de leur amour conjugal. Vous désirez témoigner concrètement de cette possibilité et ce faisant donner aux couples mariés une aide précieuse : celle de vivre dans la plénitude de leur communion conjugale. Nonobstant les difficultés que vous pouvez rencontrer, il est nécessaire de continuer avec un dévouement généreux.

. Les difficultés que vous rencontrez sont de diverses natures. La première, et en un certain sens, la plus grave, est que même dans la communauté chrétienne, on a entendu des voix – et on continue de les entendre – qui remettent en question la véracité de l’enseignement de l’Eglise. Cet enseignement a été vigoureusement affirmé par Vatican II, par l’encyclique Humanae vitae, par l’exhortation apostolique Familiaris consortio, et par la récente instruction Donum vitae. A cet égard, une grave responsabilité se fait jour : ceux qui se placent en contradiction ouverte par rapport à la loi de Dieu, authentiquement enseignée par l’Eglise, entraînent les époux sur un mauvais chemin. Rien de ce qu’enseigne l’Eglise sur la contraception n’appartient à une matière susceptible de libre discussion de la part des théologiens. Enseigner le contraire revient à induire en erreur la conscience morale des époux.

La deuxième difficulté est constituée par le fait que de nombreuses personnes pensent que l’enseignement chrétien, quoique vrai, serait cependant impossible à mettre en œuvre, au moins dans certaines circonstances. Comme la tradition de l’Eglise l’a constamment enseigné, Dieu ne commande pas l’impossible, mais tout commandement comporte aussi un don de grâce qui aide la liberté humaine à l’accomplir. Mais sont cependant nécessaires la prière constante, le recours fréquent aux sacrements et l’exercice de la chasteté conjugale. Vos efforts ne doivent donc pas se limiter au seul enseignement d’une méthode pour le contrôle de la fertilité humaine. Cette information devra s’insérer dans le contexte d’une proposition éducative complète, qui s’adresse aux personnes des époux, prises dans leur intégralité. Sans ce contexte anthropologique, votre proposition risquerait d’être mal comprise. De cela, vous êtes bien convaincus, puisque vous avez toujours placé à la base de vos formations une réflexion anthropologique et éthique correcte.

Aujourd’hui plus qu’hier, l’homme recommence à ressentir le besoin de vérité et de raison droite dans son expérience quotidienne. Soyez toujours prêts à dire, sans ambiguïté, la vérité sur le bien et le mal concernant l’homme et la famille.

C’est avec ces sentiments que je souhaite encourager le service d’apostolat unique que vous cherchez à mettre en œuvre dans les diocèses et dans les centres de formation familiale. En éduquant à la procréation responsable, sachez encourager les époux à suivre les principes moraux inhérents à la loi naturelle et à une saine conscience chrétienne. Apprenez-leur à rechercher et à aimer la volonté de Dieu. Encouragez-les à respecter et à remplir la sublime vocation à l’amour sponsal et au don de la vie.

Je vous bénis tous volontiers, ainsi que ceux qui vous sont chers, et les initiatives de votre apostolat.

Jean-Paul II, vendredi 5 juin, 1987

Traduction par Jeanne Smits